electric_wizard_witchcult_today.jpg Aussi culte qu'occulte, Electric Wizard est un groupe qui, depuis une quinzaine d'année, se plaît à hanter le monde du disque, en cultivant... sa différence. Définitivement undeground, le sorcier du stoner-doom ne fait rien comme les autres. La dernière preuve en date : Witchcult today. Si ces dernières années, rares sont les groupes fidèles à un label, EW l'est depuis bien longtemps à Rise Above. Si les formations labelisées stoner/doom/sludge ont pour facheuse habitude de pondre des artworks particulièrement immondes (cf : Karma to Burn qui a la palme du genre), les Anglais ont suivi le mouvement mais se distinguent maintenant par une pochette plutôt honorable pour ce qui concerne sa dernière cuvée. Enfin, si les moyens techniques actuels permettent aux producteurs d'albums de donner des sons particulièrement limpides et bétons à leur travaux, Electric Wizard livre une cuvée 2007 avec un son incroyablement affreux pour un groupe de sa trempe. Et pourtant, c'est aussi ce qui fait l'intérêt des huits nouvelles bouffées de rock stone et de doom heavy que nous envoient le sorcier directement dans les neurones.
Car dans les faits, le sixième album du groupe le plus enfumé du royaume s'est payé une prod pas cher, brouillonne au possible et bien éloignée des produits standardisés et parfaitement blindés que l'on a l'habitude de s'envoyer dans les écoutilles. Certains diront que vu l'état de défonce avancée dans lequel devaient être les membres du groupe lors de l'enregistrement, il fallait bien s'y attendre... et bien pas du tout. Car, cette impression qui colle au disque de sortir tout droit d'une autre époque était exactement l'effet recherché par le groupe à l'heure d'enregistrer Witchcult today. Pour ce faire, les Anglais ont tout simplement utilisé du matériel datant des années 70 afin de cadrer avec leur inspiration du moment, à savoir le cinéma bis, les disques underground d'il y a 25 ans et une soif de liberté anti-commerciale exarcerbée. Et le résultat qui est ressorti de ces élucubrations stoner doom n'a rien de fumeux... bien que vintage au possible. Les majors disent qu'un bon album est un album propret, lisse et sans âme, EW répond d'un "FUCK" bruyant et prend le risque de tout envoyer valser. En terme de vente, pas sûr que l'affaire soit très lucrative pour Rise Above, mais d'un point de vue artistique, la démarche est pour le moins osée... et parfaitement assumée, le disque que l'on a entre les mains en apportant la preuve la plus éclatante. Certes Witchcult today est sans doute à réserver aux purs amateurs de bonne came mais en même temps, ce rock marginal, primaire, planant et complètement allumé mérite que l'on y pose une oreille... Même si, évidemment, le cerveau peut parfois être légèrement embrumé par les vapeurs phytothérapiques qui s'échappent de cet album. Guitares sous LSD cherchant à percer un brouillard épais emplissant le studio, section rythmique acidifiée, compos qui prennent aux tripes sans chercher les circonvolutions labyrinthiques d'un Monkey3, Electric Wizard fait simple, crasseux, malsain, brut mais efficace. Le quartet anglais n'a plus grand chose à prouver et n'en a de toutes les façons absolument rien à foutre de prouver quoique ce soit. Embarqué dans une sorte de vague road-movie musical à la destination incertaine, mais à l'issue forcément brillamment chaotique, le sorcier du doom se fend d'un album au concept aussi casse-gueule que jouissif, aussi foireux que diabolique... ça s'appelle la liberté artistique et c'est quelque chose de trop rare pour être snobée. A bon entendeur...