metal Métal > Earthship

Biographie > Briser la glace

Formé au printemps 2010, du côté de Berlin après une longue nuit alcoolisée, Earthship voit le jour à l'initiative de Jan Oberg (ex-batteur de The Ocean) et de ses acolytes Dennis Boettcher et Bastian Gutschke. Le trio est rapidement rejoint par Robin Staps, leader de The Ocean et big-boss du label Pelagic Records (Abraham, Coilguns, Khoma, Kruger... The Ocean) et le groupe s'enferme au Hidden Planet Studio d'Oberg himself à Berlin pour mettre en boîte un premier album. Intitulé Exit Eden, celui-ci sort début 2011 chez Pelagic.
Entre-temps, le groupe fait ses premières scènes, aux côtés d'Intronaut, Red Fang, Torche ou encore The Ocean (évidemment) mais au printemps 2011, Bastian Gutschke quitte le groupe et disparait complètement de la circulation. Il est alors remplacé par Sabine, la femme de Jan Oberg et lorsque quelques mois plus tard, Robin quitte à son tour le projet, à cause d'un emploi du temps trop chargé, Earthship devient officiellement un trio. C'est sous cette forme qu'il enregistre son deuxième album, Iron chest, lequel paraît à l'automne 2012, via Pelagic Records.

Earthship / Chronique EP > ... As if she were a black bird

Earthship -  ... As if she were a black bird Après deux albums plutôt remarqués, parus par l'intermédiaire du très recommandable Pelagic Records (Abraham, Coilguns, EF, The Ocean), soit Exit Eden puis Iron chest, Earthship poursuit son cheminement musical chez Raddatz Records (Arcade Eyes) en raccourcissant son format à l'heure de livrer cet ... As if she were a blackbird, composé de trois petits titres seulement. Mais une tierce majeure pour un groupe distillant ici et mieux que jamais au cours de sa carrière son si fascinant cocktail mélangeant doom-hardcore racé, metal alternatif fuselé et prog'n'roll vénéneux (l'excellent "The descent").

Organique et nébuleuse, la musique du groupe se veut à la fois mouvante et posée, tantôt aérienne, tantôt plus terrestre sinon tellurique, effleurant les contours d'un stoner/sludge en s'abandonnant ci et là dans un psychédélisme heavy du plus bel effet ("Coyotes"). Non conventionnel mais pas non plus complètement borderline, le travail Earthship se révèle d'une cohérence redoutable quand bien même il aime jouer de ses paradoxes créatifs pour mieux se réinventer en permanence. Preuve de cet état de fait, le troisième et dernier titre de l'EP, soit l'éponyme "... as if she were a black bird", qui convoque sur une même piste audio math-rock surpuissant, (post)metal instrumental de haute volée et rythmique particulièrement soutenue, au bord de la frénésie mesurée et surtout d'un choc des styles parfaitement administré. On valide.

Trois morceaux pour même pas douze minutes d'une excellente proposition musicale, une formule intelligente et parfaitement inspirée servie à point par un trio qui depuis ses débuts et encore plus aujourd'hui assume la pleine maîtrise de son sujet, cela reste court. Mais plutôt que de se perdre en longueurs dispensables comme certains de ses contemporains que l'on ne citera pas ici, Earthship préfère la concision aux développements inutilement interminables, l'efficacité au faux-semblant, à l'artifice éculé, ce que l'on avait du reste déjà entrevu sur ses deux précédents opus. Et le fait très bien tout au long de cet ... As if she were a black bird plutôt jouissif dans son genre. Preuve que quand on a le talent, le savoir-faire et les idées, le format importe finalement assez peu...

Earthship / Chronique LP > Iron chest

Earthship - Iron chest Entre doom-hardcore racé, metal alternatif et prog'n'roll rampant, Earthship rappelle un peu ce que n'est plus Baroness depuis son excellent Red album, le côté sludge en moins, l'efficacité virevoltante en plus. Un premier opus (Exit Eden), suintant la puissance éruptive, manquant peut-être d'un tout petit peu de personnalité mais affichant de jolies promesses et voici que les Allemands remettent le couvert un peu moins de deux ans après, toujours via Pelagic Records, avec un Iron chest à l'alliage acier trempé / laiton inoxydable et aux textures rock progressives particulièrement inspirées d'un bout à l'autre de l'album.

Les premiers titres moissonnent sévèrement les enceintes ("Old widow's glom") et désencrassent sèchement la mécanique, mais, rapidement, le groupe délivre un cocktail de hard bien plus sinueux qu'attendu. Les lignes instrumentales se font plus prog' que jamais ("Athena") mais la hargne(core) du chant, elle, ne laisse aucun doute sur la dominante HxC/doom/metal ravageuse de ce qu'est aujourd'hui Earthship (l'éponyme "Iron chest"). Soit un groupe qui parvient à proposer ici un distillat bien relevé de ses influences musicales, entre technicité fine, puissance charnue et inventivité roublarde... avant de se laisser aller à ses tentations les plus prog-rock sur "Boundless void", puis de faire de nouveau parler l'usine à riffs mastoc sur un "Eyes in the night" aussi vorace que tortueux, mélangeant à loisir cette puissance de plomb typiquement suisse et le réflexe d'inventivité qui caractérise en permanence l'album ("Brimstone").

