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Biographie > Dans le théâtre des rêves

Dream Theater - Band 1985, John Petrucci et John Myung quittent Long Island pour intégrer The Berklee Music College à Boston, la célèbre institution musicale dédiée au jazz. À 18 ans, fans de heavy metal, ils se démarquent de la majorité des étudiants, cheveux courts et fans de jazz. La rencontre avec Mike Portnoy, lui aussi originaire de Long Island, scelle le projet des deux John de monter un groupe ensemble. Les trois instrumentistes sont déjà des techniciens et en jammant quotidiennement, ils précisent le futur style de Dream Theater. Entourés de Kevin Moore aux claviers et de Charlie Dominici au chant, ils enregistrent When dream and day unite en 1989, un album qui reste assez inaperçu malgré l'intérêt de la presse spécialisée pour ce quintet conjuguant technique et heavy metal.

Quittant le groupe d'un commun accord avec ses membres, Charlie Dominici laisse le désormais quartet sans porte-voix. Continuant à répéter aussi régulièrement que possible, ils traversent néanmoins l'un des périodes les plus difficiles de leur courte carrière. James Labrie va y mettre un terme en apportant son timbre de voix à l'enregistrement d'Images & words, en 1992. Le succès commercial de cet album propulse le groupe sur les ondes radiophoniques et leurs horizons de tournée s'élargissent jusqu'au pays du soleil levant. Un succès qui, bien que considéré comme un accident par les maisons de disques, crée une attente chez les fans de ce nouveau groupe. Conscient de ces attentes, le groupe enregistre Awake en 1994, plus heavy que son prédécesseur. Le succès honorable de cet album est néanmoins occulté par le départ de Kevin Moore de son poste de claviériste.

La carrière du groupe connaît un nouveau coup d'arrêt, même si Derek Sherinian prend la suite, un temps comme musicien de session, avant de rejoindre définitivement la formation avec l'enregistrement d'A Change of seasons en 1995. Cet album constitué d'un titre épique de 23 minutes, considéré par de nombreux fans comme une des pièces maîtresses de la discographie du groupe, rend aussi hommage à des groupes comme Led Zeppelin à travers des reprises. Les soucis du groupe ne s'en terminent pas pour autant. Falling into infinity, sorti en 1997, marque l'influence d'Atlantic Records, leur label de l'époque, sur les directions artistiques. Plus catchy, pop, l'album déçoit chez une large partie des fans. Le manque de liberté exacerbe les tensions au sein du groupe et Mike Portnoy manque de mettre un terme à la formation. Remercié, Derek Sherinian laisse sa place à Jordan Rudess, dont la virtuosité avait déjà opéré dans Liquid Tension Experiment, qui réunissait déjà John Petrucci, Mike Portnoy et Tony Levin.

Conscient du moment crucial que constitue l'enregistrement du prochain album, Mike Portnoy s'engage dans la voie périlleuse du concept album. Avec John Petrucci, ils donnent une suite à "Metropolis part 1", présent sur Images & words, autour d'une histoire de meurtre irrésolu et de réincarnation. Les efforts du quintet sont récompensés et la tournée qui suit la parution de Scenes from a Memory est un succès, couronné par la parution d'un triple CD live et d'un DVD live (VHS à l'époque). Poussant l'utilisation du concept plus loin, Dream Theater innove en 2002 en sortant un double album. Entre rythmiques heavy et orchestrations techniques, le groupe propose deux pans de sa personnalité, métal d'un côté et progressif de l'autre. Choisissant le côté obscur, le quintet donne naissance en 2003 à Train of thought, la pièce la plus heavy de leur discographie. Instantané live de 3 heures, le DVD marquant le passage du groupe dans le célèbre Budokan rend compte du succès grandissant du groupe dans le monde entier. Pièce presque antithétique par rapport à Train of thought, Octavarium marque un retour au pur style progressif, avec cette fois des touches pop totalement assumées. Concept album autour des chiffres, Octavarium est sacré disque d'or. Là encore un DVD live vient donner le ton de la tournée. Innovation cette fois avec un concert exceptionnel marquant les 20 ans du groupe, avec la présence remarquée d'un orchestre symphonique sur scène.

Par la suite, Systematic Chaos exploite autant les côtés heavy et progressifs du groupe, entre ballade nostalgique et riffs cinglants. 2008 symbolise l'avènement d'un groupe toujours aussi proche de ses fans, avec la parution d'un best-of avec notamment des versions remasterisées d'anciens titres d'Images & words, et d'un nouveau DVD live, parcourant la tournée de Systematic Chaos au travers de 6 concerts différents. 2009 est l'année de la consécration puisque le nouvel album des américains entre à la sixième position du Billboard 200. Black clouds and silver linings, le dixième opus du groupe, poursuit sur la lancée de Systematic Chaos, développant cette ambiance sombre et inquiétante si bien contenue dans "A nightmare to remember".

En septembre 2010, Mike Portnoy annonce qu'il quitte le groupe, prenant tout le monde par surprise, James, Jordan et les deux John en premier. Les circonstances de son départ restent à déterminer. Néanmoins l'on sait que Mike était épuisé par le rythme de Dream Theater, qui enchaîne albums et tournées à peu près tous les deux ans. Il voulait faire une pause et revenir plus tard sur scène. Les autres membres, qui voulaient rentrer en studio pour donner suite à Black clouds and silver linings, ont refusé. L'influence qu'a eu Avenged Sevenfold est la partie la plus floue de l'affaire. Au moment où Portnoy annonce son départ de Dream Theater, il est batteur de session pour les Californiens, et a enregistré un album avec eux. Il est dur de savoir si Avenged Sevenfold a proposé un gros chèque à Mike Portnoy, qui finira par être remercié en décembre 2010. Il proposera à ses anciens compère de revenir dans Dream Theater. Leurs avocats se chargeront de répondre par la négative.
C'est Mike Mangini qui est recruté pour le remplacer. C'est lui que l'on entend sur A dramatic turn of events, qui sort en septembre 2011.

Dream Theater / Chronique LP > A dramatic turn of events

Dream Theater - A dramatic turn of events L'annonce du départ de Mike Portnoy n'arrive sur les sites d'info que début septembre, il y a un an: "Je n'aurais jamais imaginé écrire ces lignes... J'ai décidé de quitter Dream Theater". Le batteur explique que la vie du groupe, cette "machine", commence à sérieusement le fatiguer. Quelques semaines plus tôt, il propose aux autres membres du groupe de marquer un temps d'arrêt, un hiatus, pour revenir sur scène quelques années plus tard. Les quatre autres se regardent et n'en croient pas leurs oreilles.

