Gojira (Christian) Une tournée européenne, une tournée aux Etats-Unis, c'est rentable ou ça reste un investissement financier ?
Pour l'instant, ça reste un investissement, grâce aux subventions on a pu être payé sur les tournées, temps qu'on est intermitents c'est ce qui nous permet de faire de la zik...
Pour pas mal de monde, partir aux Etats-Unis, c'est le rêve mais ça coûte quand même beaucoup d'argent...
Oui, là entre les cachets du groupe et les subventions, on s'en est bien sorti...
Et il y a les ventes de CD, le merchandising...
Pour l'instant, cet argent-là sert à financer la tournée.

Début mars, vous allez partir en Angleterre comme headliner, il y a un peu de tension quand même ? Plus rien ne vous fait peur sur scène...
Ouais, toujours un peu de tension, mais pas de peur, c'est pas la peur qui nous anime, c'est plutôt la motivation, on est perfectionniste, on essaie de bien faire tout le temps. Et il n'y a pas de règle, chaque tournée est différente, ce sera la première tournée en tête d'affiche, il va falloir assurer. Ce qui est intéressant, c'est qu'on va pouvoir jauger l'effet Gojira en Angleterre, ce sera des salles de 300 à 600 personnes, on verra si ça cartonne et c'est blindé ou si on se prend des bides, apparemment on est attendu là-bas et je pense que ce sera une bonne tournée.
Et les fans d'In Flames vous ont apprécié ?
Ouais, super, certains nous ont regardé bizarrement mais en général, ça s'est super bien passé. En Europe c'était super, on a un peu de mal en Allemagne mais partout ailleurs, dans les pays du Nord, en Espagne, en Italie mais aussi au Benelux, en Suisse, ça cartonne. Aux Etats-Unis, y'a un buzz, les mecs venaient voir In Flames mais aussi Gojira, il y avait un peu des deux. On part au mois d'avril en tête d'affiche aux Etats-Unis, on pourra encore jauger...

Le groupe grandit, est-ce qu'il va bientôt devenir inabordable ?
J'espère ! (rires) C'est une question délicate car on adore nos fans, tous les soirs après le concert, on va leur parler au stand de merch', on se jette dans la foule. Mais faire de longues tournées, on est 8 mois sur la route, on fait 150 dates par an, c'est un peu fatigant. Faire le show tous les soirs, répondre aux interviews dans l'après-midi, faire différents trucs dans les Fnacs, ça demande beaucoup d'énergie, voir les fans, ça en demande encore plus, c'est pas qu'on n'en a pas envie mais on essaie aussi de se reposer un minimum. On doit d'abord assurer les concerts, on se couche tous les soirs à 2h donc c'est pas évident, on ne devient pas inabordable mais un peu quand même... On ne peut pas le nier, des mecs nous critiquent "Gojira prend la grosse tête"... mais c'est une question délicate...
Je vous ai vus à la MJC Léon Blum à Boulogne/Mer ou aux 4 Ecluses de Dunkerque qu'est un café-concert, des toutes petites salles avec un public très proche, là vous jouez dans de plus grosses salles comme l'Elysée Montmartre, ça aussi, ça vous écarte du public...
Bien sûr ! Tout groupe rêve de devenir inabordable au bout d'un moment, c'est pas notre but mais ça se fait naturellement.

Il y a aussi plus de médiatisation autour du groupe, ça fait quoi de se retrouver sur France 2 ?
J'y étais pas, j'évite ça... Mais c'est génial, ça ouvre les portes, des gens s'intéressent, se demandent ce qu'il se passe, c'est fabuleux.
Y'a un peu de fierté ? Vis-à-vis des amis ou de la famille qui disaient "arrête ton groupe"...
Ouais, y'a un peu de ça, les premières années, on me disait "va pas là-dedans", donc oui,y'a un peu de fierté par rapport à ça. En même temps c'est notre but de faire passer le message au maximum de personnes, si France 2 s'y met, tant mieux !
Ce message il est écrit en anglais par Joe, en France, il ne passe pas forcément facilement car les Français ne sont pas très bons en anglais, dans les pays anglophones, on vous en parle ?
On voit vraiment la différence, en France on nous parle de la musique, là-bas, ils ne parlent que des paroles "vous parlez de ça...". Pour tous les pays anglophones, les Etats-Unis, le Canada... tout le monde s'intéresse vraiment aux paroles. Pour nous c'est nouveau, le groupe est questionné pour ça et pour nous c'est le but, y'a la musique, le concert, c'est la fête mais si tu veux aller plus en profondeur, il y a les textes.
Gojira (Christian) Le titre "Toxic garbage island" est destiné à qui ?
C'est le nom donné à une île, c'est une image en fait car c'est un endroit dans l'océan où des courants font que toute la merde qui se trouve dans la mer s'accumule là-bas. Ca donne un îlot de poches plastiques, de merde qui flotte et personne n'est au courant de ça, même moi je n'étais pas au courant, c'est Joe qui a lu ça. On l'appelle comme ça car c'est une île de merde, de déchets.
C'est Joe qui écrit tout...
Oui, il écrit tout, les textes, le concept...
C'est pas difficile de devoir se raccrocher, se documenter ?
Moi je ne me documente pas forcément (rires), Joe nous en parle. Moi c'est dans la vie de tous les jours, dans les gestes quotidiens que je montre mon engagement. Greenpeace met régulièrement des stands à nos concerts en France, je ne sais pas s'ils sont là ce soir. On fait des petits gestes, on est tous adhérents chez Greenpeace, on a des partenariats avec Sea Shepherd. C'est à l'initiative de Joe mais on est tous d'accord et ça correspond à l'état d'esprit du groupe. Par exemple, je mange bio, c'est ma petite contribution. Quand tu manges bio, tu achètes des choses qui sont produits sans pesticide. Si à l'avenir on peut avoir des bagnoles qui ne polluent pas, acheter des fringues en coton bio, c'est des petits gestes mais Joe cherche à aller plus loin. Notre groupe c'est un moyen de combattre et je pense que si on faisait un autre métier, on aurait aussi cet engagement même si on le ferait différemment.

Revenons sur l'album, il est un plus "humain" que le précédent From Mars to Sirius qui était très aérien, spatial, très loin de la Terra incognita, c'est pas une marche arrière mais une sorte de retour sur vos débuts ?
Non, ce n'est pas une marche arrière, Joe écrit des albums un peu concept, Terra incognita c'était l'introspection, savoir qui on est, ça joue avec l'âge aussi, Joe avait la vingtaine, c'était "Qui on est ? Qu'est-ce que je veux ?", après The link c'étaient les liens avec les autres humains, on est tous frères tout ça, From Mars to Sirius c'est le cosmos, là il s'est dit "merde j'ai 32 balais, la mort". Je trouve que c'est un peu une suite logique, tu commences à penser à la mort vers 30-35 ans, on ne peut pas passer à côté...
Et la réincarnation...
Oui, la réincarnation on la retrouve sur chaque album, il approfondit plus ou moins les thèmes selon l'album.
Et la mort pour un groupe de Death metal, c'est un passage obligé ?
Oui, voilà, death, c'est logique, même s'il parle aussi d'autres choses comme de l'environnement, de la prise de conscience de qui on est par rapport à la Terre.

Ton titre préféré sur l'album ?
C'est dur... "The way of all flesh" peut-être...
Pourquoi ?
Parce qu'il est bien carton d'entrée, il va droit au but, c'est brut et à la fin il y a des parties aérées, mélodiques, la méditation. Mais il y en a plein que j'aime, j'adore "Toxic garbage island" aussi...