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Deafheaven n'a vu le jour qu'en 2010 et pourtant, c'est déjà la hype screamo/post-black metal/shoegaze de l'année 2011. Une ascension météoritique consécutive à la sortie d'une démo autoproduite dès son année de naissance du côté de San Francisco, Californie, qui tourne massivement sur la blogosphère métal nord-américaine et qui permet donc au quintet américain de débarquer rapidement dans l'écurie Deathwish Inc. (Blacklisted, Converge, Touché Amoré, Trap Them...). Printemps 2011, le groupe sort son premier album, Roads to Judah et explose à la face du monde, avant de tourner en Amérique du Nord notamment avec Ken Mode et Russian Circles, de livrer un live DW Live Series 08: Live at The Blacktop, dans le cadre des "Live Series" de Deathwish Inc. avant d'embarquer pour une tournée européenne début 2012.

Deafheaven / Chronique LP > Sunbather

Deafheaven - Sunbather Sortez les enfants, enlevez les bouchons et accrochez-vous au siège, voici l'heure de la fessée made in Deathwish Inc. avec le deuxième album de Deafheaven. Si l'on se souvient encore de la claque magistrale qu'avait été Road to Judah, on ne va pas se mentir, les Américains ont remis ça mais en mode "the next big thing"... si bien que dès les premières mesures de "Dream house", la piste d'ouverture de ce Sunbather, on pressent déjà le déluge qui va nous arriver dans la figure. Et ça ne loupe pas : c'est une tornade post-rock-hardcore qui s'abat sur une platine déjà ensanglantées par les vociférations black-metal de l'enfer qui annihilent toute velléité d'ataraxie émotionnelle. 9''14' d'un déferlement de jouissance primale et sans concession pendant lesquelles on en prend littéralement plein la gueule, et un mot nous revient sans cesse comme un mantra : Énorme.

Quelques hectolitres de violence pure et de riffing incandescent plus tard, expédiés à une vitesse ahurissante, et voici que les Deafheaven en termine avec l'introduction pour laisser sa place à un "Irresistible" qui joue la carte de la douceur indie pour laisser respirer l'auditeur pris à la gorge par le monstrueux titre inaugural. Mais qui va se reprendre un rocher sur le coin du crâne avec le morceau éponyme de ce Sunbather. Une troisième piste qui renoue avec ce que le groupe sait faire de mieux. Mais porté cette fois à son paroxysme créatif. Deafheaven est ici d'une intensité inégalable, d'une sauvagerie à s'en ouvrir les veines, d'une beauté cendrée à la noirceur aussi palpable que repoussante. Et le sait. Alors il appuie là où ça fait mal. Soit en plein cœur. Mettant l'âme de son auditeur en lambeaux lors de crescendo renversants, poussant ses limites jusqu'aux retranchements et l'emmenant dans un grand huit proprement dément, il fait ce que l'on n'osait imaginer totalement : enfanter d'un chef-d'œuvre.

On oublie Road to Judah quelques instants et on assiste au choc thermique sensoriel proposé par un groupe déjà parvenu au sommet de son art après deux albums seulement. Entre atermoiements shoegaze/post-rock/folk aux tentations parfois dronisantes ou bruitistes ("Please remember") et éruptions de rage brute, le groupe cautérise lui-même les plaies béantes qu'il ouvre avec notamment l'excellemment bien nommé "Vertigo" et son quasi quart d'heure d'empoignade émotionnelle et de vibrations telluriques bouleversantes. Les Deafheaven mettent tout ce qu'ils ont dans leurs tripes, mais alors vraiment tout, s'abandonnant purement et simplement à leurs instincts primaires pour paradoxalement livrer une œuvre aussi cérébrale que sensorielle. Une ode au désespoir asphyxiante et libératrice, un véritable manifeste de douleur viscérale qui trouve son essence dans des compos à la densité ahurissante, entrecoupées de morceaux plus nébuleux ("Windows") accentuant de fait, l'impact général de cette œuvre passionnelle qu'est Sunbather. Ce, jusqu'au tsunami final "The pecan tree". Une ultime éruption de lave en fusion et la confirmation que le groupe ne pratique pas le même art que ses semblables. Ni post-rock, ni shoegaze, ni black-metal mais un peu de tout ça à la fois. Sans comparaison possible avec le reste du monde.

Saisissant, éprouvant, déchirant... mais cathartique.

Deafheaven / Chronique LP > Roads to Judah

Deafheaven Deafheaven, c'est donc l'autre grosse sensation made in Deathwish Inc. (on dit aussi hype quand on l'est) du moment, avec Kvelertak, dans la catégorie "black metal mais pas que même que du coup, ça brasse beaucoup plus que prévu". Les norvégiens pré-cités et signés chez le très tendance Indie Recordings, ont choisi de jouer la carte d'un rock'n'roll frondeur, punchy, résolument hi-energy (et accessoirement de faire sauter la banque avec un score dans les charts proprement détonant), les américains ci-présentement chroniqués ont eux opté pour une trajectoire plus fine, plus subtile. Et pour cause, l'idée est ici d'allier les atmosphères évanescentes d'un shoegaze moderne d'émo-post-rockers au désespoir suicidaire d'un black-metal screamo aussi malsain que délicieusement torturé. Casse-gueule sur le papier. Bluffant dès qu'on enfourne la galette dans le mange-disques.

Quelques minutes de grosse démonstration formelle et de claque artistique de tous les instants plus tard, le résultat est à la hauteur de la très flatteuse réputation colportée depuis quelques mois par la blogosphère branchée hard. Non Deafheaven, n'est pas juste une hype de plus, c'est carrément une vraie claque trans-genre qui éclabousse les enceintes de toute sa classe. "Violet", premier des (seulement) quatre titres que compte Roads to Judah est à ce titre, une peignée émotionnelle monumentale. Un mélange de nappes ambient/post-rock/shoegaze apaisantes, d'abrasion sensorielle écorchée, de crescendo éruptifs, de séquences de blast intense et de climax psychologiquement destructeur. OUCH. Douze minutes et presque vingt secondes d'une secousse sismique "blackcore" porté par un martellement rythmique fulgurant qui défragmente littéralement (ou quasi) les enceintes de votre serviteur. Monstrueux... non mais vraiment.

Pas un coup de bluff mais assurément la naissance d'un futur grand en devenir, lequel se paie le plaisir de confirmer ses excellentes dispositions avec "Langage games" sur un format certes, plus compact, mais qui comprime le propos du groupe tout en le rendant plus acerbe, plus virulent (comme si ce n'était déjà pas assez...). Une décharge de haine pure d'une effrayant limpidité qui contraste avec la noirceur palpable de l'ensemble. Tout en contrastes, DFHVN varie les plaisirs sans jamais céder un pouce sur l' intensité ahurissante qu'il met dans ses morceaux. En témoigne "Unrequited" et sa déflagration "post-truc" frénétique qui met tout le monde d'accord avant que "Tunnel of trees" ne vienne définitivement enterrer son auditoire. Un coup en usant à loisir d'une violence abrupte qui rend sourd, une autre fois en jouant la carte d'un ambient/post-rock cotonneux et velouté. Avant de frapper sec derrière la nuque sur un final tout en vibrations telluriques. Quatre titres pour 38 minutes d'une musique implacable, qui prend aux tripes et retourne les neurones pour nous mettre "chaos" debout, là, franchement, respect.