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Biographie > Guns [sans] Roses

Side-project de Jona Nido, Louis Jucker et Luc Hess, soit trois suisses bien furieux échappés un temps de The Ocean, Coilguns est né à l'initiative du premier nommé lorsque celui-ci s'était exilé un temps aux USA. Le projet eut alors le temps de maturer jusqu'à son retour dans sa Suisse natale suite à quoi il s'associa à ses compères du groupe/collectif à géométrie variable qu'est The Ocean, oevrant également au sein d'un autre projet baptisé Kunz, pour finaliser de quoi livrer un premier EP. Par le plus grand des hasards voulus, l'affaire donna finalement naissance en 2011 à un split partagé avec... Kunz paru au départ en CD "homemade" limité avant que le groupe ne signe chez Pelagic Records, le label drivé par le leader de ... The Ocean qui le réédite quelques mois plus tard à plus grande échelle. Quelques mois plus tard, les Coilguns remettent le couvert avec un "véritable" EP cette fois, intitulé Stadia rods.

Coilguns / Chronique LP > Commuters

Coilguns - Commuters Après deux splits (avec Kunz et Never Void) puis un EP tout seuls comme des grands (Stadia rods), les pistoleros de Coilguns dégainent enfin (tout est relatif dans ce "enfin", le groupe n'ayant vu le jour qu'en 2011) un premier album fatalement très attendu au tournant, d'autant qu'il sort sur l'excellent Pelagic Records que l'on ne présente plus en ces pages (Abraham, Earthship, Kruger, The Ocean, The Shaking Sensations...). Son titre : Commuters, son contenu : brûlant comme l'enfer. Et en sus, l'objet, qu'il soit livré sous formé CD ou vinyl, est plutôt très classe. Prends ça dans les gencives, lobby du digital.

Déflagration attendue, "Commuters part I" lance les hostilités et déboule la fleur au fusil, armé jusqu'aux dents, la rage au corps. Trois minutes et une poussière de déferlement D-beat/Mathcore aux fulgurances grind, Coilguns donne dans la violence expéditive, la combustion spontanée des tympans doublée d'une fougue tranchante parfaitement implacable. Le hard suisse dans toute sa splendeur. Et qui se permet quelques jolies finesses avec un "Commuters part II" qui contrairement à son prédécesseur extrêmement compact, s'étend lui sur onze minutes et trente-cinq secondes d'une titre fleuve, noisecore ardent, allant chercher les frontières du sludge avec une opiniâtreté typique de la mouvance posthardcore.

La suite est à l'avenant : que ce soit sur "Hypnograms" et son intro faussement "light" avant les éruptions de rage brute en moins de deux minutes montre en main, d'une petite merveille d'horlogerie mathcore subversive (normal quand on est suisse en même temps), "Machine of sleep" et sa frénésie maladive renvoyant aux plus furibards de chez The Dillinger Escape Plan avant de lâcher quelques fulgurances mélodiques évoquant les Deftones, puis d'assaisonner le tout comme seuls eux savent le faire. Une machine de guerre lancée à vive allure, une musique écorchée vive aux éruptions de violence sous-durale que rien ne peut réprimer ("Plug-in citizens"). Moderne et implacable, roots as fuck, Coilguns livre ici un album en forme de déclaration de guerre au hard européen. Une collection d'ogives métalliques expédiées dans les tuyaux avec une précision de sniper et une jolie séance de concassage de tympans qui fait du bien par où ça passe ("Submarine warfare anthems"). Quelque part entre Converge, Breach, Botch, Knut et autres Norma Jean...

Quand ils sont rassasiés, les Coilguns en mettent quand même un peu plus, histoire de ne laisser que des miettes à ceux qui passeront après. Normal alors qu'ils dévorent goulument la platine avec ce "Minkowski Manhattan distance" qui déflore les membranes auditives à coups de gros son bien viril (et le renfort de Keijo Niinima - Nasum, Rotten Sound aux "beuglements")... mais également de groove solidement rock'n'roll. Parce que c'est tout ça Commuters, un album de rock sévèrement burné, de hard méchamment couillu ("21 Almonds a day") qui met les cojones sur la console de mix pour montrer qu'il les a bien accrochées. Une ingénierie sonore de premier choix aux atmosphères soignées ("Blunderbuss committee"), bien qu'enregistré live, sans effet de manche ni faux-semblant, juste du brut de décoffrage pour ce trio échappé de The Ocean (dont Coilguns est l'un des nombreux side-projets) qui fait encore très fort avec une grosse couche de coolitude absolue ("Flippists / Privateers", "Earthians"). Hard.