A ce moment là, Mike Portnoy est batteur de sessions pour Avenged Sevenfold. Il a enregistré Nightmare avec les Californiens et s'apprête à partir en tournée avec eux, au moins jusqu'à la fin de l'année. Les deux John, Jordan et James refusent d'accéder à la demande de Portnoy. Ils sont loin de vouloir arrêter. Ils laissent Portnoy réfléchir tout en lui affirmant qu'ils rentreront en studio en Janvier, quoi qu'il arrive. Quelques semaines après cette première réunion dans la chambre d'un hôtel New Yorkais, Portnoy annonce qu'il quitte le groupe. Jordan Rudess apprend la nouvelle par téléphone. Il est dans son studio, chez lui. "Je me suis pris la tête entre les mains et j'ai fondu en larmes", se rappelle le claviériste.

Octobre 2010. Plusieurs mois après l'annonce du départ de Mike, Dream Theater auditionne des batteurs pour le remplacer. Portnoy a déjà proposé à ses anciens compères de revenir. Leurs avocats auront répondu pour eux : c'est non. Les auditions sont filmées et compilées dans un documentaire posté en plusieurs parties sur Internet. Le dernier épisode dévoile le nom de Mike Mangini. Un choix logique : il enseigne à Berkeley (où John Myung, John Petrucci et Mike Portnoy ont débuté Dream Theater), est un des meilleurs batteurs au monde, un puriste de la technique (il a publié deux ouvrages sur la connaissance du rythme) et un type plus que sympa qui plus est. Le documentaire soulève beaucoup de questions chez les fans, surtout avec ce format un peu "télé réalité". Il peut être vu de depuis deux perspectives différentes :

- Une entreprise de totale transparence : à un moment crucial de la vie du groupe, Dream Theater n'a rien voulu cacher à ses fans. Des fans qu'il est nécessaire de rassurer puisque Mike Portnoy est tout de même le co-fondateur du groupe et a été maître de son histoire pendant 25 ans (le bougre a dû changer plusieurs fois de maison car sa collectionnite aiguë de tous les bootlegs / vidéos / bandes son du groupe nécessitait toujours plus de place)
- Donner suite à Portnoy : Mike était justement le lien privilégié des fans avec le groupe. Il multipliait les démarches pour les rencontrer, était très présent sur Internet, postait des vidéos... C'est lui qui entretenait la vie publique du groupe, et pas les autres. Le documentaire couvrant les auditions est donc un moyen pour le groupe de prouver que le départ de Portnoy ne changera pas grand chose sur ce point (ça reste à voir sur la distance).

A dramatic turn of events est tout de même un album écrit, enregistré et produit dans la sérénité, même si un rééquilibrage s'est opéré. John Myung en est le symbole: très présent dans le mixage réalisé par Andy Wallace, il a aussi participé à l'écriture des paroles de "Breaking all illusions", phénomène assez rare pour être souligné. John Petrucci a lui aussi assumé davantage de tâches qu'à l'accoutumée. Producteur de l'album, il est aussi derrière toutes les paroles (seul ou non), excepté sur "Far from heaven". La musique demeure une entreprise collective, bien que Mangini ne soit pas crédité. Le contenu de l'album s'inscrit donc dans l'héritage du groupe. Rien de surprenant, pas vraiment de réponse aux petits jeunes qui montent des groupes extrêmement techniques... Dream Theater produit un album de Dream Theater.

Si A dramatic turn of events avait été le premier album d'une formation américaine sorti cette année, il n'aurait pas eu beaucoup d'intérêt, car Dream Theater aurait déjà tout fait avant. Dans cet espace assez sécurisé, Dream Theater réussit tout de même à offrir un album d'une qualité supérieure. Pas un grand crû classé, mais ce n'est pas grave. En sortant un album digne de sa discographie passée, le groupe prouve que même sans le fondateur du groupe à leurs côtés, les Américains sont capables du meilleur. Reste à voir ce que Mangini peut apporter en live et sur le prochain album.

Dream Theater / Chronique LP > Black clouds and silver linings

Dream Theater - Black clouds & silver linings Dream Theater qui rentre n°6 au Billboard 200 pour son dixième album, on croirait rêver. Même si le groupe est toujours sur la pente ascendante, le quintet semblait englué dans une routine créative. Mais rebelote, le groupe est encore une fois là où ne l'attend pas et n'a jamais autant vendu d'albums. Si Roadrunner y est pour quelque chose, les principaux artisans de ce succès sont les fans, inconditionnels et totalement dévoués, qui achètent rituellement leur nouvelle galette des Américains tous les deux ans.

Black clouds and silver linings a été vendu par Mike Portnoy comme le meilleur de la crème de la discographie du groupe concentré en un peu plus d'une heure. L'effet d'annonce en moins, on retrouve en effet les éléments métal ("A nightmare to remember"), techniques ("The shattered fortress") et mélodiques ("Wither", "The best of times"). Pas de concept cette fois-ci, pas de réelle mise en danger, mais un album qui surpasse facilement un Systematic chaos finalement un peu plat. "A nightmare to remember", le premier des six titres, explore des horizons gothiques jusque-là inexploités : intro magistrale, accords typés black metal, énorme riff, du blast (!!), ça explose de tous les côtés. Juste assez pour apprécier le calme du refrain. Et les refrains, voilà un aspect de l'album qui se fait remarquer dès le début. Chaque chanson possède son refrain, mélodique, catchy, dans un style à chaque fois différent.

Les deux singles, "A rite of passage" et "Wither", démontrent combien le groupe est toujours aussi efficace lorsqu'il s'agit de s'attaquer à des rythmiques plus "simples", un côté live déjà développé avec "Constant motion" et "Prophets of war" sur Sytematic Chaos. Pourtant, les titres « fist in the air», c'est pas tellement le leitmotiv du groupe. Trouvant difficilement sa place dans les grands festivals, Dream Theater a néanmoins encore progressé dans le mix de technique et de métal traditionnel qu'il propose, assurant la place du métal prog, et c'est déjà bien. L'ovni de BCASL, c'est "The best of times". Cet hommage au père de Mike Portnoy, décédé d'un cancer, trouve difficilement sa place au milieu du marasme de notes qu'est cet album, surtout quand "Wither" remplit déjà son office de ballade attitrée. Sans enlever au mérite du batteur de vouloir rendre un hommage spécial, le titre en lui-même développe une ambiance bien trop à l'ouest. Cette progression téléphonée n'a d'intérêt que pour l'énoooooooooooorme solo de John Petrucci, pour une fin en mode "bave". Futurs guitaristes, écoutez et apprenez. Finie la branlette de manche, l'ours à la six corde prodigue des solos d'une finesse incroyable, même agrémentée d'éléments techniques.

