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Biographie > Entre le ciel et l'enfer

dirge_logo.jpg Dirge fait partie de ces groupes qui ont une génération d'avance sur les modes. La vague post-hardcore metal trucs (plus communément baptisée "postcore" fait des ravages depuis deux/ trois ans, Dirge s'est formé en 1994 du côté la région parisienne. Dès leurs débuts, Marc T. et Laurent B., les deux fondateurs du groupe se sentent influencés le mouvement metal industriel, qui est notamment l'apanage des Godflesh et autres Pitchschifter. La musique des débuts de Dirge est donc un savant mélange entre riffs metal monolithiques et sampling indus foudroyants sur des rythmiques sulfuriques qualifiées de "robotiques". Le groupe commence par sortir quelques démos (Infected brain machine en 1994, Mind time control l'année suivante et Dead network access en 1996) histoire d'affiner son style. Peu de temps après, Laurent P. décide de quitter le groupe, et les deux nouveaux membres que sont David K. et Frank T prennent sa place. Le son de Dirge devient de plus en plus sombre, torturé et dissonant au moment où le groupe sort son premier album : Down last level. On est alors en 1998.
Un an plus tard, le line-up des parisiens se voit renforcer par les arrivées d'Alain B. et Christophe [Zomb] D. et le groupe se lance dans la conception de son second effort studio : Blight and vision below a faded sun, qui sort en 2000 sur Blight Records, mini-label créé par les membres de Dirge en personne. En 2001, nouveaux changements au sein du groupe, exit Franck T. et David K., bienvenue à Christian M. et Stéphane L. alors que le groupe va se plonger dans un silence discographique de 3 années... pour refaire surface en 1994 avec And shall the sky descend, un disque qui sonne comme la confirmation évidente du talent d'un groupe assez rare mais indispensable, presque culte, sur la scène post-noise metal hardcore hexagonale. Entre 2004 et 2006, Dirge tourne notamment aux côtés de Unsane, Kill the Thrill et Cult of Luna avant de s'atteler à l'écriture et l'enregistrement de son quatrième opus : Wings of lead over dormant seas (Equilibre Music) qui devrait voir le jour à la rentrée 2007 et auparavant précédé par la réédition de And shall the sky descend.

Review Concert : Dirge, DirGeneRorcaLee (nov. 2008)

Review Concert : Dirge, Eruption métallique au Point Ephémère (Paris, sept. 2007)

Interview : Dirge, Corrosion of conformities (sept. 2007)

Dirge / Chronique LP > Elysian magnetic fields

Dirge - Elysian Magnetic Fields 3 ans et demi se sont écoulés depuis le monument Wings of lead over dormant seas paru à l'époque via feu-Equilibre Music (Sleepytime Gorilla Museum), un peu moins de quatre années pendant lesquelles, les Dirge ont façonné, taillé, sculpté dans leur coin, sinon au secret, au moins dans la discrétion qu'ils ont toujours eu, leur nouvelle offrande discographique. Un silence relatif aujourd'hui brisé à l'heure du débarquement massif, via le toujours excellent Division Records (ASIDEFROMADAY, Kehlvin, Rorcal, Unfold), d'Elysian magnetic fields, du nouvel opus des précurseurs de la scène "post-core" hexagonale, sinon européenne. Fatalement attendu au tournant par les inconditionnels du genre. Mais pas que...

Et s'ils réfutent d'eux-mêmes l'étiquette "journalistique" par trop réductrice il est vrai, l'inaugural "Morphée rouge" fleuve n'en épouse pas moins certains contours d'un mouvement musical qu'ils ont largement contribué à développer - et dynamiter - (avec les Cult of Luna et autres Neurosis). Mais là encore, limiter Dirge à ça reviendrait à passer à côté d'une partie de son sujet, le groupe empilant les couches sonores sludge/drone/industrielles à la manière d'un Godflesh post-moderne avant de se lancer dans un vertigineux grand-huit métallique avec "Obsidian". Un bloc de granit musical aux aspérités émotionnelles palpables, une densité hors du commun qui prend tout son sens lorsque les enceintes se mettent à crépiter alors que les éléments qui se mettent en ordre de bataille avant de se déchaîner, sous la direction d'un groupe qui maîtrise son art à la perfection durant les quelques 11'30 que dure "Cocoon". Impressionnant de maestria.