Une forme de quasi imbroglio (post?)-metal que les Earthship mettent à profit pour surprendre et lâcher la bestiole sur des sillons moins escarpés mais plus calibrés metal au sens large et intelligent du terme. Le genre d'autoroute quatre voies sur laquelle les décibels s'entrechoquent joyeusement pendant que les trente-huit tonnes arrachent le bitume façon bulldozer ("Catharsis"). Pourtant, la formule est ici parfaitement acquise et développée bien que solidement charpentée, la machinerie teutonne évite de s'enfermer dans le cliché de la Panzer-division écrabouillant les enceintes sur son passage ; et laisse de nouveau son ensemble musical respirer sur des titres comme "8 silver decay. Ce, tout en se réservant néanmoins quelques moments de bravoure sludge/doom et post-métallique de premier choix histoire de mieux exacerber l'émotion brute, brûlante et viscérale qui se dégage de cet Iron chest (on pense notamment à l'excellentissime "Shattered"). Efficace, le groupe sait également, à l'expérience, masquer ses quelques petits défauts pour ne mettre en relief que le meilleur de son oeuvre.

Terriblement addictif sur la durée et au fil des écoutes, l'album gagne en épaisseur créative au fur et à mesure qu'il déroule son tracklisting, prenant du corps, de l'âpreté et de l'intensité pure avant de boucler la boucle sur un final (le musculeux "Teal trail") tout feu tout flamme, sorte d'apothéose à l'alchimie artistique totale. On valide, car un peu moins de deux ans après Exit Eden, Earthship, va ici plus loin, plus haut et surtout plus fort pour confirmer les excellentes prédispositions largement entrevues sur son premier effort. Une suite supérieure à un opus inaugural déjà plutôt pas dégueulasse, le groupe s'éloigne de la fausse-ombre (un peu encombrante) de son grand-frère The Ocean mais devra gagner en spontanéité naturelle pour s'affirmer encore plus et exceller de la première minute à la dernière seconde.

Earthship / Chronique LP > Exit Eden

Earthship Emmené par deux membres de The Ocean, Earthship reste par certains côtés, dans les mêmes eaux que le collectif postcore bien connu des lecteurs de ces pages, quand bien même il ne saurait être qu'un vague succédané. Post-hardcore-sludge tellurique [vs] prog-metal dynamique, quelque part entre un Mastodon très énervé, un Baroness période rouge (parce que le bleu hein, ça va cinq minutes) et un High on Fire qui aurait goûté, en compagnie de Zozobra, aux déferlantes émotionnelles de The Ocean (normal c'est en partie les mêmes hommes), le groupe ne peut donc faire autrement qu'envoyer du très lourd dans les conduits auditifs. "Caught in a storm", puis "Sea of peril" en attestent. Lestés d'un groove bien massif, les deux premiers titres donnent le La en envoyant des cargaisons de riffs bien velus à la face de l'auditeur. Techniquement c'est irréprochable, structuré au millimètre et fatalement, d'une efficacité redoutable quand bien même ça manque encore un brin de cette puissance incomparable et déflagratrice dont on les sent pourtant largement capables. Mais que l'on ne s'inquiète pas trop, ça va venir.
Et plus vite qu'on ne l'espérait puisque "Fever pitch" vient rapidement faire une petite mise au point. Earthship se met alors à saturer les tympans, la tension monte de deux ou trois crans et les guitares crachent les flammes sans discontinuer pendant que le mélange de growls/chant clair fait son oeuvre. La maîtrise formelle est ici absolue on l'a dit mais d'un point de vue rythmique, le résultat est quand même impressionnant de précision. Chirurgical, surtout quand il s'agit d'assommer l'auditeur avec le granitique, "A line divides", le groupe livre une belle démonstration de sludgecore éraillé et musculeux, taillé dans le marbre d'un postcore éruptif, avant de le mettre sous une chape de plomb à l'heure de lâcher "Born with a blister" dans les enceintes. Eléments progressifs volubiles, une batterie qui moissonne, un charisme vocal à toute épreuve que l'on retrouve notamment à plein volume sur "Bleak" et plus encore "A feast of vultures". Entre-temps, le groupe s'autorise une petite escapade acoustique avec un "Grace" assez anecdotique avant de retourner à ce qu'il sait faire de bien, soit un post-core-prog-metal qui bûcheronne sec ("Soul embedded") et le fait, certes, sans grande originalité, mais avec un savoir-faire irréprochable (normal en même temps ça vient de chez Pelagic Records - The Ocean, Abraham, Nebra, Kruger,...), pour un rendu final des plus honorables.