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Biographie > Gibet, Gibet pas...

Originaire de Watford au Royaume-Uni, Gallows est un groupe qui pratique depuis 2005 un hardcore punk particulièrement acerbe et fougueux. En 2006, il livre son premier album studio, Orchestra of Wolves, via le label anglais In at the Deep End Records et se fait repérer par Brett Gurewitz de Bad Religion, également big-boss du label Epitaph qui se charge alors de distribuer l'album sur le territoire nord-américain. Le groupe tourne massivement un peu partout en Europe et outre-Atlantiqueentre 2007 et 2008 (au Download Festival, Vans Warped Tour, tournée Taste of Chaos...) avant de retourner en studio mettre en boîte son deuxième album.
Intitulé Grey Britain, celui-ci sort en juin 2009 via Reprise Records/WEA et permet au groupe d'écumer les salles et les festivals pendant près de deux années, avant que Frank Carter, le frontman/hurleur en chef du groupe n'annonce son départ de Gallows pour se consacrer au projet Pure Love. Wade McNeil de feu-Alexisonfire le remplace alors et la formation anglaise poursuit l'aventure en livrant à l'automne 2011 l'EP Death is birth.

Gallows / Chronique LP > Gallows

Gallows - Gallows Ahh Gallows... Quand j'écoutais leurs précédents disques (Orchestra of Wolves, Grey Britain) je me sentais pousser la tignasse rousse et les DocMartens remplaçaient mes vieilles Vans. J'étais Anglais, la pale ale avait remplacé le cubi de Bordeaux, je n'allais plus au PMU mais au pub. Mais ça c'était avant. Ouais... avant le départ de Frank et l'arrivée du Canadien Wade Mac Neil aussi charismatique qu'un caribou du Grand Nord.

Remember quand Frank Carter, frontman aussi tatoué que rouquin, décide de quitter le groupe pour se concentrer sur un nouveau projet : Pure Love ou daube je ne sais plus (featuring également Jim Carroll de The Hope Conspiracy). S'en suivent quelques rumeurs mais les gaziers restant jettent leur dévolu sur Wade Mac Neil, ex-guitariste canadien d'Alexisonfire. Les tatouages sont là, le charisme bien moins, la brit-touch absente. Le premier EP de 4 titres pour 8 minutes (ouch...) est la preuve que le groupe a perdu le mojo des précédents albums, peu d'inspiration, une resucée d'un Every Time I Die à la sauce canado-british. Alors quoi ? Gallows is dead ?

On les retrouve cette année avec un album éponyme sorti sur leur propre label Venn Records. Motivés comme jamais, au taquet, les brittons veulent prouver qu'ils sont toujours là et qu'il faut donner une chance à Wade, oublier Frank car c'est le passé et qu'on verra bien. Et si on n'aime pas, qu'on aille se faire foutre. A la bonne heure.
L'album s'ouvre sur "Victim culture" et la voix d'une femme récitant un court poème sur un tapis apocalyptique pour décoller sur un refrain punk : "In us we trust" (qui a dit méthode Coué ?). Non, soyons positifs, cette première piste est bonne. Le son est crade, peu de disto, très naturel, un peu garage, les gangvocals bien présents. La voix de Wade est rauque, crade, très old school. J'accroche pas vraiment mais il se défend plutôt bien le bougre malgré la passion que je ressens moins chez lui. On essaie d'y croire jusqu'au bout ?

Gallows déroule avec "Everybody loves you (When you're dead)", une énergie très Orchestra of Wolves, une fin bien tendue mais ici le refrain se veut catchy mais tombe dans le simpliste/putassier et ce slogan résonne un peu trop comme un cri adolescent sponsorisé par l'Indien boutique. Dommage. Voici ensuite "Last june", premier single tiré de l'album. Même recette (oui oui au plan près) donc même conclusion. Et puis enfin "Oustider art". Et celle là je l'attendais pas. Un Wade qui chante dans une intro en crescendo. Un refrain toujours aussi simpliste ponctué de "hey ho" de hooligans, mais réussi. Et si c'était ça la recette pour un Gallows 2.0 ? Un mélange entre le punk anglais et un refrain plus américain pour convaincre un public plus large ? A vous de juger mais au moins c'est frais et on a pas l'impression d'écouter un Grey Britain du pauvre fadasse ou un Every Time I Die sur-pompé. Et "Vapid adolescent blues" joue dans la même cour. C'est speed et un joli refrain accrocheur pour les kids, malgré la fin du titre qui me rappelle le virage que certains groupes comme Norma Jean ont pris pour se rapprocher des refrains rock. On achète ?

Pas encore ma bonne dame parce que malheureusement le reste de l'album retombera dans des constructions plus classiques sauf la bonne "Odessa" (oui c'est une ville en Ukraine, non elle ne vend pas son corps) et "Nations / Never enough" dont les riffs plus sombres offrent une ouverture intéressante et la fin de "Cross of Lorraine" qui tire sur le hardcore beatdown. Alors on fait quoi ? Si Gallows premier est mort et enterré, Gallows junior a su reprendre des (true) couleurs. Mais le groupe semble souffrir d'une crise d'identité. Anglais ou américain ? Punk ou hardcore ? Refrains accrocheurs ou gang vocals ? Ici c'est un peu des deux et c'est bien dommage. En plus la pochette est vraiment dégueulasse.