Un chant qui défie les ténèbres, les instruments qui s'entrechoquent et la pression qui monte encore de quelques crans ("Sandstorm"), Dirge délivre alors quelques passages plus aériens et légers, aux textures post-rock d'une rare élégance, fragiles et fugitives, avant que des torrents de riffs massifs ne se remettent à déferler sur la platine, puis qu'il ne joue avec les effets sonores (et quelques bricolages plutôt bien trouvés) pour s'en aller tutoyer les cimes du postcore-industriel ou descendre, sans filin, dans les tréfonds de son oeuvre (l'éponyme "Elysian magnetic fields"). Entre le chaos et les cieux, le ciel et les Enfers, les cinq se subliment une fois encore au travers d'un songwriting d'une précision d'orfèvre, une sorte de puzzle extrême dont les pièces se mettent en place sous nos yeux ("Falling"), entre les riffs mastodontes qui se superposent, le chant, modulé au grès des impacts recherchés et quelques samples essaimés ci-et-là pour donner encore un peu plus de corps à l'ouvrage métallique du groupe. Une "pause" salvatrice intervient entre-temps avec ce "Narconaut" aux effluves drones/ambient/indus avant que l'"Apogée" ne vienne définitivement parachever cet album aussi massif qu'animal. Et déchirant. La preuve que quinze ans après la fondation du groupe, les Dirge démontrent encore une fois que dans leur domaine, il y a eux... et les autres.

[fr] L'artwork dans le détail (107 hits)External ]

Dirge / Chronique LP > Wings of lead over dormant seas

dirge_wings_of_lead.jpg Dirge, la simple évocation de ce nom suffit à faire frémir nos articulations, à faire vibrer les enceintes, à redouter l'imminence d'une Apocalypse musicale qui semble pourtant inévitable. Une éruption métallique qui ferra trembler la terre, un magma sonore qui s'insinuera inexorablement par tous les interstices d'un sol craquelé qui se lézarde sous nos pieds, des geysers qui embraseront le ciel dès la mise en branle de la mécanique d'horlogerie, Dirge fait peur, Dirge inspire le respect et Wings of lead over dormant seas est là pour démontrer que les maîtres du post-hardcore frenchy sont indétrônables. Orageux, tellurique, infiniment pesant, "Meridians" est un premier titre qui rend un hommage fidèle au genre : le post-hardcore. Alliant lourdeur incommensurable d'un Isis, velléités post-métalliques d'un Cult of Luna ou Pelican et rage brute, primitive, presque instinctive d'un Neurosis, le titre qui ouvre ce double album se présente comme un manifeste monumental et ravageur long d'une vingtaine de minutes et à la puissance démentielle.
Ceux qui ne connaissaient pas encore le groupe sont prévenus. Véritable no man's land sonore, le territoire musical de Dirge est semé d'embûches, celles-ci se dressant les unes après les autres devant les néophytes qui seront secoués par la déflagration postcore. 19'24 d'une musique tourmentée et sous haute tension permanente qui trouve sa source dans les ténèbres des cavernes du post-hardcore, en guise d'ouverture de ce Wings of lead., le groupe nous offre une véritable symphonie métallique aux vibrations chaotiques à la puissance abrasive hallucinante. Le calme presque absolu, la bête qui reprend son souffle afin de progressivement se remettre à hurler. Une rage brute, psychotique que l'on retrouve en de nombreux moments de l'album mais qui se plaît à jouer avec les contrastes et notamment avec le très bref et lunaire "End, infinite". Un instrumental post-rock atmosphérique cristallin sur lequel Dirge semble retrouver un semblant de calme avant que les éléments de sa musique ne se déchaînent de nouveaux. Désormais, la tension émotionnelle est palpable, les compositions organiques sont parfaitement maîtrisées par un groupe qui s'applique à concevoir des crescendo qui explosent littéralement les formats habituels du mouvement post-hardcore. Aux quelques velléités progressives des franciliens viennent s'ajouter une capacité rare à produire des structures labyrinthique qui s'étendent encore et encore jusqu'à ne plus nous lâcher ("Epicentre", "Lotus continent"). Déjà Dirge à cinq, c'est quelque chose, mais en plus les parisiens se sont payés un renfort de luxe en la personne de Nicolas Dick (Kill the Thrill) sur "Epicentre", morceaux aux pulsions de vie à la fois noires et lumineuses, avec toujours ce jeu de contrastes, ces clairs/obscurs qui parsèment la musique du groupe depuis And shall the sky descend et même avant... Alors que l'on s'attend à une ultime déferlante de violence, le groupe surprend et conclue le premier CD, ou avec un "Nulle part" qui s'élève doucement au dessus du sol pour se draper de nappes synthétiques et s'envoler vers des cieux un peu plus propices à l'apaisement.
Un premier disque qui se termine sur un "Nulle part" en forme d'impasse... mais qui trouve finalement une issue avec un deuxième CD d'une heure et composé d'une seule et même piste. Un morceau en forme d'apothéose qui embrase les corps, purifie l'esprit. Section rythmique d'une puissance obsédante, guitares distordues à souhait, Dirge se lance dans sa quête d'absolu, celle d'une dualité parfaite entre océans tumultueux et mers d'huile, entre cyclones destructeurs et éclaircies bienvenues, entre douceur et violence, toujours ces clairs/obscurs sur lesquel le groupe concentre son énergie, canalyse sa violence et se lance dans une démonstration ambitieuse en forme d'exutoire majestueux. Comme la preuve d'un talent précieux car sans limite. Impressionnant.

