metal Métal > Corrections House

Biographie > Le choc des titans

Bruce Lamont (Yakuza), Mike IX Williams (EyeHateGod, Outlaw Order), Sanford Parker (producteur de Minsk, Pelican ou YOB) et Scott Kelly (Neurosis, Blood and Time, Tribes of Neurot...) qui s'associent au sein d'un même projet : la planète metal indépendante n'osait même pas en rêver. Et pourtant c'est à l'automne 2012 que des quelques informations éparses fuitent sur la toile, faisant état d'une collaboration 4 étoiles réunissant la fine fleur de la scène sludge/doom/post-metal/post-hardcore actuelle avec quelques noms qui sont balancés ci et là. Puis quelques semaines plus tard, le projet est officialisé sous le nom de Corrections House, qui livre au printemps 2013 un EP vinyl 12'' (Hoax the system qui sort par le biais de War Crime Recordings, le label co-fondé et géré par Bruce Lamont et Sanford Parker.
Le projet, forcément attendu au tournant est désormais solidement sur les rails et commence à faire parler de lui en live alors même qu'un premier album long-format est déjà annoncé dans les tuyaux. Lequel, intitulé Last city zero sort à l'automne - toujours de la même année - via Neurot Recordings (AmenRa, Ides of Gemini, Shrinebuilder, Ufomammut, US Christmas...), le label créé par les membres de Neurosis... dont Scott Kelly himself.

Corrections House / Chronique LP > Last city zero

Corrections House - Last city zero A collaboration de rêve, résultat à l'avenant. Corrections House c'est donc ce fameux projet post-metal/doom/sludge de luxe réunissant 4 pointures (pour rappel Bruce Lamont de Yakuza + Mike IX Williams - EyeHateGod, Outlaw Order - + Sanford Parker, producteur de Minsk, YOB ou Pelican et Scott Kelly (Neurosis, Blood and Time, Tribes of Neurot...)) de la scène hard des vingt-cinq dernières années au sein d'une même entité musicale. Sans pouvoir attendre plus longtemps, c'est non sans une réelle frénésie naissante que l'on pose fiévreusement l'album dans le mange-disques alors même que les premières note de ce Last city zero brisent le silence ambiant. Et que le texte de l'inaugural mais déjà complètement habité "Serve or survive", égrène ses psaumes tel un mantra, avant de monter doucement, inexorablement en pression.

Il ne s'est encore écoulé que 3 minutes et des poussières - sur les 8'14 que compte ce premier titre - et pourtant le groupe exhale déjà quelque chose de fort. Une densité émotionnelle qui s'agrippe à nos tripes, une puissance évocatrice renvoyant son onirisme noir en utilisant son auditeur comme reflet. Une violence encore contenue qui n'attend que de faire voler le miroir en éclat, un climax que l'on sent venir mais qui se fait décidément languissant, avant de finalement surgir au moment où on ne l'attendait presque plus. Et faire office de rouleau compresseur métaphorique. Car si Corrections House a évidemment la capacité d'être bien plus qu'un monolithe sonore, une citadelle imprenable, le groupe n'use pas de ses capacités formelles à outrance et préfère créer quelque chose qui sorte un peu de l'ordinaire (l'éponyme "Last city zero" et son spoken word envoûtant). A sa manière.

On pourra dire qu'il y a quelque chose d'étriqué, de (volontairement) retenu par moments dans ce Last city zero, mais c'est sans doute ce qui fait tout son intérêt, ses multiples sens de lecture/écoute, comme son côté totalement imprévisible. Un "Bullets and graves" sur-tendu et speedé fait ainsi valoir son rythme presque punk comme sa concision hardcore/noise/doom aussi aride que salvatrice, avant que "Party leg and three fingers" n'expose sa lenteur doom, sa lourdeur sludge pour mieux affirmer son propos. Et enfermer l'auditeur dans une prison mentale, un univers post-apocalyptique et déshumanisé qui n'invite pas vraiment à l'exaltation des sens. Noir et sans espoir, Corrections House joue avec sa proie et même quand il allège un peu sa musique, empruntant des sillons folk/americana ombrageux et inhospitaliers, le résultat se révèle toujours aussi désenchanté et marqué par cette atmosphère pesante qu'appuie le chant, sépulcral de "Run through the night".

Post-metal, doom, sludge, Last city zero en est une illustration originale et inspirée. Mais l'album est également très clairement marqué par la scène industrielle des 90's, en témoigne le martèlement mécanique qui rythme "Dirty poor and mentally III", ou les textures très particulières du magnétique "Hallows of the stream", flirtant par instants avec les confins du doom-jazz. Quant à la dose de gras doublée d'un bon gros rocher post-hardcore qui nous parvient en travers du visage, elle trouve son expression la plus séminale dans le "Drapes hung by Jesus" final. Un morceau qui conclue l'album de la manière la plus épique et aliénante qui soit. En collant l'auditeur aux enceintes et en abusant de son esprit jusqu'à le rendre esclave de son magnétisme obsédant.