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Coilguns / Chronique Split > Coilguns | NVRVD

Coilguns | Never Dead Après un premier split avec leurs co-conspirateurs de Kunz paru chez Pelagic Records (Abraham, Hypno5e, The Ocean), puis un EP tous seuls comme des grands (Stadia rods), voici à nouveau un split pour les fines gâchettes de Coilguns. Tout ça en à peine plus d'un an. Mais en CD et LP cette fois pour des Suisses qui s'associent à cette occasion avec les Allemands de Never Void, histoire de se faire la main sur une ultime décharge de décibels en format très court avant de s'atteler à un album long-format fatalement attendu au tournant.

2 titres studio + 2 bonus tracks live chacun, le compte est rond et le résultat parfaitement ravageur d'un bout à l'autre de la bande enregistrée. Si les Suisses sonnent violemment la charge en expédiant un "Mandarin hornet" qui met d'entrée de jeu les compteurs dans le rouge vif. Incandescent, brutal, saccadé et d'une maîtrise folle, voici un pur condensé de ce dont est capable Coilguns : du D-beat hardcore punk grind qui ravage les conduits auditifs en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. On le dit quand même et pendant ce temps, les joyeux lurons helvètes enquillent "Dewar flasks" en forme déclaration d'amour belliqueux et acharné. Oui, le suisse aime l'amour vache.

Ni une ni deux (bon en fait si, deux), les Allemands de Never Void répondent du tac au tac avec un "Hungry for needs" à la vigueur extrême, ramassée, outrageusement punk hardcore. C'est court, bien compact et ça respire l'urgence viscérale : bref NVRVD pour les intimes, donne (comme son nom le sous-entend clairement) dans le réflexe de survie instinctif. Le jusque-boutisme hardcore vissé jusqu'au dernier souffle aux enceintes. Une méchanceté sonore qui avec un "Direktore" bien barbare y déverse toute sa férocité crue en moins de trois minutes chrono, les Allemands tiennent la dragée haute aux Suisses et le font bruyamment savoir.

Coilguns vs Never Void : les amateurs de Botch, Breach, Cursed et autres Converge seront comblés pendant que les autres ramasseront leurs tympans ensanglantés gisant sur le sol du studio d'enregistrement. Les morceaux bonus live ne faisant qu'attester de cet état de faits. HARD.

Coilguns / Chronique EP > Stadia rods

Coilguns - Stadia rods Quelques mois seulement après un remarquable et donc très remarqué split EP inaugural partagé avec Kunz (lui-aussi side-project de membres de The Ocean on le rappelle à toutes fins utiles), Coilguns passe l'étape suivante en remettant le couvert avec cette fois un EP tout seul comme un grand, avant d'enchaîner sur un album sans doute mais c'est déjà une autre histoire. Le résultat a pour titre Stadia rods et voit le jour en CD ultra limité "fait main" et LP vinyle 12'' par l'intermédiaire d'un petit label indé anglais : Dead Dead Dead Music (Integrity, Pariso). On cause ici DIY de qualité, on parle de musique où les artistes et les structures les accompagnant font tout eux et elles-mêmes, en bons artisans du hard qu'ils sont.

Question programme sonore : Coilguns répond dès les premiers instants en proposant quelque chose s'inscrivant dans la droite lignée de ce que l'on avait pu entendre sur le split avec Kunz. Soit un mélange de math-metal D-beat et de harcore-punk grindeux qui castagne, du gros son braillard ("Parkensine") qui sert de défouloir en même temps qu'il crame les enceintes avec fougue et une grosse envie de tout démolir sur son passage ("Zoetropist"). Et derrière tout ça, une maîtrise formelle qui assaisonne le bordel avec une précision diabolique. Du hard suisse donc oui, mais pas que parce que cette fois, les gaziers, derrière la frénésie mathcore crust métallique qu'on leur connaissait déjà dévoilent aussi un autre visage, plus calme dans la déflagration sonore mais pas réellement plus apaisé dans l'atmosphère, tortueuse. Avec un "In the limelights" aux développements instrumentaux post-doom, le groupe démontre qu'il a en fait plus d'une carte maîtresse dans son jeu et même si le domaine dans lequel il excelle avant tout reste le démembrement auditifs aussi viscéral qu'exaltant ("The shuftan process 1"), il mérite également l'attention lorsqu'il travaille à développer des atmosphères, une tension plus sourde et des contextes propices à l'élaboration d'une solution sonore qui ne se contente pas uniquement de faire fumer les enceintes ("The shuftan process 2").