Dirge / Chronique LP > And shall the sky descend

dirge_and_shall_the_sky_descend.jpg Découvrir avidement puis chroniquer, encore sous le choc de la déflagration sonore qui vient de s'abattre sur nos tympans pourtant rompus à ce type d'exercice, Dirge pour la première fois, n'est pas forcément chose aisée... Déjà, faire la critique d'un disque n'est pas forcément la chose la plus évidente du monde, quoiqu'avec un peu d'entraînement et de remise en question quotidienne, les choses viennent un peu plus naturellement. Mais avec And shall the sky descend, la difficulté est tout autre. Un premier titre éponyme, et ce sont directement pas moins de 24 minutes et pas une seconde de moins qui viennent nous mettre à genou. D'entrée de jeu, Dirge nous immerge totalement dans son magma sonique post-metal, mélange de guitares dissonantes noisy et de rythmiques organiques évoquant les Isis d'Aaron Turner, le Godflesh de Justin Broadrick et les inévitables Cult of Luna... "And shall the sky descend" est un titre à la structure évolutive, tantôt piégé dans une véritable gangue de plomb, tantôt s'élevant vers des cieux post-rock célestes. Oscillant continuellement entre manifeste noise hardcore métallique et post-rock ascentionnel, le groupe nous emmène au coeur d'un univers tentaculaire, oppressant et à la noirceur incomparable, que ne renierait en rien un Swans ou un Neurosis.
Paradoxalement, Dirge nous fait également voyager vers des contrées musicales éthérées, des territoires rarement explorés, plus propices à un apaisement absolu... Mais, au final, Dirge ne peut s'empêcher de faire retomber sa musique dans des tourments insondables... Dans un océan de riffs telluriques, sulfuriques au coeurs desquels une lointaine complainte déchire l'horizon. Sublime et d'une maîtrise rare. Le ciel s'est ouvert au-dessus de nos tête, on se dit qu'après une telle démonstration de force, un coup de Trafalgar "postcore" exigeant et salvateur, le groupe va avoir du mal à repousser ses propres limites et à nous éblouir un peu plus. Et pourtant, la suite n'en est que plus belle. Une intro languissante et toute en retenue, une saturation omniprésente, des instrumentations reptiliennes qui rampent doucement mais inexorablement le long de notre échine pour atteindre notre esprit et le hanter à jamais, "The birdies wheel" est un titre au format plus court que son prédecesseur immédiat (à peine plus de 10 minutes seulement... sic). Ambiances industrielles de fin des temps, des hurlements hardcore, des guitares qui viennent se greffer aux différentes strates d'un ensemble compact et labyrinthique, Dirge a décidé de nous mettre sur le chemin menant à l'Apocalypse, mais alors que l'on sent la fin proche, les cordes font leur réapparition et laissent de côté le chaos pour nous conduire vers un endroit moins hostile, au panorama glacé façon Sigur Ros et à l'onirisme délicat évoquant un The Album leaf teinté de psychédélisme lunaire.
On repart pour une plus d'un quart d'heure de musique avec l'hydre musicale qu'est "The endless" : à la fois massif, monolithique et tectonique (on pense alors à leurs compatriotes de Kill the Thrill, mais également céleste et lumineux, porté par la voix douce et enchanteresse de Flore Magnet. Comme un furtif moment de repos dans une oeuvre habitée où la hargne métallique du groupe pilonne des compos pourtant soignées et recelant mille nuances. Entre accalmie vaporeuse et le déchaînement assourdissant d'une nature majestueuse mais tourmentée comme jamais ("Glaring lights"), Dirge se pose, à la manière d'un Pelican, comme le maître des éléments et n'hésite pas à les faire s'entrechoquer douloureusement pour donner plus de corps à un ensemble pourtant d'une densité rarement égalée. La violence est exutoire, la tension palpable, Dirge semble affronter les fantômes de son passé, ou peut-être est-ce l'auditeur lui-même qui va passer de l'autre côté du miroir. On erre sans fin au coeur d'un monde où reigne le néant, le chaos inexorable, avec la conviction d'avoir croisé la route d'une formation au potentiel hors norme et qui, en laissant de côté les étiquettes musicales, se laisse aller à créer une musique introspective, maladive mais unique. Et au bout du compte, on se rend compte que si celle-ci peut susciter des émotions assez diverses, elle nous renvoie en pleine face le reflet de notre condition de simple être humain limité et imparfait.