Autre pièce incontournable, "The shattered fortress". Enfin la voilà la pièce finale de la série des AA, entamée par "The glass prison" sur Six degrees of inner turbulence. Le quasi quart d'heure du titre, principalement instrumental, reprend les différents traits des anciens épisodes mais va au-delà du patchwork en proposant des modulations surprenantes. Le fan n'y trouvera rien de très nouveau, mais cette conclusion fait honneur au reste de la série. Reste plus qu'à voir ça en live. Le traditionnel long format de l'album reprend une mésaventure du père Petrucci, perdu dans la campagne italienne en compagnie d'un baron complètement givré. Le résultat est une aventure rondement menée, dans la lignée d'"Octavarium", mais bien plus musclé. Et puis encore ce refrain, et encore cette fin qui reste dans la tête... pfiou, du grand art !

Malgré l'évidente routine dans laquelle le groupe s'est installé depuis trois albums, Dream Theater réussit encore à surprendre. Au moins un peu. S'il n'est pas indispensable au regard de la discographie des Américains, cet album aura le mérite de mettre en avant un John Petrucci des grands jours. Un autre bon point pour James Labrie, qui muscle sa voix et fera peut-être taire les critiques.

Dream Theater / Chronique LP > Systematic chaos

Dream Theater - Systematic Chaos Le Dream Theater version 2007 c'est : une arrivée chez Roadrunner, des muscles en plus pour John Petrucci, une barbe bleue pour Mike Portnoy et un nouvel album, sans concept cette fois. Systematic Chaos n'est pourtant pas dénué de mystère, même si on n'est pas en présence d'un chaos systémique mais bien d'un chaos systématique. Philosophiquement parlant c'est moins palpitant même si cela mérite qu'on s'y arrête un instant. Pour cet album, il y aurait donc une répétition cyclique d'un chaos, l'ordre régissant le désordre. Fin de la leçon de philosophie, sortez vos cahiers de musique.
Même schéma que pour Octavarium, Systematic Chaos compte huit titres, dont une suite de 16 minutes, cette fois coupée en deux. Et du batteur d'expliquer ce choix par la volonté de ne pas commencer l'album avec un gros morceau dépassant le quart d'heure. Soit. "In the presence of enemies Part 1" débute donc le présent opus dans une descente de toms bien connue des aficionados avant une intro de guitare qui rappelle explicitement Swim d'In Flames. La suite ressemble à un auto plagiat jusqu'à ce que James Labrie pose son chant et relève le niveau. Deuxième single en date, "Forsaken" prend la suite sur un piano lointain avant que le reste du groupe se joigne à Jordan Rudess pour déchaîner les enfers. Même si ça reste gentillet le titre est plus qu'appréciable et fait des miracles en live. "Constant motion" et "The dark eternal night" sont la preuve que les 20 000 dollars de budget Starbucks nécessaires à l'enregistrement ont fait leur effet. Le premier aborde la débordante créativité de Mike Portnoy, toujours en train de planifier quelque chose. Clairement dans la lignée des riffs de Metallica, l'efficacité est au rendez-vous. "The dark eternal night" est plus complexe, alliant chant rappé sur les couplets et sonorités malsaines sur le pont. Un passage thrash plus tard, le titre se termine sur un riff gras, lourd, sur fond d'improvisation de Jordan Rudess sur son continuum. Grosse claque.
"Repentance" est la dose de subtilité de cet album. Quatrième partie de la suite AA abordant les problèmes d'alcool de Portnoy, cette ballade mélancolique est l'occasion pour de nombreux artistes de poser quelques lignes de voix. Le groupe réussit à diffuser une ambiance froide et nostalgique et, bien que John Petrucci sorte d'une tournée avec le G3, rassemblement des meilleurs guitaristes du moment, il use d'une étonnante finesse. Seul titre écrit par James Labrie sur cet album, "Prophets of war" exploite le côté catchy des américains pour un résultat incisif, servi par un riff de guitare révélant encore une fois les capacités de Petrucci. Même si le groupe ne voulait pas aborder l'enregistrement de Systematic Chaos avec un concept prédéfini, il ne voulait cependant pas composer dans une veine "joyeuse". "The ministry of lost souls" en est l'exemple type, usant d'accords majeurs à des fins nostalgiques, presque funestes. L'album se conclut comme il avait commencé, avec la deuxième partie de "In the presence of enemies". Cette suite dépasse largement le premier épisode, utilisant tous les artifices heavy-metal et prog. Après une introduction toute en tension, le groupe se faufile vers un développement grandiloquent, narrant l'histoire d'un démon intérieur en conflit avec son alter ego angélique. Les parties instrumentales font de cette seconde partie le titre, avec "Repentance", le plus intéressant de l'album, sans une seconde d'ennui.
L'attente était grande chez les fans, une nouvelle fois. Malgré les critiques, cet album est abouti et intelligemment composé, sans les travers "pop" d'un Octavarium. Encore une fois, Dream Theater a frappé fort.

