Cancel the Apocalypse D'où vient l'idée de ce projet ? Les rencontres l'ont rendu possible ou l'idée a créé les rencontres ?
L'idée a germé dans l'esprit du fondateur Arnaud Barat. Il est guitariste classique spécialisé en baroque et pourtant il était venu voir MetallicA aux Arènes de Nîmes en 2009. Je jouais en ouverture avec My Own Private Alaska, et il a dit à sa collègue violoncelliste Audrey que le jour où il remonterait sur scène, ce serait "avec ce gars-là qui gueule comme ça au milieu de cette arène". Il a tout simplement tenté d'envoyer un mail sur l'adresse de MOPA, et j'ai compris très vite la richesse de ces compositions. Je ne voyais pas où il voulait amener le projet. Lui avait une idée plus précise. On s'est vu, on est devenu ami, on a décidé d'ajouter une batterie, et le projet était né.

Pour écrire un album aussi fou que celui-là, ça demande combien de temps ?
Des heures et des heures du côté d'Audrey et Arnaud pour tous les arrangements de cordes, c'est forcément le fruit d'années de réflexion, de composition, de tentatives, de travail.
Après, dans sa version finale, les 9 morceaux de l'album ont été écrits dans leur structure finale en 3 jours seulement. Des fois, des tragédies de vie te font voir la musique et l'écriture comme le salut pour surpasser des douleurs psychologiques. C'est ce qui s'est passé, et ça a été un formidable accélérateur de l'aventure.

La distance entre vous est un frein ou un accélérateur ?
Ni l'un ni l'autre au final. L'accélérateur dans un groupe, c'est la volonté commune. Si elle n'y est pas, tu as beau être dans la même ville, dans le même quartier, tu n'avances pas.

Comment vous composez ?
Arnaud écrit les bases harmoniques, Audrey arrive très tôt dans la complémentarité musicale. Vient ensuite le chant, d'abord instinctif, comme en écriture automatique viscérale, puis le texte. La batterie vient étonnement après pour amplifier, souligner, magnifier les idées de départ.

Tu joues un peu au dictateur ou les autres restent très libres ?
Je ne suis pas le chef du bateau dans Cancel, donc je suis à ma place, et tout le monde est libre. Arnaud et Audrey, malgré leur médaille d'or du conservatoire, sont d'une humilité sans faille et on construit ensemble. C'est un équilibre apaisant et précieux.

Le titre, "Our own democracy" est un extrait de l'un des textes, pourquoi avoir choisi ces mots ?
Quand tu lis les paroles, tu comprends vite que ces mots sont une double lecture, comme toute la métaphore globale entre la construction d'une démocratie, de la res publica, de cette vie commune, et du projet commun justement, qu'on peut porter à deux dans un couple, au point de vue psychologique et sentimental.
Il nous était cher dans nos trajectoires de vie mouvementées, aux membres de Cancel, de dire qu'on peut chaque jour, écrire notre propre histoire, en être les maîtres, et changer à chaque seconde ce qui constitue "notre propre démocratie".

Qu'est-ce qu'il faut changer dans notre démocratie ?
Si tu parles du coup simplement d'une analyse politique de notre système français, ce n'est pas réellement ma position de me répandre là-dessus. On est avant tout artiste. Je ne vais pas commencer à te parler proportionnelle, ou assemblée constituante. Il y a beaucoup de choses à faire, mais beaucoup de choses sont à notre portée, chaque jour. Pour changer l'autre, comme dirait l'autre : "Be the change you want to see in the world". Il avait même ajouter, in french : « Donner l'exemple n'est pas le meilleur moyen de convaincre, c'est le seul. »

Vouloir la paix et davantage d'innocence, c'est pas un discours de miss ?
La question montre que tu n'as pas bien lu toutes les paroles de l'album. Il n'est pas question de vouloir la paix et l'innocence. Le seul discours qui peut aller sans deuxième lecture dans le sens d'un changement social et politique radical, c'est le morceau éponyme. Pour tout le reste des morceaux, on est beaucoup sur des thèmes d'acceptation de l'erreur, de la reprise en main de sa vie, de la rédemption, de la force de l'âme, des mots, de l'apaisement du souvenir et du passé.