En prime, les Coilguns délivrent avec "Witness the kern arc" un climax en forme de petite torpille métallique qui ravage les conduits, un condensé de violence éruptive doublée d'une véritable décharge de décibels cautérisant les tympans jusqu'à définitivement sceller leur Stadia rods en le coulant dans le béton. En attendant une suite forcément excitante. Hard.

PS: la bestiole est en écoute intégrale ci-dessous.

[ch] Stadia rods: Bandcamp (42 hits)External ]

Coilguns / Chronique Split > Coilguns | Kunz

Coilguns | Kunz Quand ils s'ennuient ou qu'ils n'ont pas d'actu immédiate (pourtant régulièrement fournie...), les différents membres de The Ocean s'occupent. En montant un label, Pelagic Records, histoire d'héberger les futurs side-projects et même contrôler plus aisément les destinés de leur groupe principal (en témoignent les sorties d'albums signés Kruger, Lo! et Nebra...), ou en multipliant les projets parallèles : Earthship, Coilguns ou Kunz. En l'occurrence ici, c'est la deuxième hypothèse qui nous intéresse avec une sortie réunissant deux des trois entités pré-citées sur un seul et même split sorti assez logiquement via.... Pelagic Records.

Math-metal à la technicité de pointe vs hardcore-punk subversif aux accélérations grind qui en mettent plein la platine, Coilguns ouvre le feu en déchargeant trois titres violents et corrosifs qui explosent la trachée en même temps qu'ils éparpillent les décibels aux quatre coins de la pièce. Un premier titre, "Mostoid", assez court mais fulgurant, pour moins de trois minutes d'un assaut métallique d'une précision chirurgicale qui ne lésine pas sur l'efficacité animale. On enchaîne illico en rallongeant le format avec un "Person" qui flirte avec les 5'30. Le résultat est sommes toutes assez similaire dans l'effet produit, sauf que cela dure plus longtemps. Et comme chacun sait, plus ça dure... Quelque part entre un Converge sous stéroïdes et un Dillinger Escape Plan encore plus sauvage qu'à l'accoutumée, Coilguns en met une dernière couche le temps d'un "Kackbinas" qui dégoupille une dernière fois les écoutilles avant de laisser la place à Kunz. Chaotique, viscéral, tonique et véritablement jouissif.

Kunz donc, est quant à lui sur un autre registre que son voisin de palier. Plus rock/postcore et noise, il ralentit considérablement les tempi des morceaux en sonnant plus DIY, lourd, "emocore" inspiré à la Unfold avec un souffle post-rock évoquant par moments Oceansize ("How"). Hurlements qui déchirent la quiétude environnante, une frappe sèche qui cadence un ensemble particulièrement rugueux et une suite gagnant en férocité brute pour muscler un peu plus le jeu, "Apnea" est un modèle de maîtrise conceptualisée en une torpille sonique d'une seule petite minute et quarante secondes. A ce niveau là, cela relève presque du prodige, sauf que les Kunz nous refont le coup quelques instants plus tard avec un "Sleep" qui raccourcit encore le format (plus qu'1'21") tout en se montrant encore plus aride, compacté et définitivement super-noïsique. Un peu comme si les Melvins, de part ses fulgurances tranchantes, frayaient avec un Lightning Bolt pour le format basse/batterie qui défouraille. Entre temps, les deux The Ocean nous auront bien remis les neurones dans l'ordre avec un "Hush" abrasif à souhait. On valide donc les yeux fermés (mais les conduits auditifs bien écarquillés) et plutôt deux fois qu'une.

Moins accessible que Coilguns de part leur exigence stylistique, là où les premiers cités œuvrent dans quelque chose de plus frontal mais certainement pas moins maîtrisé, les Kunz livrent quatre titres rincés dans de l'acide, quand les trois premiers morceaux faisaient plus directement saigner les tympans. Le résultat de cette confrontation à distance tient en un split de quelques vingt-trois minutes portant le sceau d'une démarche musicale qui ne s'embarrasse guère de compromis. Parce que la qualité comme l'intégrité artistique sont à ce prix. Classe.