Dream Theater / Chronique DVD > Chaos in motion

Dream Theater : chaos in motion A chaque tournée son souvenir en images, en tout cas c'est le rythme que Dream Theater entretient depuis Train of thought. Systematic Chaos ne fera finalement pas exception, alors que pendant un temps il fut question de ne pas sortir de DVD. Chaos in motion verra le jour, mais se détachera des productions visuelles précédentes par un principe de live capté sur plusieurs dates de leur tournée mondiale, six pour être précis. La version 2 DVD présente respectivement un traditionnel DVD bonus et un live de 14 titres où la part belle est faîte au dernier album en date.. "The dark eternal night", "Constant motion", "Forsaken". seule "Repentance" ne figure pas en tant que tel dans ce premier DVD. Pour autant on en est gratifié d'un extrait chanté par Mikael Åkerfeldt d'Opeth. Car à la fin de chaque chapitre on a droit à une interview, une pub, ou des extraits d'autres tournées, comme pendant le "Progressive nation tour". Si bien que les titres live n'ont que peu de cohérence entre eux, un peu dommage quand on pense que les vidéos présentes entre chaque titre auraient leur place sur le DVD bonus. De leur côté, les titres live sont convaincants, même s'ils ne bénéficient pas de la qualité visuelle offerte sur Score, le dernier DVD live du groupe. On se rapproche plus d'un bootleg officiel que d'un réel concert filmé, ce qui fait gagner la prestation en authenticité, même si pour le coup le groupe ne corrige pas les "pains". Sur scène le groupe est au mieux de sa forme, James Labrie en tête. Ce papy du métal envoie comme en 40, alors que John Petrucci, bourré aux pilules musclor, enchaîne les démonstrations de virtuosité. En sortant un piano à sangle, Jordan Rudess réalise le rêve de tout claviériste : arpenter la scène comme un guitariste. Du coup les unissons entre guitare et claviers sont d'autant plus impressionnants quand on regarde les deux instrumentistes côte à côte sur scène. "In the presence of the enemies" reste LE moment de ce concert, une suite de plus de 20 minutes qui, coupée en deux sur CD, est jouée d'un seul bloc en concert. Il est toujours possible de spéculer sur la pertinence de la set list, un exercice apprécié des fans, mais les 14 titres présents reflètent bien le potentiel live du groupe et c'est bien l'objectif.
Le DVD bonus est un billet d'entrée pour l'envers du décor, un documentaire en quatre parties pour découvrir comment se prépare un show de Dream Theater, de A à Z. À côté de cela on a aussi des interviews de chacun des membres, y compris le peu loquace John Myung. C'est intéressant mais ça sonne un peu "redite". Malgré tout c'est toujours appréciable de connaître les petites anecdotes liées au groupe, les petits secrets (John Petrucci fait moins de musculation que de gobage de pilules) et tout un univers que chaque fan déborde d'envie de connaître. Point noir : pas de sous-titres en français, de quoi mettre en rogne les anglophobes. Le reste demeure d'une qualité habituelle chez les américains. Pas de faute de goût et au final un double DVD qui, loin d'être d'un apport formidable par rapport aux autres productions visuelles du groupe, conserve le lien entre le groupe et des fans toujours plus avides quand il s'agit de leur groupe préféré.

Dream Theater / Chronique LP > Octavarium

Dream Theater : Octavarium 6 titres sur Six degrees of inner turbulence, 7 sur Train of thought, Octavarium prend la suite logique avec 8 titres et un nouveau concept. L'artwork en dit déjà long sur les idées développées pour ce nouvel opus : les titres tourneront autour de l'idée que tout ce répète, dans un cycle sans fin qui lie chacun des éléments de la vie. Et pour coller avec ce concept, "The root of all Evil" débute sur la même note que celle sur laquelle finissait "In the name of God" sur le précédent album. Les rythmes de l'introduction sont d'ailleurs un rappel à peine voilé des rythmes de "This dying soul". Tout est lié. Après une tournée avec Yes, vestige de la glorieuse époque du prog, on pouvait légitimement s'attendre à un "retour" au prog que le groupe avait délaissé pour donner dans le métal primaire et démonstratif. Et bien non, le groupe ne se (re)tourne pas vers un style purement prog et s'octroie même un début d'album popisant avec "The answer lies within". Ça reste désespérément fade, on frôle l'ennui mortel. Heureusement John Petrucci nous sort la boîte à riffs pour "These walls", justement un mur de son et un déluge de notes comme on aurait pu en trouver sur Train of thought. Le guitariste va chercher du La sur sa sept cordes pour un ternaire fragmenté, à la fois planant et abrasif. Redescente de tension avec "I walk beside you" où les travers de "The answer lies within" se répètent, là on touche carrément l'ennuyeux et le dispensable. À trop vouloir jouer avec le concept de répétition perpétuelle, le groupe se prend les pieds dans le tapis. Cette première partie ne propose pas grand-chose de novateur, si ce n'est des ballades mièvres, relevées cependant par un "These walls" plutôt convaincant. Certes mais Dream Theater reste Dream Theater, et la suite de l'album n'est qu'un florilège de ce que le groupe a pu proposer de mieux au cours de ses 20 ans de carrière. La maturité des compositions n'est aucunement source de débat, c'est un fait : Octavarium délivre un des messages des plus concis et expressif, malgré une première partie faible.
La basse vrombissante de "Panic attack" remet les choses en place, on retrouve un groupe sur les rails et prêt à en découdre. La production aux petits oignons met en valeur chaque instrument de manière claire, même si les riffs gras de Petrucci ont la part belle sur ce titre. Gagnant progressivement en intensité, le groupe nous mène sans difficulté vers un passage instrumental démontrant brillamment comment binaire et ternaire peuvent cohabiter (juste une question de mesures). Le final est à l'image de ce passage, prenant et hypnotique, concluant intensément plus de 8 minutes de musique. "Never enough", où l'influence de Muse est facilement identifiable, n'est en pas pour autant une pâle copie de que peut écrire le trio anglais. Difficile d'imaginer comment il pourrait créer cette ambiance lunaire que Jordan Rudess et Jonh Petrucci créent à eux seuls sur le pont. La sortie de cet unisson est une envolée tout en delay, sacrément réussie. "Sacrified sons", à défaut d'être un titre intéressant par son contenu, demeure un prélude de qualité pour ce qui restera comme LE titre de Dream Theater, de l'aveu même de son batteur, j'ai nommé "Octavarium". 25 minutes, 5 parties et une pure progression qui fait monter la pression jusqu'à une apogée forte en décibels. Tous les éléments du métal-prog américain sont présents : orchestrations symphoniques, ballade mineure, instrumentations complexes et enfin des paroles qui résument à elles seuls l'intelligence du concept de l'album. Une merveille.
Si le groupe s'était affranchi de ses pérégrinations pop, cet album aurait certainement gagné en homogénéité. Qu'importe, la chanson titre ainsi que quelques titres plus que convaincants font le nécessaire, pour un album qui restera comme l'un des plus aboutis à ce jour.