Dirge / Chronique LP > Blight and vision below a faded sun

dirge_blight_and_vision_below_a_faded_sun.jpg Down last level était un album en tous points réussis, alors, conscients de leur force mais en même temps désireux de ne pas s'enfermer dans un quelconque confort artistique, les Dirge décident d'enfoncer le clou deux ans plus tard avec Blight and vision below a faded sun. "01" puis "Below" affichent d'entrée les ambitions du groupe. Créer des atmosphères uniques, lancinantes et oppressantes, "bercées" par des riffs aussi sauvages qu'heavy et des samples industriels au service des ambiances, le style "Dirge" s'affine un peu plus. Le groupe peut se targuer d'avoir à sa disposition un arsenal musical lui assurant une puissance de feu rarement égalée. Rage stratosphérique, déferlement de décibels qui viennent s'écraser contre des murs de guitares que le groupe construit à la force du riff. L'addition : gros plans bien heavy ("Proceed"), chant hardcore ("Clearaway") et sampler incandescent ("Near my soul") produit un cocktail détonnant servi sur des charbons ardents. Une liqueur sonore à très haute teneur de toxicité addictive...
Si la majorité des gens ne cessent de prendre les Neurosis, Cult of Luna et autres Isis ou Pelican pour références incontournables, ils en oublient les pourtant méritants Dirge. Syndrome du groupe français qui est obligé de rester dans l'ombre du fait du peu d'intérêt que suscite le post-noise-hardcore dans l'hexagone ? Le groupe aurait vu le jour de l'autre côté de l'Atlantique, il ne peinerait sans doute pas à sortir ses disques via un très gros label indépendant dans la veine d'un Hydrahead par exemple... Matraquage des tympans façon Godflesh et son énorme Us and them, mécanique rythmique aux rouages parfaitement en place, "Grey" marque les esprits au fer rouge et l'atmosphérique "Plain" vient un peu aérer ce Blight and vision below a faded sun avant que "Never" ne vienne définitivement assommer l'auditeur et la concurrence avec une grosse mine métallique qui met tout le monde à genou. La terre vient de trembler sous nos pieds. Et si "Pulse (of ending star)", ultime morceau de ce deuxième album long format signé Dirge vient clôturer les débats sur une touche plus aérienne, le groupe n'en a pas moins fait étalage d'une force de frappe impressionnante doublée d'une élégante capacité à jouer sur les contrastes de sa musique pour mieux la transcender...

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Dirge / Chronique LP > Down last level

dirge_down_last_level.jpg Down last level... S'enfonçant dans les profondeurs terrestres, les cinq titres de ce premier album signé Dirge, viennent forer le sol à la recherche de sa puissance tellurique. Destructeur, lourd, éreintant, "Dll" d'entrée pose les bases d'un slugde chaotique sur-plombé de vocaux hardcore qui descend à travers le manteau inférieur avant d'atteindre le noyau externe liquide. Massif. Samples qui viennent se télescoper aux riffs infernaux assénés par les parisiens, après trois démos (Infected brain machine, Mind time control et Dead network access) publiées en 1994 et 1996, les Dirge ont définitivement trouvé leur voie(/x). Entre un Godflesh post-moderne et un Neurosis gorgé en samples, les français atteignent le noyau solide interne dès le deuxième titre de ce Down last level : l'efficace "Side".
Saturée, rugueuse, la musique de Dirge est à la fois étouffante et dangereusement heavy. De riffs écrasants en textes psalmodiés, de noise psychédélique en sludge metal aux effluves industrielles, l'ensemble est compact, incroyablement addictif. Soit on accroche irrémédiablement, soit on repousse violemment, à notre décharge, Down last level, premier album du groupe ne fait pas dans la demi-mesure, l'effet produit est assez radical dans son genre. Précurseurs méconnus de ce que l'on a désormais l'habitude d'appeler "post-hardcore", cet effort inaugural est encore solidement ancré dans des sonorités metal indus, qui au coeur d'un véritable cyclone apocalyptique, donne un souffle épique à ce condensé sonique d'une remarquable homogénéité ("God cut my legs", "Rain from the core").
Cinquième et dernier morceau de l'album, "Weak" s'impose comme la grande inconnue de Down last level. Un titre de presque vingt minutes qui débute par presque 12 minutes et 30 secondes d'une interminable plage ambient spatiale que ne renierait aucunement Justin Broadrick avec son projet Final, avant de se lancer dans un ultime voyage musical aux confins du sludge et du hardcore. On pensait commencer à s'endormir à l'approche du terme, Dirge vient froidement nous secouer les vertèbres, venant par là-même nous démontrer qu'ils ont déjà la pleine maîtrise de leur art. Classe...