Gallows / Chronique EP > Death is birth

Gallows - Death is birth Une (semi) mais cruelle déception, c'est le mot qui vit invariablement à l'esprit en écoutant encore et encore Death is birth, le nouvel EP de Gallows, premier effort du combo anglais depuis le départ de son charismatique frontman & The Rattlesnakes ">Frank Carter parti s'occuper de son projet Pure Love. Et son absence se fait ici cruellement sentir. Quatre titres pour seulement un peu plus de sept minutes trente, c'est court, très court, trop court même ici, le groupe se contentant de balancer dans les écoutilles un punk hardcore certes engagé mais sommes toutes très basique. Toujours dans cette veine musicale entre Cancer Bats et The Ghost of a Thousand, les brittons envoient les décibels charcuter les tympans oui. Sauf que la sauce ne prend pas. Ne prend plus.

"Mondo chaos" entretient pourtant encore un peu l'illusion, Wade McNeil n'est définitivement pas Frank Carter (en même temps, il débarque d'Alexisonfire hein...) mais dans l'énergie, dans l'intention au moins, on lui laisse encore une chance, d'autant que ses nouveaux camarades de jeu font barrage en essayant de blinder l'affaire. Mais sur les trois autres pistes, donc deux seuls vrais morceaux ("True colors" ne faisant que 36 secondes...), le groupe n'arrive plus à trouver ce "truc" qui le rendait assez imparable dans son genre par le passé. "Hate! Hate! Hate!" tente bien d'en appeler à l'insurrection hardcore punk, mais le plus ravageur reste encore son titre.
Quant à titre éponyme final, le verdict est sommes toutes assez similaire, du Gallows ou n'importe quel groupe hardcore punk de base, c'est du pareil au même ici. Alors certes, ce n'est pas mauvais... mais pour passer après l'album Grey Britain, il fallait livrer des morceaux avec un peu plus d'âme. En attendant la suite, qui sera par conséquent scrutée avec une attention au laser.

Gallows / Chronique LP > Grey Britain

Gallows - Grey Britain Grey Britain par Gallows, c'est ce qu'au W-Fenec on appelle communément une tannée. On ne va pas tourner autours du pot cent sept ans, les anglais livrent avec cet album un manifeste hardcore punk tout en muscles et rage foudroyante qui castagne à sec. Intro qui laisse planer sa menace avec "the Riverbank" et première montée au front pour un groupe qui, emmené par un frontman monstrueux, s'apprête à littéralement kärcheriser les enceintes. L'enchaînement avec "London is the reason" se fait sans la moindre respiration. Gallows nous met la tête sous l'eau et envoie savater une palanquée de riffs hardcore punk rock'n'roll domptés par un groove incandescent et une hargne brute de décoffrage qui suinte littéralement le long des enceintes.

"Leeches", "Black eyes", "I dread the night"... ça joue vite, ça joue fort et c'est bien rentre-dedans. Il faut évidemment apprécier le genre mais les Gallows ont une sacrée énergie à revendre et ne se cachent pas dès qu'il s'agit de partir au turbin pour distribuer les paires de baffes punk hardcore comme d'autres enfilent les perles. Propre, net et sans bavure. Là où le bât blesse par contre, c'est qu'après une demi-douzaine de titres, on a une très légère impression de devoir tourner en rond indéfiniment. Sa recette musicale a beau être plus que piquante et addictive, le groupe prend toutefois le risque de se répéter un peu trop souvent ("Death voices"). D'où l'impérieuse nécessité de pratiquer une césure sur l'album, ce que le groupe fait plutôt bien avec "The vulture (Act I& II)", qui mélange folk acoustique et hardcore punk rock'n'roll dans le même tube à essais (sur lequel le frontman ne fait, pour une fois, pas que brailler).

Une presque respiration qui fait du bien avant la relance des guerilleros brittons, qui avec "The riverbed" clament haut et fort leurs désirs de révolte contre un système en place, au bord de la faillite, générateur d'inégalités et d'indignation avant l'heure ("The great forgiver"). Le groupe a vu juste et pousse l'ironie jusqu'à jouer les visionnaires et les indignés... tout en étant signé chez une filiale de major (avec un joli chèque à la clef). Un grand écart idéologique auquel il met cyniquement fin en balançant la tripaille avec un "Graves" frénétique et trempé dans l'acide puis un "Misery" (assez monumental soit-dit en passant) qui résonne comme un hymne à l'éveil des consciences. Ou comme racheter la sienne quand on a cédé aux sirènes des poids-lourds question label. Mais bon. Toujours est-il que les Gallows gardent le cap et concluent les débats sur un "Crucifucks" qui dit déjà tout dans son sympathique jeu de mot (avec accessoirement un final symphonique et épique plutôt très classe). Techniquement au poil, colérique et salvateur comme il faut, Grey Britain est donc un album enlevé, appuyé par une rythmique soutenue et un propos résolument enragé qui, à défaut d'être tout à fait crédible, fait mieux que remettre les idées en place.