Gojira - L'enfant sauvage Gojira jouant désormais dans la cour des grands, le groupe a pris son temps (4 ans déjà depuis The way of all flesh !) pour sortir ce nouvel album qu'ils ont enregistré à New York avec Josh Wilbur (certainement conseillé par Randy Blythe de Lamb of God). Et L'Enfant sauvage répond à notre question "le groupe peut-il encore progresser ?", il apporte en effet la réponse sur un plan technique : celui de la production... Sans dénigrer le travail réalisé sur les albums précédents par Joe lui-même, Logan Mader ou Laurent Etxemendi car c'était plutôt très réussi, là, on est entré dans une autre dimension. Puissance, précision, raffinement, clarté, le résultat est bluffant, les effets sur les instruments et le chant sont d'une propreté et d'une efficacité diaboliques ("Liquid fire", "Pain is a master"...).

Si Gojira la joue à l'américaine, ils n'oublient pas qu'ils sont Français et placent leur french touch bien en évidence en choisissant un titre faisant référence à l'un des films culte de François Truffaut et mettant également au premier plan un de leurs thèmes favoris : le choc entre l'homme et la nature. Avec pour illustrer cette idée, encore un magnifique artwork (toujours signé Joe himself) mettant l'enfant nature au milieu d'une grande ville. L'Enfant sauvage à la découverte du monde, c'est aussi un peu le groupe qui est attaché à son tranquille Sud-Ouest et qui se laisse apprivoiser et sait s'acclimater loin de chez lui et de ses habitudes tout en conservant une part de "sauvagerie", ici ses créations musicales...

Parce que côté compositions, Gojira récite ses gammes et dès "Explosia", on est en terrain connu : décrassage de fûts, séries de glissades sur les cordes, chant pesant et surplombant des riffs plombés, pas grand chose de nouveau pour les fans de la première heure bien habitués au style mais encore une fois une maîtrise impeccable et un sens de la construction ravageur, en témoignent les quelques titres qui sortent du lot et me hérissent les poils ("L'enfant sauvage", "Liquid fire", "The gift of guilt"), autant de titres qui risquent de faire des ravages lors des prochains concerts. Au milieu des coups de boutoir, le quatuor relâche de temps à autres la pression, sur quelques passages plus aériens évidemment (l'imposante outro de "Mouth of Kala", la délicate ouverture de "Pain is a master") mais aussi le temps de "The wild healer" (une promenade pour guitares qui fait office d'interlude) et "Born in winter" (titre à la fois plus granuleux et adipeux). L'ensemble donne un album très équilibré qui transpire le sens de l'architecture de ses concepteurs.

Si le son gigantesque devrait terminer de conquérir le nouveau terrain de jeu (les Etats-Unis, antichambre du reste du monde non francophone), on se dit une fois de plus que Gojira aura bien du mal à faire encore mieux dans le futur... Mais le groupe a démontré qu'il avait de la ressource alors ne nous inquiétons pas et profitons de ce qu'ils nous offrent pour le moment, à savoir un album aux qualités innombrables qui n'a peut-être comme seul défaut que d'être trop facilement identifiable comme l'oeuvre de Gojira mais n'est-ce pas là une qualité des très grands ?