Dream Theater / Chronique LP > Live at Budokan

Dream Theater - Live at Budokan Dream Theater en en triple CD live, dans une salle qui fait partie des endroits mythiques où tout groupe qui se respecte rêve de jouer un jour (au même titre que l'Astoria de Londres par exemple) et pour quelques 2h45 de show, forcément ça marque les esprits... D'autant que le groupe, un peu mégalomane, a fait les choses en grand et ne se moque pas de son public. Ce Live at Budokan est la quintessence du live pour une formation notamment réputée pour être une bête de scène. Laquelle a donc décidé d'offrir une tracklist 5 étoiles avec notamment "As I am", "Pull me under" ou "Beyond this life" au programme des festivités. Que du lourd donc et des titres extraits de six albums différents de DT, donc des morceaux soigneusement choisis pour broder un set qui ne soit pas qu'une grosse démonstration de virtuosité (quoique...) mais également un vrai show avec des moments plus légers voire même psychédéliques avec quelques incursions orientés 70's (la ballade "Disappear" ou "Solitary shell", "Trial of tears"...). En clair, une bonne partie du répertoire du groupe y a droit, les zikos sont dans une forme olympique et derrière les fûts Mike Portnoy passe la surmultipliée pour impressionner l'assistance, même la plus blasée. D'"Endless sacrifice" à "Only a matter of time", ça envoie du lourd et milieu de tout ça, Dream Theater s'offre une petite récréation avec "Instrumedley" d'une douzaine de minutes. On le sait depuis longtemps, ces gars-là sont de sacrés techniciens et pour l'occasion, se sont mis en configuration "on donne tout ce qu'on a dans le ventre". Résultat ? 3 galettes, 18 morceaux et un peu moins de trois heures d'un concert très haut de gamme. Egalement sorti en DVD, ce live est un indispensable pour qui est un tant soit peu amateur du genre...

Dream Theater / Chronique LP > Train of thought

Dream Theater - Train of thought S'il fallait résumer Train of thought en une expression, ce serait sûrement "Bidibim". Comprendre que cet album est résolument heavy-métal et que la tournée qui suit verra les premiers pogos dans un public de fans pourtant la plupart du temps statiques. Après avoir donné dans le concept album, deux fois, le groupe couche sur papier un disque qui résume l'énergie des shows donnés maintenant à travers le monde. Le résultat, 7 titres punchy et définitivement heavy. Si Wagner était encore de ce monde, il aurait adoré Train of thought, conjugaison ingénieuse de progression d'accords originaires de la musique classique et riffs tranchants observant les codes informels du heavy-métal. En d'autres termes, ça bastonne intelligemment. Trois semaines de composition, deux mois d'enregistrement et voilà ce condensé d'énergie sur les platines. Cherchant inlassablement à surprendre leurs fans, les américains ont mit le doigt sur un côté heavy qui n'avait encore pas eu d'expression digne de ce nom. Ici, de la première note à la dernière, on explore à grands coups de palm mute un univers sombre, servi par la puissance de titres massifs, tant en longueur qu'en informations contenues.
L'intensité d' "As I Am" introduit parfaitement l'album, harmoniques fuzzées en tête, un peu à la manière de "The glass prison". John Petrucci sort la mitrailleuse à riffs sur "This dying soul", se mettant volontairement en retrait lors du développement au profit de la voix de James Labrie, toujours aussi convaincante au milieu de la forêt de riffs tous plus gras les uns que les autres. La suite du titre est pesante, épique, technique, furieusement efficace. L'influence de Metallica est à peine voilée, dans le format de type Master of puppets d'abord, sur l'inspiration des riffs ensuite. Côté virtuosité, Train of thought est une vraie démonstration. Jordan Rudess aux claviers, Mike Portnoy derrière les fûts et John Petrucci à la six cordes s'en donnent à cœur joie. Syndrome de la branlette de manche ? Peut-être, mais dans l'objectif du groupe d'en mettre plein les oreilles, c'est légitime. "Endless sacrifice" et "Honor thy father" continuent sur cette lancée dans un enchaînement époustouflant, avant que la gravité de "Vacant", interlude servi par un violoncelle sombre et un James Labrie poignant. "Stream of consciousness", instrumental de 11 minutes, aurait pu être la transposition métal d'une suite symphonique, tant la progression du titre fait penser aux codes de la musique classique, influence avouée par le groupe. "In the name of God" met un point final dantesque à cet album, zénith épique et lyrique d'un ensemble plus qu'efficace.
Beaucoup de fans actuels de Dream Theater, votre serviteur y compris, sont venus à découvrir ce groupe par cet album. Même s'il ne résume pas la complexité et le côté prog des précédents albums, Train of thought est LA cartouche heavy de la discographie de Dream Theater : 7 titres qui scient en deux et vous laissent pantois.

Dream Theater / Chronique LP > Six degrees of inner turbulence

Dream Theater - Six degrees of inner turbulence Deux CD en un, une piste de plus de 40 minutes, une production digne d'Hollywood. Dream Theater c'est un peu les Jeux Olympiques en musique : toujours plus haut, toujours plus fort. Après un album concept plus que réussi, la confiance est du côté des américains. Et même si la force est avec eux, c'est le côté obscur qui prend le dessus pour le premier CD. "The glass prison" en guise d'amuse bouche, ça bastonne sévèrement : intro mystérieuse, arpèges de basse et arrivée magistrale d'un couple guitare-batterie pour des accords qui donnent le ton, ça va cogner tout du long. Presque 14 minutes d'un déluge de sextolets à 220 BPM, de riffs dignes de Pantera, le tout mettant en valeur les textes de Mike Portnoy sur son alcoolisme. Après ça, dur de continuer et on s'arrêterait bien là tant le premier quart d'heure est riche et complet. Mais non, le groupe en remet une couche avec quatre autres titres bien ficelés, dont un magnifique "Misunderstood" tout en retenue et "The great debate", qui aborde la question du clonage thérapeutique (cultivés les bougres !). Premier CD et premier triomphe. Un bloc massif sur lequel l'érosion du temps ne fera pas effet : ils sont toujours présents dans les set lists du groupe.
La deuxième partie n'est en réalité qu'une et une seule piste, découpée en 8 "épisodes". Et là c'est le drame. Non pas que les 42 minutes de Six degrees of inner turbulence, la chanson titre, soient dénuées d'intérêt, mais il faut user de toute son abnégation pour ne pas appuyer su la touche "suivant" de la chaîne-hifi. L'intro orchestrale est un prélude à un "About a crash" dont la légèreté passe sans obstacle. De même pour le tonitruant "War inside my head", instantané à la fois heavy et direct. Technique quand tu nous tiens, "The test that stumped them all" sort les mesures de 7/4 et les démonstrations de virtuosité. Jusque-là, les trois premiers épisodes de Six degrees of inner turbulence sont convaincants. Les choses se gâtent avec Goodnight kiss et Solitary shell : ça paraît trop facile, un peu nian-nian. Cela fait partie du style de Dream Theater, mais on est pas obligé d'adhérer. En l'occurrence, le côté pop catchy n'est rien face aux productions métal du groupe. Du coup, même si John Petrucci remet la grosse distorsion en route pour "About a crash (reprise)", qui reprend certains éléments de l'introduction orchestrale et du premier "About a crash", on reste sur sa faim.
Pour l'anecdote, le groupe voulait se tourner vers la world music pour cet album. Mais un concert de Pantera est passé par là. Salutaire, cette intervention divine, d'autant que le groupe ne cessera d'affiner le son du prog-métal. Malgré tout, ce double album ne tient pas la comparaison avec Scenes from a Memory, si toutefois il est pertinent de comparer les deux albums.

