Coilguns - Commuters Après deux splits (avec Kunz et Never Void) puis un EP tout seuls comme des grands (Stadia rods), les pistoleros de Coilguns dégainent enfin (tout est relatif dans ce "enfin", le groupe n'ayant vu le jour qu'en 2011) un premier album fatalement très attendu au tournant, d'autant qu'il sort sur l'excellent Pelagic Records que l'on ne présente plus en ces pages (Abraham, Earthship, Kruger, The Ocean, The Shaking Sensations...). Son titre : Commuters, son contenu : brûlant comme l'enfer. Et en sus, l'objet, qu'il soit livré sous formé CD ou vinyl, est plutôt très classe. Prends ça dans les gencives, lobby du digital.

Déflagration attendue, "Commuters part I" lance les hostilités et déboule la fleur au fusil, armé jusqu'aux dents, la rage au corps. Trois minutes et une poussière de déferlement D-beat/Mathcore aux fulgurances grind, Coilguns donne dans la violence expéditive, la combustion spontanée des tympans doublée d'une fougue tranchante parfaitement implacable. Le hard suisse dans toute sa splendeur. Et qui se permet quelques jolies finesses avec un "Commuters part II" qui contrairement à son prédécesseur extrêmement compact, s'étend lui sur onze minutes et trente-cinq secondes d'une titre fleuve, noisecore ardent, allant chercher les frontières du sludge avec une opiniâtreté typique de la mouvance posthardcore.

La suite est à l'avenant : que ce soit sur "Hypnograms" et son intro faussement "light" avant les éruptions de rage brute en moins de deux minutes montre en main, d'une petite merveille d'horlogerie mathcore subversive (normal quand on est suisse en même temps), "Machine of sleep" et sa frénésie maladive renvoyant aux plus furibards de chez The Dillinger Escape Plan avant de lâcher quelques fulgurances mélodiques évoquant les Deftones, puis d'assaisonner le tout comme seuls eux savent le faire. Une machine de guerre lancée à vive allure, une musique écorchée vive aux éruptions de violence sous-durale que rien ne peut réprimer ("Plug-in citizens"). Moderne et implacable, roots as fuck, Coilguns livre ici un album en forme de déclaration de guerre au hard européen. Une collection d'ogives métalliques expédiées dans les tuyaux avec une précision de sniper et une jolie séance de concassage de tympans qui fait du bien par où ça passe ("Submarine warfare anthems"). Quelque part entre Converge, Breach, Botch, Knut et autres Norma Jean...

Quand ils sont rassasiés, les Coilguns en mettent quand même un peu plus, histoire de ne laisser que des miettes à ceux qui passeront après. Normal alors qu'ils dévorent goulument la platine avec ce "Minkowski Manhattan distance" qui déflore les membranes auditives à coups de gros son bien viril (et le renfort de Keijo Niinima - Nasum, Rotten Sound aux "beuglements")... mais également de groove solidement rock'n'roll. Parce que c'est tout ça Commuters, un album de rock sévèrement burné, de hard méchamment couillu ("21 Almonds a day") qui met les cojones sur la console de mix pour montrer qu'il les a bien accrochées. Une ingénierie sonore de premier choix aux atmosphères soignées ("Blunderbuss committee"), bien qu'enregistré live, sans effet de manche ni faux-semblant, juste du brut de décoffrage pour ce trio échappé de The Ocean (dont Coilguns est l'un des nombreux side-projets) qui fait encore très fort avec une grosse couche de coolitude absolue ("Flippists / Privateers", "Earthians"). Hard.

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