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Biographie > OK tu Shi kari, mais dans le trou stp...

Existant depuis 1999 mais à l'époque (et jusqu'en 2003) sous le nom d'Hybrid, Enter Shikari est une formation anglaise de (post)hardcore/rock/trance/dubstep/electronica/drum'n'bass adepte donc d'un mélange des genres pour le moins osé, que d'aucun on rebaptisé depuis "trancecore" ou "electronicore mais qui a depuis fait son succès. 4 premières années d'existence donc sous un autre patronyme et quatre autres sous le nom actuel avant de livrer un premier album, Enter Shikari aura au moins pris son temps avant de sortir Take to the skies en 2007. L'album retourne les charts et se voit suivi d'un second, deux ans plus tard qui lui aussi cartonne en termes de vente, surtout dans les pays anglo-saxons. En 2012, Enter Shikari qui produit ses disques via son propre label mais en utilisant les réseaux de distribution de grosses structures comme Pias ou Hopeless Records signe son troisième album studio : A flash flood of color.

Enter Shikari / Chronique LP > A flash flood of color

Enter Shikari Janvier 2012 : Enter Shikari en est déjà à son troisième album. Découverts cinq-six ans plus tôt à l'instar de groupes et futures "hypes" comme Bring Me The Horizon ou Architects (mais dans un autre genre), ces anglais font partie des rares survivants des "années myspace". Certains y avaient vu un feu de paille à l'époque et l'on peut les comprendre : quand j'avais découvert leur premier single "Sorry you're not a winner", un jour en traînant sur une chaîne de jeux vidéos (!), j'avais été soufflé par ce mélange de metal/dance/breakcore machin chose. C'était tellement actuel que je me demandais s'il ne s'agissait pas là d'un plaisir juste immédiat comme une envie de fast food qui réjouit sur le moment et que l'on regrette à peine engouffré.

Mais Enter Shikari a vite remis les pendules à l'heure ne serait-ce que sa démarche, assez rare pour être signalée, surtout dans le cas d'un groupe dit "populaire". Et pour cause : à l'époque où les choses ne s'étaient pas encore emballées, ces quatre petits mecs lookés comme des hooligans avaient eu le flair de se structurer eux-mêmes pour garder le contrôle sur... tout. Le résultat a pour nom Ambush Reality, soit leur label, leur tourneur, leur attaché de presse... Bref les anglais ont fait un gros doigt à l'industrie de la musique pour finalement se goinfrer une fois le succès à leur portée avec leur premier album. Leur deuxième qui suivit, Common dreads, marqua une rupture surtout sur le chant avec une approche assez pop pour certains morceaux ou plus violente sur d'autres, comme pour coller encore mieux à leur époque, mais la méthode de travail, elle, est restée. Et les prémices d'un discours anticapitaliste et écologiste ont émergé.

Forts d'une énorme tournée de plus de deux ans qui les a emmené aux quatre coins de la planète, pour séduire un public massif et galvaniser leur énorme fanbase, les Enter Shikari ont foncé en Thaïlande (?!) pour enregistrer un très attendu troisième album : A flash flood of color. Le résultat ? Une synthèse parfaite de toute la musique actuelle : metalcore, pop, screamo, folk, electro, dance et surtout... dubstep. C'est la grosse touche indéniable de ce nouvel album, le début des années 2010 ayant fait son œuvre et rendant ce style massivement connu avec des artistes tels que Skrillex. On appelle aussi ça suivre les modes.

Tout commence avec une intro qui nous amène vers "Meltdown", lequel ouvre les hostilités pour montrer ce que cru "Enter Shikari 2012" a dans les entrailles : ça pulse à fond, c'est rassembleur, on a envie de danser, de se s'époumoner avec Rou avec son accent anglais à la The Streets tellement charismatique. Tout y passe : breaks dubstep, gros riffs, gang vocals, refrains massifs et accrocheurs... "Sssnakepit" enchaîne et nous met une des claques de l'année. Quand le morceau commence, on n'a aucune idée de ce qui va se passer mais le groupe nous prend par la main, nous amène dans un coin sombre pour nous faire la peau et finit par nous caresser la joue comme pour nous consoler. De la grosse leçon, n'en déplaise aux plus vieux, à ceux qui passeront à côté et qui refusent d'ouvrir les yeux sur la nouvelle génération. On ajoutera pour préciser que l'album bénéficie d'une production loin des standards d'aujourd'hui. Il n'y a pas de course au "gros son" avec des guitares énormissimes : non, l'ensemble est homogène et s'inspire plus de l'électro pour le mix qu'autre chose.

La suite de l'album est de la même trempe avec ses bons et moins bons moments. Si "Search party" est de facture sommes toutes assez classique, "Arguing with thermometers" réussi la prouesse inouïe de mélanger tellement les genres qu'à la fin on ne sait plus trop ce qu'on a écouté tant le titre se révèle dense. Mais on sait qu'on a aimé. L'intro de "Stalemate" est prenante, la suite un peu moins, contrairement à "Warm smiles do not make you welcome here" et son gimmick heavy metal. Quant à "Pack of thieves", il ne nous sert rien d'autre qu'un morceau typiquement "Enter Shikari". La fin de l'album s'essouffle un peu mais le groupe a eu la bonne idée de rajouter deux singles en conclusion avec les excellents et indispensables "Quelle surprise" et "Destabilise". Dernière remarque générale sur les paroles qui méritent qu'on s'y attardent un peu (pour une fois) : on tient là un discours rassembleur, qui prône la solidarité, la mobilisation générale, l'anticapitalisme, l'écologie, sans pour autant dispenser de grandes leçons. Bref des thématiques de gens issus de cette génération qui n'a connu que la crise et qui ont décidé de tout prendre en main pour s'assurer un avenir. Un ton engagé qui n'est pas sans rappeler Rage Against The Machine. Et en y réfléchissant, les similitudes avec la bande à Zach de La Rocha ne s'arrêtent pas là : Enter Shikari fusionne aussi les genres et mobilise les foules avec un éclectisme et une foi qui semblent inébranlables.

Et au final, est ce qu'on ne tiendrait pas là tout simplement un excellent album de fusion des années 2010 ? Sauf que là, on n'est plus très loin de la fusion des années 90. 20 ans ont passé donc et on tient là le haut du panier de ce qui se fait dans le genre actuellement. Et comme tous les bons albums de fusion des années 90, gageons que ça vieillira mal. Le prix à payer quand on colle tellement à son époque.