Dream Theater / Chronique LP > Scenes from a memory

Dream Theater - Scenes from a memory 13 ans après leurs débuts, les américains de Dream Theater abordent l'enregistrement de Scenes from a Memory plus motivés que jamais. Leur dernier album ayant fait un flop relatif chez leurs fans de toujours, ils mettent tout en œuvre pour réaliser une pièce unique, insistant sur tous les points pour obtenir un résultat proche de la perfection. Le point de départ des séances d'écriture n'est autre que le génial "Metropolis part 1", présent sur Images & words et composé à l'époque sans même penser à une deuxième partie (le "part 1" ayant apparemment été ajoutée comme une plaisanterie). En prenant un titre plus que réussit comme base, le groupe prenait déjà les choses par la face nord, mais en ajoutant l'idée d'un concept album, le challenge était encore plus ambitieux. Au programme, neuf scènes et deux actes, narrant musicalement l'histoire de Nicholas, dont les cauchemars le hantent nuit après nuit.

L'album s'ouvre sur "Regression", un plongeon dans l'inconscient de Nicholas, qui cherche à chasser ses démons par l'hypnose. Les 12 pistes de l'album sont autant d'épisodes dans l'exploration de son subconscient et on comprend au fur et à mesure, paroles à la main, que l'intéressé est la réincarnation d'une certaine Victoria, l'objet de ses cauchemars, victime en 1928 (d'où le titre "Ouverture 1928") d'un meurtre, conséquence funeste d'un combat fratricide pour son amour. Version raccourcie du concept de l'album certes, mais l'essentiel est là. Le développement de cette histoire en musique est une franche réussite, et l'on se prend au jeu de lire les paroles avec avidité, pour en savoir davantage sur l'avancée de "l'enquête". Musicalement parlant, cet album reflète enfin le véritable potentiel de composition du quintet d'outre-atlantique. Chaque titre ou presque possède sa référence à "Metropolis part 1", un phrasé, une rythmique, un unisson mélodique. "Strange déjà vu" met déjà la barre très haut, et la production met parfaitement en valeur chaque musicien. Recruté il y a peu pour prendre la suite de Derek Sherinian, Jordan Rudess complète un line-up qui reste le même aujourd'hui. En retrait la plupart du temps par rapport à la guitare, le claviériste sait quand même se montrer et apporter ce qu'il faut d'ambiance et d'harmonie, notamment avec l'utilisation d'un vrai piano et pas de samples cheap qu'on croirait tout droit sortis de Mario Bros. "Fatal tragedy" met à cet effet la complicité naissante entre les touches et les cordes : tout en harmonie, cette envolée à la fois lyrique et funeste est un petit chef d'œuvre à elle seule. Dream Theater sans technique ne serait pas Dream Theater.

De ce côté-là, le contentement est total, là où les passages techniques s'intègrent parfaitement au reste du titre, progressant à grands coups de shred et autres dialogues entre piano et guitare, vers une fin que l'on trouve toujours trop rapide. "Beyond this life", à coup sûr l'un des titres les plus rentre-dedans de la discographie du groupe, applique les théories de la dissonance avec brio, tout en exploitant ce côté heavy jusque-là légèrement en retrait. "Through her eyes" marque une pause méritée, bien que le titre soit nettement en dessous du niveau du reste de l'album. Malgré tout indispensable au développement de l'intrigue, il introduit le mélancolique "Home". Épisode tragique de l'histoire, en l'occurrence le départ de Victoria des bras de son fiancé pour aller se plonger dans des draps de son frère, "Home" est du long de ses 12 minutes un panel épatant de tous les talents du groupe : hypnotique et inquiétant au début, heavy par la suite, mélodique et enfin technique pour finir sur des cris érotiques évoquant la décision de Victoria de rejoindre le frère d'un individu rongé par ses addictions. Clairement technique, "The dance of eternity" n'est en fait qu'un hommage caché à tout ce qu'un Frank Zappa a pu apporter à la musique avec ses arrangements toujours innovants. "One last time" et le tubesque "The spirit carries on" sont l'expression pure de la tragédie dont Victoria a été victime : jaloux de son frère vers qui elle s'est finalement tournée, il tuera l'amour de sa vie, avant de se donner la mort. "Finally free" met fin à la séance d'hypnose dans un enchaînement d'accords mineurs. Des coups de feu retentissent : l'hypnothérapeute, réincarnation du frère assassiné, prend sa revanche. Une histoire bien ficelée, des compositions qui tiennent sur pied, Scenes from a Memory est la consécration qu'attendait le groupe depuis Images & words. C'est aussi un nouveau départ pour le quintet américain, désormais en marche vers un succès chaque fois plus grand.

À Aurélie.

Dream Theater / Chronique LP > Falling into infinity

Dream Theater - Falling into infinity Si Falling into infinity était un blockbuster, ce serait une suite un peu bancale, largement inférieure au premier épisode. Si Falling into infinity était une nouvelle recette, elle manquerait certainement de piment. Mais Falling into infinity n'est ni l'un ni l'autre, ce n'est autre que le 4e album studio de Dream Theater, après un EP plus que convainquant. Mais voilà, même quand les Américains font un album largement en dessous de ce qu'ils ont fait précédemment, ce n'est qu'une rature sue une copie de bon élève. Malgré tout, l'album comporte ses atouts, sa légèreté, son côté accessible, mettant l'appui sur les pans mélodiques du quintet. À proprement parlé, cet album reflète une période ou le groupe est fragile, moins apte à résister aux pressions de sa maison de disque.
À grands coups de réécriture, les portes se ferment progressivement pour le groupe, qui souhaitait à l'origine donner naissance à un double CD. "Hollow years", une ballade mélancolique parfaite pour rameuter les foules, est un choix commercial qui résume bien l'esprit de Falling into infinity. Malgré la pauvreté relative des compositions, un mauvais album de Dream Theater reste un bon album. Il faut ainsi rendre justice à "Peruvians skies", où la portée transpire l'influence des Pink Floyd. L'efficacité de "Burning my soul" s'oppose aux longueurs de "Trial of tears", qui manque cruellement de cohérence et de surprises. Bien que désormais membre officiel du groupe, Derek Sherinian fait pâle figure face au lyrisme de son prédécesseur, malgré quelques passages d'une étonnante intelligence. Le jazz fait son apparition par quelques accords complexes, relevant un peu le niveau sur certains passages.
Malgré son apparente simplicité, Falling into infinity n'est pas un album accessible, en tout cas par pour les fans de Images & words ou encore du sombre Awake. Le premier contact est décevant, et il faut se forcer à baisser son niveau d'exigence pour apprécier cet album. La déconvenue des fans à l'époque ne fera que révéler les difficultés du groupe. Encore une fois la surprise est au rendez-vous, mais cette fois la chute est rude. Mike Portnoy reconnaît lui-même la faiblesse de ce quatrième effort, et les tensions au sein du groupe manqueront presque de mettre fin à la carrière du groupe. À la suite de quoi ce fut le grand nettoyage de printemps : exit Sherinian, et dorénavant les albums du groupe seront enregistrés par le groupe lui-même, pour préserver une authenticité trop souvent corrompue. Le groupe claque la porte d'Eastwest Records pour rentrer dans la famille Elektra. Et tonton Portnoy de poser ses conditions à la signature du contrat : les prochains albums ne seront présentés aux producteurs qu'en fin d'enregistrement. Une demande à laquelle Elektra Records accède, sentant bien que Dream Theater avait vraiment besoin d'un peu d'air pour être Dream Theater.

