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Oeuvrant depuis 1992 dans un registre screamo-(post)hardcore, les japonais d'Envy se posent comme la version Hyde du Dr.Jekyll post-rock : Mono. Là où les seconds oeuvrent dans une musique cotonneuse, mélodieuse et puissante mais jamais agressive, les premiers nommés produisent une musique plus écorchée vive, éruptive et sauvage. Après avoir publié une petite poignée d'EP's, splits et autre singles, Envy sort en 1998 son premier album, From here to eternity. Cet effort inaugural sera suivi d'une production régulière et verra le groupe alterner album long-format (notamment A dead sinking story ou Insomniac daze), EP's et collaborations diverses et variés sur plusieurs splits (notamment avec Iscariote, Jesu ou Sixpence). Chantant quasi exclusivement dans sa langue natale, le groupe fait néanmoins évoluer sa musique au fil des années ou s'ouvrant aux influences de groupes occidentaux et la mettant progressivement sur des rails post-rock, à l'image de l'icône Mogwai, à laquelle les Envy sont fréquemment assimilés (les écossais les ont d'ailleurs accueilli sur leur label Rock Action Records). Après avoir d'ailleurs contribué vocalement à un titre l'album Mr Beast de Mogwai, le quintet nippon rejoint l'écurie Temporary Residence Ltd. et multiplie les enregistrement avec notamment l'EP Abyssal en 2007 puis deux splits partagés avec Jesu et Thursday en 2008.

Envy / Chronique LP > Recitation

Envy - Recitation Il y a quelques années, Envy était la plus fine lame de la scène screamo moderne et jusqu'à Insomniac doze a redéfini les contours d'un genre certes extrêmement balisé sur le papier, mais sous la férule des samouraïs nippon, largement réinventé. Et puis le temps a passé et peu à peu, les chantres du screamo se sont rendus compte qu'il faudrait peut-être évoluer eux-aussi et se débarrasser d'une étiquette au final réductrice. Ils ont donc peu à peu amorcé un virage les emmenant à visiter de plus en plus souvent les contrées d'un post-rock assez proche de celui façonné avec une délicatesse infinie par leurs compatriotes de Mono. La douceur éthérée face à la sauvagerie écorchée vive. Les nippons d'Envy choisissant de mêler les deux sans complexes, les sorties suivantes permirent au groupe de parfaire cette hybridation stylistique en même temps qu'il collaborait avec des entités musicales aux spectres un peu différents du sien (Jesu, Thursday, Mogwai...). Jusqu'à Recitation.

L'introduction laisse présager ce que l'on imaginait avant même de se lancer dans l'écoute de la nouvelle livraison des natifs de l'Empire du Soleil Levant, "Guidance" est une ode au post-rock empreinte d'une infinie douceur, parsemée sur sa fin d'un peu de spoken-word (en japonais comme d'habitude) et ouvrant tout naturellement la voie à un album qui se révèlera entre deux eaux. Screamo et cotonneux, apaisé et subversif (le très beau "Last hours of eternity, l'agressif "Rain clouds running in a holy night"), presque punk hardcore par moments... et d'autres fois bien plus sage, voire policé que d'ordinaire, Recitation semble être l'album du questionnement intérieur, là même où les tourments juvéniles rencontrent une certaine forme de sérénité adulte, de maturité pourrait-on dire, comme si après une quinzaine d'années passées à s'époumoner envers et contre tout, puis à se calmer sur courant alternatif, le groupe avait su trouver le moyen de parvenir à un équilibre "parfait" afin de mieux harmoniser son oeuvre et avancer.

Le résultat oscille entre screamo brut, shoegaze embrumé, post-rock ascensionnel, voire même emo-rock indé habité ("Pieces of the mooon"), et au moment où éclatent des bulles de rage animale, postcore sauvage ; avant de s'en retourner flirter avec des éléments presque pop (presque on a dit). Ce nouvel album d'Envy nécessite donc un certain temps pour être complètement apprivoisé tant le groupe se plaît à faire évoluer ses compositions en permanence, à désarçonner pour mieux travailler sur les atmosphères et l'intensité émotionnelle qui s'en dégage. Parfaitement maîtres de leur art, les japonais évitent soigneusement les clichés et les ressemblances évidentes avec nombre de leurs contemporains (Mono ou Mogwai pour le post-rock, Cult of Luna et Rosetta pour le post-core) et produisent ici une musique qui mélange donc les genres comme d'autres enfilent les perles ("Lights and solitude", "Worn heels and the hands we hold"). Et si au final, les premières écoute de Recitation peuvent littéralement dérouter voire un peu décevoir l'auditeur ("Dreams coming to and end" est quand même assez curieux de part les choix artistiques du groupe), cet album est, avec des titres de la trempe d'un "A breath clad in happiness" ou d'un "Your hand", une vraie réussite artistique à la maîtrise formelle absolue.

