Gojira - Indisciplinés 2009 Gojira - Indisciplinés 2009 Je récapitule : plus de 15 années d'existence. 4 albums. Des tournées marathon depuis la sortie de The way of all flesh sorti en 2008, dont les premières en tête d'affiche et une autre avec Metallica... Du café-concert au Stade de France, l'envie est-elle toujours aussi intacte ?
L'envie a un peu changé. Elle est là mais le quotidien s'est modifié aussi. On est toujours aussi contents d'aller sur scène, la flamme est toujours là si ça peut te rassurer. Une routine s'installe, on joue beaucoup, beaucoup, beaucoup... Certaines fatigues qu'on ne connaissait pas s'installent, aussi bien sur le plan physique que psychologique. Le fait d'être dans un bus, tout le temps confiné, c'est un truc un peu nouveau dans nos vies car on est tout le temps sur la route. Au final, l'envie est toujours là et le trac là aussi.

Donc au final c'est un job passionnant ou une passion qui s'est transformée en travail ?
C'est un peu les deux. Disons qu'on a cette épée de Damoclès au dessus de la tête dans le sens où c'est devenu notre situation sociale. Moi, par exemple, j'ai fait des études d'art mais je n'ai rien construit à côté de Gojira. J'ai tout mis là dedans, toute mon énergie, toute ma passion, mon savoir faire... Quelque part j'ai cette pression de me dire : "Putain, si Gojira ça ne marche plus, qu'est-ce que je ferai derrière ?". On l'a tous un petit peu dans le groupe car on s'est tous sacrifiés pour ça, toute notre vie est là-dedans... Mais ça reste une passion au quotidien. On est très chanceux, c'est beaucoup de travail et de sacrifices aussi car c'est un métier hors normes qui veut ça. Malgré tout, on reste très reconnaissants de tout ce qui a pu nous arriver.

Est-ce que tout votre travail depuis toutes ces années et notamment le développement effectué sur le groupe depuis 2008 n'a-t-il pas mis la pression pour la sortie de L'enfant sauvage ? Entre votre fanbase originelle et votre fanbase acquise récemment notamment à l'étranger, les attentes devaient être énormes de tous les côtés, même de la part de votre nouveau label Roadrunner ? En avez-vous parlé entre vous pendant la composition ou au contraire cela s'est fait naturellement, voire vous avez choisi de faire volontairement abstraction de tout ça?
Je crois que dans le groupe je suis le seul qui me met la pression ! Les autres n'en ont rien à foutre ! (rires) Mais vraiment ! Eux, ils ont une espèce de confiance, pas du tout de la prétention, mais ils sont complètement détachés du phénomène que le groupe peut engendrer. Ils ne vont pas sur les forums, ils se tiennent loin de tout ça. Ils ont une spontanéité que j'admire énormément. Je suis plus dans la réflexion en me disant qu'il ne faut pas qu'on se plante, que les codes doivent être là... Je suis l'anxieux du groupe et j'ai la chance d'être avec trois personnes complètement détachées et directement connectées à l'artistique et à l'envie du moment. Par exemple, il y a eu des débats pour savoir si on devait continuer à rester aussi violents ou au contraire si on devait calmer le jeu, car on n'a plus vingt ans et d'autres aspirations. Moi, j'insistais pour dire qu'il fallait de la double pédale ou du grind mais pour eux ce n'est pas un problème, ils sont plus dans une optique d'évolution. Moi aussi évidemment...Donc, oui, on a une pression mais elle est saine, elle est interne.

Gojira à l'Elysée Montmartre, Paris (2009) Gojira à l'Elysée Montmartre, Paris (2009) Est ce que vous sentez un intérêt croissant en France pour votre musique dans des médias plus larges ? En général, pour les groupes français qui marchent bien à l'étranger, la reconnaissance vient sur le tard...
Oui il y en eu. Par exemple, on a eu un petit article dans Télérama qu'on n'aurait pas eu sans cet essor à l'étranger...

Est-ce que ça vous manque ou vous vous en fichez ?
On sait comment ça marche. On fait du métal donc on fait fuir les non-métalleux. On est les vilains petits canards de la musique donc on a toujours fait avec. Des fois, ça nous fait sourire quand on voit que les médias généralistes s'intéressent à nous. On a une petite touche de cynisme qui nous fait dire : "Ah? C'est maintenant qu'ils viennent ?". Après 16 ans de galères, d'anonymat alors qu'on a du faire sans eux et passer par tous les réseaux parallèles... En même temps, ça reste chouette car comme on fait une musique extrême, c'est bien que des magazines comme Télérama fassent un article sur ce genre de musique au final.

Vous avez toujours été un groupe proche de vos fans. Est-ce que vous arrivez à rester autant accessibles que vous le voudriez ?
Par le passé, on n'était pas toujours proches de nos fans car on était plus dans notre bulle et on est timides aussi. On n'est pas des bêtes de sociabilité, on est des gens réservés et simples. Etre face à des fans au début ça me faisait peur, je ne me sentais pas légitime. Aujourd'hui je le prends très simplement et c'est important d'aller voir les fans qui payent pour voir un show. J'essaye le plus possible de rester connecté aux gens qui viennent nous écouter. Après, bien sûr, il y a des fois où on ne peut pas car on n'a pas le temps mais tous les quatre on reste très simples. En tout cas on tend à le rester autant que faire se peut.