Dream Theater / Chronique EP > A change of seasons

Dream Theater - A change of seasons Rejeton de la phase d'écriture d'Images & words, A Change of seasons est un peu l'arbre au milieu de la forêt, le seul EP de la discographie de Dream Theater. Pour la petite histoire, c'est sous la pression des fans que le groupe a pris le chemin des studios pour enregistrer ce titre long de 23 minutes qui a déjà eu une vie en live, les américains ne se privant pas de jouer cette suite jusque là orpheline de version studio. Si l'EP met aussi à l'honneur les influences du groupe, les reprises live sont clairement dispensables quand il s'agit de digérer plus de 20 minutes de prog-métal, un peu moins pour ce qui est de constater que John Petrucci n'aura jamais le feeling de Brian May à la six cordes, mais ceci est une autre histoire.
Abordant le décès de la mère de Mike Portnoy, A Change of seasons est inévitablement une progression sombre, bien que quelques structures majeures pointent leur nez à de rares moments. À l'image de la trilogie "A mind beside itself" présente sur Awake, les 23 minutes de A Change of seasons sont en fait une succession de 7 parties, pour la plupart instrumentales. Pour l'époque, c'est tout nouveau. Encore une fois le groupe surprend ses fans et la réponse se fait immédiate. Ils aiment tellement qu'ils le font savoir au label de l'époque, Eastwest Records, qui cède sous la pression conjuguée d'un Portnoy remonté comme un coucou et de fans toujours aussi fidèles : le titre aura sa trace discographique. C'est donc sans surprise que les amateurs du groupe pionnier du prog-métal placent "A change of seasons" sur le podium de leurs titres préférés. À raison pour un titre qui laisse le champ libre à tous les fantasmes musicaux du groupe, qui s'en donne évidemment à cœur joie. À tort néanmoins car à force de partir dans tous les sens, l'auditeur se prend un peu les pieds dans le tapis : passées 15 minutes, difficile de trouver un lien avec les arpèges du début. Qu'importe, le voyage est distrayant et ne tombe pas dans le travers techniciste à tous les coins de mesure. Incorporé encore il y a peu aux set lists live (voir le medley présent sur Live at Budokan), A Change of seasons est une première en terme de longueur, mais comparé à Octavarium, à la fois l'aîné de deux minutes et de 10 ans du titre éponyme de l'EP, il ne fait pas le poids. Entre temps, le groupe aura su affiner son propre son et progressé dans l'agencement de compositions longues. Néanmoins, A Change of seasons prouve à l'époque que le groupe ose prendre des risques, loin des formats classiques du métal. Malheureusement, cela ne va pas durer.

Dream Theater / Chronique LP > Awake

Dream Theater - Awake ... Après les 350 000 copies d'Images & words vendues à travers le monde, Dream Theater entre en studio en 1994 avec quelques kilotonnes de pression sur les épaules. Car les fans peuvent autant faire vivre un groupe qu'y mettre un terme. Le groupe brave l'épreuve et garde son intégrité en sortant en octobre de la même année un album tout à fait différent de son prédécesseur, moins technique et plus sombre.
Réveil matinal avec "6 : 00", sa descente de toms et une polyrythmie aux claviers. Tout de suite la voix de James Labrie chatouille l'oreille : le style propre d'Images & words est enterré et le canadien s'offre des lignes de chant plus énervées. Si cet album sonne plus sombre et plus "in your face", l'apparition d'une Ibanez 7 cordes dans les mains de John Petrucci en est en partie responsable. "Caught in a web" est ainsi une ode aux riffs profonds, alors que James Labrie continue d'aborder un style rugueux. "Innocence faded" marque un retour à plus de douceur, doublée d'une mélancolie prenante. Être l'inventeur du prog' métal n'empêche pas d'aborder des styles plus accessibles et le groupe ne s'en prive pas. À chaque album sa ballade ou son titre accrocheur et les compositeurs voient cela comme un pan assumé de leurs compositions. Titre accrocheur certes, mais pas dépourvu de technicité et de surprises. "A mind beside itself" est un des piliers de cet album. Titre tripartite comptant notamment l'instrumental "Erotomia", véritable démonstration de l'utilisation possible des chromatismes ascendants et descendants, cette suite se poursuit et se termine sur une pente descendante jusqu'au duo guitare acoustique / chant de "Silent man". Même si l'on n'est pas sur le même plan que le génial "Metropolis part 1", cette progression n'est est pas pour autant dénuée d'intérêt. Cette première demeurant néanmoins un cran en dessous de la suite de l'album.
"The mirror" remet le groupe sur les rails des riffs assassins, sur fond d'ambiance glauque servie par des orgues dissonants. Considéré par les fans comme un prologue de la série des AA, qui aborde les problèmes d'alcool de Mike Portnoy, c'est une véritable démonstration pour ce qui est des renversements de pulsation. Les aspects complexes et techniques sont relégués au second plan, mettant la plupart des titres accessibles aux premières écoutes, même si certaines références cachées au sein des compos demandent une attention particulière. Ainsi la suite d'accords de "Space Dye Vest" est introduite dans le corps de "The mirror". "Lie" continue sur un pur style heavy, un titre dont le clip permettra au groupe d'atteindre les grands médias musicaux, MTV en tête. Ambiant et minimaliste, "Liffting shadows off a dream" marque une pause dans cette seconde partie intense en tout point. Guitare proche de U2, accords tantôt mineurs, tantôt faussement majeurs, il met en retrait les claviers, créant ainsi un des titres les plus intéressants de ce troisième album. "Scarred" et son introduction jazzy dépasse de loin les dix minutes, se démarquant du reste de l'album. Malgré cela, quelques longueurs font de ce titre une composition mineure, bien qu'ayant totalement sa place parmi les autres titres. "Space dye vest" clôt magistralement Awake, exprimant toute l'ombre présente au long des dix précédents titres par une suite d'accords sensibles. La gravité et la tension de cette composition sont à l'image de l'état d'esprit du claviériste à ce moment de la carrière du groupe. En désaccord, il le quittera peu de temps après la sortie de l'album, marquant ainsi un nouveau coup d'arrêt pour le groupe. Appelé pour assuré les claviers pendant la tournée, Derek Sherinian fera son possible pour remplacer un membre encore aujourd'hui regretté par les fans.