Envy / Chronique Split > Split

Split Envy / Thursday Envy vs Thursday, Thursday vs Envy, un affrontement discographique forcément très tentant sur le papier, concrétisé physiquement sur ce split par les gens du label Temporary Residence Ltd. (Eluvium, Explosions in the Sky, Mono...) et notamment Jeremy deVine, qui a toujours eu le nez fin pour sortir des petits bijoux discographiques... Résultat ? Sept titre oscillant entre émo envoûtant, post-rock addictif et screamo lacéré. Quatre pour les natifs du New Jersey, trois pour les Tokyoïtes et un cocktail musical servit bien frais pour le plus grand plaisir de nos écoutilles mises en alerte maximale pour l'occasion. "As he climbed the dark mountain" débute tranquillement les hostilités, les Thursday semblant ici plus en forme que jamais. Riffing saillant, mélodies brûlantes, les américains marchent sur des charbons ardents et l'intensité émo de leur musique s'en ressent. En bien... Car c'est avec finesse et maîtrise qu'ils nous envoient dans les tympans un "In silence" majestueux qui nous laisse chancelant, sans voix, encore ébranlé par la déflagration émotionnelle. Et non content de nous avoir secoué avec ses deux premiers titres, Thursday poursuit son oeuvre en baissant d'un ton certes, mais en parvenant à nous garder accroché à la platine CD ("An absurd and unrealistic dream of peace"), avant de conclure l'affaire sur un "Appeared and was gone" aussi élégant que dopé en effets sonores, puis de laisser le champ libre aux nippons d'Envy.
Ceux-ci ne tirent pas réellement leur épingle du jeu sur "An umbrella fallen into fiction" en développant la structure désormais classique et prévisible du post-rock minimaliste et doucereux qui finit par exploser sur la fin dans un véritable orgasme sonore aux geysers screamo libérateurs. Efficace certes mais un peu trop classique et prévisible dans la forme, même si ça reste meilleur que sur le split partagé avec Jesu il y a quelques mois... Le premier titre signé Envy tentait de jouer la carte du post-rock façon Mono/Mogwai et consort en y ajoutant sa touche personnelle sur la fin, "Isolation of a light source" marque une petite rupture avec son prédécesseur. Screamo hardcore rageur du début à la fin ou presque, des flots de désespoir qui s'abattent sur nos conduits auditifs alerte, Envy monte en pression et c'est sur le troisième et dernier de ses morceaux que le groupe se lâche complètement. Maniant les constructions et les crescendo émotionnels du post-rock pour les inclure dans son distillat abrasif, la formation japonaise assume son statut de figure de proue du genre et termine de cette manière un split qui tient à quelques infimes détails toutes ses promesses. On attendait de l'émo abrasif et intense, couplé à du screamo-post-rock abrasif, on a eu tout ça et même un peu plus tant les courants ascentionnels de la musique des deux groupes nous mettent au coeur d'une tornade émotionnelle comme on en voit trop peu... Classe.

Envy / Chronique Split > Jesu | Envy

Jesu_Envy Split CD En attendant les collaborations avec Battle of Mice et Fear Falls Burning, Justin Broadrick et Hydrahead dévoilent l'association, attendue, du projet principal de l'ex-Godflesh, Jesu, et de la formation japonaise Envy. En post-rock délicat et ambient industriel aussi volatile qu'envoûtant, la complémentarité des deux entités musicales est, du moins sur le papier, alléchante. "A conclusion of existence" distille un post-rock voluptueux rythmé par des beats électroniques inspirés et des arrangements orchestrés avec une précision d'orfèvre. Lancinant, évanescent, titre aux effluves digitales bercées par des nappes délicatement intemporelles, ce premier des trois titres signés par la formation japonaise permet d'infirmer la thèse selon laquelle on pouvait s'attendre à retrouver ici des chutes de studio. Pour l'instant. Plus classieux malgré quelques accès de rage qui font exploser la sourdine, "A winter quest for fantasy" suinte cette violence soudurale à peine contenue que le groupe laisse furtivement échapper sur le final de ce second titre. Même s'il a déjà fait mieux auparavant. Impression plutôt confirmée sur un "Life caught in the rain" plutôt poussif et sur lequel, Envy ne fait pas nécessairement preuve d'une inventivité à toute épreuve. On était sans doute en droit d'attendre un peu mieux...
Place à Jesu et un premier titre "Hard to reach", long, mouvant et dopé aux textures électro clinquantes avant que les nappes hypnotiques dont Justin Broadrick a le secret n'emplissent inexorablement l'atmosphère. Mélodies lumineuses, un cheminement musical qui amènera lentement mais sûrement vers l'apaisement absolu, un sentiment de bien-être contemplatif que l'anglais développe l'espace de quelques 13 minutes et trente neuf secondes d'un voyage ambient/électro industriel explorant des contrées musicales aux panoramas idylliques. Malgré une productivité étonnante (pas moins de sept sorties pour la seule année 2007), Justin Broadrick démontre qu'il parvient pourtant à se renouveler sans cesse, tout en conservant sa griffe musicale, unique. Distillat sonore dense et organique, "The stars that hang above you" se fait l'écho d'une musique cathartique aux volutes aériennes et atmosphères éthérées. Quelques minutes d'errance narcoleptique et un final en forme d'une agréable apothéose émotionnelle, Jesu conclue avec classe cet effort sur lequel Envy se révèle un peu en panne d'inspiration pendant que Broadrick met sa créativité au service de ce split l'artwork réalisé par Aaron Turner (Isis) (qui réalise tous les visuels des disques que sort Hydrahead) et au contenu finalement inégal.