Cancel The Apocalypse -Our own democracy Tu es impliqué dans différents projets, on peut faire le point sur ceux qui sont encore en activité ou qui pourraient éclore ?
Outre Cancel, il y a un très gros album de Psykup qui va voir le jour fin mars. C'est un retour vu que le groupe était en gros stand by suite à mon départ en 2009. Nous avons remis le couvert pour les meilleures raisons, celles de l'amitié toujours présente, forte, quasi fraternelle, et de l'envie musicale. Le projet Terre Neuve est en stand-by jusqu'en 2018 par soucis de faire les choses bien avec mes autres groupes. Cependant, je porte avec ce groupe des actions culturelles de nous faisons dans les collèges et les lycées autour de la prévention du mal-être et du suicide chez les jeunes. Cela fait 3 ans que je fais ça et c'est une expérience incroyable. C'est moins de la musique que du social, de l'humain, mais ce sont des moments magiques, et surtout utiles. Et l'album de The Black Painters est sorti il y a un an.

Cancel The Apocalypse semble bien plus sérieux et sombre, à commencer par cet artwork, tu peux nous en dire un mot ?
Les deux groupes sont sérieux. Cancel n'est pas plus sombre, car les Black le sont assez également. Cancel est plus violent, je dirais. L'artwork a été réalisé par Akira sur une sculpture de Guillaume Raynaud, un proche d'Arnaud qui est complètement entré dans cette volonté d'esthétique païenne, intrigante, libéré des contingences religieuses ou politiques, mais empreinte de mysticisme aussi.

C'était évident de confier ce travail à Akira ?
Non, j'ai plusieurs amis graphistes ! Mais Akira est très doué, et c'est avant tout pour cela qu'on a travaillé avec lui.

Pourquoi avoir signé chez Get a Life! Records ?
C'est une vieille histoire entre Grégoire Quartier, le gérant de Get a Life! Records ? et moi. Je m'occupais de son groupe de hardcore chaotique Cortez, qui est un groupe incroyable. On est resté connecté, même de loin, et l'esthétique qu'il développait avec son label me plaisait. Quelques discussions plus tard, on mettait un tampon Get a Life!? sur nos disques.

Vous avez déjà donné quelques concerts, comment réagit le public ?
Très bien. Il y a une grande écoute. Des silences quasi religieux des fois. Il y a aussi de la fougue à des moments. On a même eu des débuts de pogo en Allemagne ! Nous touchons étrangement un public très large, qui n'est pas circonscrit au giron du métal ou du hardcore. Des gens du jazz, du post rock, de la chanson apprécient Cancel. Ils y trouvent les émotions que nous voulons envoyer donc le pari est gagné.

Il y a un truc avec l'Allemagne ? Vous y retournez bientôt.
Je travaillais avec un agent là-bas pour mon groupe My Own Private Alaska, qui a flashé sur ce nouveau projet et qui travaille pour nous là-bas. Il y a de très bons retours donc nous y retournons encore oui. Le projet ne se veut pas cantonné à la France, il peut toucher tous les publics, donc nous ouvrons au plus large. On est passé par la Suisse, et on attend la Belgique et la Hollande pour le printemps, et on attend des retombées financières suffisantes pour la Russie, où des gens nous attendent ...

On est début janvier, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour 2017 ?
Pour Cancel, on peut souhaiter de continuer notre courbe ascendante et prometteuse. Toucher du public, jouer, prendre du plaisir. Et message : n'oubliez pas que le soutien aux artistes se voit avant tout quand vous vous déplacez sur leurs concerts ou que vous achetez le skeud ! Donc si vous voulez nous soutenir, vous savez quoi faire !