Dream Theater / Chronique LP > Images & words

Dream Theater - Images & words 3 ans ont passé depuis When dream and day unite, période pour le moins difficile pour le groupe, réduit à quatre après le départ de Charlie Dominici. Les auditions pour un nouveau porte-voix se succèdent et le poste est régulièrement confié à plusieurs chanteurs qui ne feront pas l'affaire. Désespoir de courte durée car une cassette démo de Kevin James Labrie parvient rapidement jusqu'aux oreilles du groupe. Sa voix colle parfaitement à ce que le groupe, qui a accumulé les petits boulots et les compositions instrumentales, recherchait depuis le départ de Dominici. Embrayage rapide sur l'enregistrement d'Images & words, considéré encore aujourd'hui comme un monument dans une discographie pourtant de qualité. Désormais chez ATCO Records, qui plus tard deviendra Atlantic Records, le groupe envisage l'enregistrement sous de bons auspices, mettant en boîte des titres qui datent pour certains datent de la période sombre qu'a vécu le groupe avant l'arrivée de James Labrie. Le disque débute sur "Pull me under", une cartouche à la fois heavy et catchy (le refrain particulièrement), savant mélange qui va propulser le groupe, via MTV et les ondes radiophoniques, dans une autre dimension. Cet album imparable donne au groupe une "fanbase" solide qui le suivra jusqu'à aujourd'hui. "Another day", ballade qui aurait pu faire figure de single, témoigne du talent du groupe lorsqu'il n'est pas forcément question de compositions déstructurées et de riffs cinglants. "Take the time" prend la suite sur un mélange de rock funky et abrasif. Encore aujourd'hui un des titres incontournables du groupe en live, il livre une dose intense de technicité, notamment sur la partie instrumentale au milieu du morceau, avec un refrain imparable qui donne une autre ampleur aux compositions du groupe. Depuis When day and dream unite, on sent que le groupe s'est affiné, pour un résultat plus que détonnant. Le génial "Metropolis part 1" maintient la barre haute, un brûlot de plus de 9 minutes tout en progression avec une partie instrumentale encore une fois démentielle. Le discret Jonh Myung s'y exprime largement, tout comme ses autres compères instrumentistes au talent non démenti. Certes la production, bien que meilleure comparée à celle du précédent album, reste datée, mais les compositions ne s'en ressentent plus. Les performances de James Labrie confortent le choix du canadien au poste de chanteur, d'un apport largement supérieur à celui de son prédécesseur. Les claviers ont toujours cet aspect un peu étonnant, mais la complémentarité avec la six-cordes de John Petrucci est renforcée, à l'image des nombreux dialogues entre les deux solistes. "Wait for sleep" donne un peu de douceur à cet album brut, dont "Under a glass moon" poursuit l'inévitable avancée. "Learning to live", qui donne une réponse progressive à souhait à "Wait for sleep", reprend le thème de ce dernier avec des solos de clavier dispensables malgré tout et un chant toujours aussi à la hauteur. La fin de ce titre est particulièrement prenante, là où certains passages instrumentaux demandent un surplus d'attention pour en apprécier tous les traits. Succès en poche, le groupe voit ses horizons s'élargir et voyage jusqu'au Japon où des salles entières reprennent "Pull me under" à l'unisson. Définitivement un tournant pour les musiciens américains, Images & words sonne comme un mélange parfait entre mélodies entraînantes, lourdeur heavy-metal et progressions dignes de Yes ou Pink Floyd.

Dream Theater / Chronique LP > When dream and day unite

Dream Theater - When dream and day unite When dream and day unite marque l'entrée en matière de Majesty, renommé Dream Theater pour des raisons légales, dans la cour des grands. Un premier album naturellement important pour le jeune quintet qui offre sans complexe un mélange novateur de heavy metal ("A fortune in lies") et de technique. Dépassant largement le cadre des traditionnelles 3 minutes 30, les 8 titres de l'album offrent un aperçu du potentiel d'écriture du groupe. À ce titre, "The ytse jam", "Majesty" à l'envers, se révèle être une des compositions majeures de ce premier jet, pleine de rebondissements sonores et d'escapades hors des sentiers battus. Mike Portnoy et John Petrucci, respectivement adeptes du caleçon long et de la chemise ouverte style "latin", sont particulièrement démonstratifs quant à leurs capacités techniques. Et c'est tout le reste du groupe qui suit. La production, datée, porte préjudice à des compositions qui sont pourtant intelligemment agencées. Parfois dignes d'une juxtaposition d'éléments n'ayant rien à voir entre eux ("Status Seeker"), elles restent néanmoins intéressantes. La voix de Charlie Dominici, pour qui cet album sera le seul avec Dream Theater, reste dans les codes de l'époque, claire et aiguë. Les envolées vocales à la Bruce Dickinson, un style de chant recherché par John Petrucci et Mike Portnoy, collent plutôt bien avec les instrumentations sans donner ce "plus" qu'on serait en droit d'attendre. Clairement dispensable, il laissera d'ailleurs sa place peu de temps après la sortie de l'album. Particularité du "son" Dream Theater, les claviers de Kevin Moore sont d'un apport indiscutable pour ce qui est des rythmiques, les solos cheap restant assez pénibles à l'écoute malgré d'évidentes qualités d'improvisation. Une production datée, un mixage déploré par le groupe lui-même, When dream and day unite reste néanmoins un avant-goût intéressant, sans toutefois être un album incontournable. Premier et dernier album sous l'égide de Mechanic Records, il est toutefois celui qui précise le style d'un groupe définitivement novateur pour l'époque, entre technique et puissance.