Mario, une question plus personnelle : quel effet ça fait d'être un des batteurs les plus en vue du moment dans le métal ? J'ai souvent entendu dire par des gens que c'est la batterie qui les a amenés vers Gojira... C'est une des choses qui séduit de prime abord et qui pousse à découvrir votre univers. Est-ce que ça ne met pas une pression particulière quant à ta prestation ou ton rôle dans le groupe ?
Ca reste abstrait. Les gens qui disent "Mario c'est le meilleur des batteurs" ou autre chose, ça reste assez subjectif. Je garde beaucoup de distance par rapport à tout ça. "On lèche, on lâche, on lynche" tu connais cette expression ?
Oui, c'était le titre d'une vieille chanson de Trust !
Oui ! Bref, j'ai conscience de ça : si aujourd'hui on dit que je suis un super batteur, demain on pourra dire que je suis nul. Je bosse beaucoup, je suis très passionné derrière ma batterie, je mets toutes mes tripes. C'est ça qui doit marquer les gens. Chaque concert je l'aborde comme un truc crucial que ce soit dans un bar ou dans un stade. Je ne fais pas de compromis. Sur scène pour moi c'est très émotionnel, des fois je chiale, des fois je rigole... Tout mon corps est un peu en extase. Et tant que je me fais plaisir, je crois que les gens le captent. Après ce type de batterie ce n'est pas comme jouer du rock binaire : c'est beaucoup de travail, de précision... Et des fois ça en devient une source de stress ! Quand tu es en tournée, que tu es rincé et que tu dois garder en tête que tu dois être précis à la triple croche près, je me mets à rêver d'avoir juste à faire "tou ka tou ka" (ndr : il mime un rythme très simple et lent) !

Gojira au Koko, 2012 Gojira au Koko, 2012 La question qui brûle les lèvres : James Hetfield, Lard Ulrich, Kirk Hammet et Robert Trujillo sont-ils sympas ?
Je trouve qu'ils sont très sympas, oui. Ils ont des vies complètement hors normes et personne ne peut se mettre à leur place. Une fois, en Lituanie, on a bu un thé avec James Hetfield à une terrasse en discutant pendant quatre heures sur un mode très simple. Mais autour de nous ça ne l'était pas : il y avait plein de paparazzis partout et c'est la première fois que j'étais confronté à un phénomène de ce genre en direct. Et le lendemain j'étais sur Internet avec lui ! Ca m'a fait rire dans un premier temps et puis je me suis mis à sa place : ça doit être technique une vie comme ça.

Tu peux nous donner des détails sur les aspects d'une tournée comme celle là ? Ca doit être impressionnant et à des lieues de ce que vous aviez déjà vécu en termes d'organisation, du staff... C'est un choc, un plaisir, un rêve éveillé ?
Chaque musicien a un peu ce fantasme-là. Ils arrivent sur scène tout est prêt, c'est un gros show avec des feux d'artifices, un staff de 100 personnes, deux drum-tech, cinq guitar-tech... C'est incroyable. Il y a un confort exceptionnel. Mais en même temps vu ce qu'ils ont à donner, la pression à gérer, je trouve qu'ils le méritent. Après je n'envie pas leur emploi du temps. Ils ont énormément de TV et d'interviews à faire dans la journée, ils voyagent tout le temps, un énorme concert de deux heures à faire tous les soirs devant des milliers de gens qui les attendent... Je n'aimerais pas être à leur place à ce niveau-là, au niveau des nerfs ça doit être très difficile. Et je trouve qu'ils le gèrent bien. Ils prenaient le temps de venir dans nos loges pour nous saluer et échanger quelques mots. Ca se passe dans le regard je trouve et ils ont un bon regard qui ne trompe pas.

L'édition Deluxe de L'enfant sauvage comporte une version avec votre concert aux Eurockéennes 2009 où je vous avais vu. J'avais alors précisé dans ma chronique que j'avais eu des frissons sur "The heaviest matter of the universe" tellement c'était puissant. Comme je suis du coin et qu'on est un peu chauvins, pourquoi ce live en question ? Tu en gardes quel souvenir ?
C'est très simple : on a eu une captation vidéo ce jour-là ! Elle était vraiment bien et comme on n'en a pas à chaque concert... En plus, là, c'était du multi-caméras avec une grue et la vidéo rendait super classe. Par nous-mêmes, on n'aurait pas eu les moyens d'avoir ça. Le concert était super, j'en garde un très bon souvenir. Je me sentais hyper bien sur scène, c'était un bon concert. Certaines fois, tu sors de scène et tu te dis que ce n'était pas ça, que tu n'étais pas super dedans mais là, non. Donc, je l'ai proposé à Roadrunner qui voulait un bonus. On a rebossé le son en studio pour lui donner plus de largeur et de puissance et ça s'est retrouvé sur l'édition Deluxe.

Une dernière question : est-ce que, malgré tout ce qui vous est arrivé, vous arrivez parfois à vous retrouver seuls, les quatre ? Et si oui c'était quand la dernière fois?
C'est marrant que tu dises ça car des fois on a cette discussion. On demande de toute façon une heure avant de monter sur scène pour se chauffer. Donc par exemple hier, on était les quatre. Après, on est nombreux sur la route donc c'est difficile. On est vraiment les quatre quand on est dans notre local de répète, qui est dans notre maison familiale. C'est un peu précaire, il y a des rats, surtout quand on n'y est pas. C'est à la cambrousse en plein milieu d'un bois. L'autre coup il y avait un serpent qui avait fait son trou devant le local. Quand j'allais y bosser je le croisais tous les jours, je crois qu'il bronzait ! On n'a pas trop le temps de bichonner ce local mais c'est le lieu où on se retrouve les quatre. C'est notre cocon à nous.