metal Métal > Botch

Biographie > (Botch[witz]) Du travail de pro

Botch Flashback : on est en 1993, dans la région de Seattle. Dave Verellen (chant), Dave Knudson (guitare), Brian Cook (basse) et Tim Latona (batterie) décident de monter un groupe, son nom : Botch. Quinze ans plus tard, on en parle encore même si le quartet s'est séparé en 2002 pour s'en aller vers divers horizons musicaux (Minus the Bear, These arms are snake...). Pendant près de dix ans, Botch va façonner son style fait de hardcore old-school et de mathcore torturé, au fil des EP's et autres 7'', (Faction en 1995, The John Birch conspiracy theory en 1996 et The unifying themes of sex, death and religion en 1997), avant le choc et la sortie d'American nervoso (1998). Avec son premier album Botch pose une mine monumentale sur la scène hardcore de l'époque... la plupart ne s'en remettront pas et le groupe inspirera quantité de formations plus ou moins suiveuses.
Deux ans plus tard, les quatre remettent ça et explosent de nouveau tout sur leur passage avec We are the Romans. En deux albums, Botch a marqué son époque et après des splits avec notamment Cave in, Knut ou Ananda et de nombreux concerts, le combo met un terme à ses activités en 2002. Quelques mois plus tard sort un album posthume : An anthology of dead ends puis un CD de raretés et remixes (Unifying themes redux). Jusqu'à 2006 et la sortie du CD/DVD live 061502, c'est donc silence radio pour le groupe, mais en 2007, des rumeurs font état de la possible reformation du quartet pour une série de concerts en 2008 et au même moment, stratrégie de communication oblige, Hydrahead Industries réédite American nervoso et We are the Romans en édition deluxe...

Botch / Chronique EP > An anthology of dead ends


botch_an_anthology_of_dead_ends.jpg Après neuf années de carrière à broyer du riff tectonique et surtout deux albums considérés par la plupart comme des disques majeurs du mouvement hardcore, Botch met fin à une histoire débutée en 1993 en sortant son ultime témoignage studio : An anthology of dead ends. Un EP six titres paru chez Hydrahead, où le groupe pousse sont art jusqu'à son paroxysme. Six titres de metal hardcore complexe et labyrinthique au concept a priori indéchiffrable : des noms de pays servent de titres au morceaux du mini-album mais les "n" sont remplacés par des "m". Comment, on l'imagine assez bien, pourquoi, même quelques années plus tard, mystère... Des riffs saignants comme jamais, des rythmiques en béton armé, des mélodies qui emportent tout sur leur passage et des breaks démentiels... Les références du genre que sont Coalesce ou Converge sont dépassées, car peut importe le concept de départ, le résultat est là : "monu-métal".
L'idée du groupe : l'évolution perpétuelle de sa musique pour constamment en repousser les limites qu'il s'est lui-même précédemment fixées. Une puissance de feu hardcore/rock new-school monstrueuse, une guitare tronçonneuse, un chant qui se fait moins hardcore qu'à l'accoutumée et une section rythmique bulldozer, Botch fait ce que bon lui semble... Insérant quelques plans atmosphériques au beau milieu d'un véritable déferlement de métal tellurique pachydermique ("Japam", "Framce"), il tranche dans le vif avec une précision chirurgicale que lui envieraient nombre de pilotes de l'US Air Force engagés en Irak ("Micaragua")... Le groove est aussi énorme que sur American nervoso ou We are the Romans, les deux précédents et difficilemment oubliables méfaits du groupe, pourtant leur musique évolue, lentement, inexorablement. Lignes de guitares découpées au laser, batterie qui nettoie concensieusement les dernières poches de résistance, mélodies aussi peu consensuelles qu'implacables ("Vietmam"), Botch ne donne pas dans le compromis, évacue fermement toute forme de concession pour livrer une production ravageuse à la maîtrise formelle ahurissante. Petite touche de finesse calculée dans cet univers de brutes avec "Afghamistam". Les natifs de Seattle livrent un morceau de slowcore/post-rock milimétré à l'élégance inattendue et à la douceur feutrée bienvenue. Comme une dernière surprise avant de mettre un terme à cet Anthology of deads ends au titre si bien trouvé et par là-même à la discographie du groupe. Une conclusion (quasi) définitive (un DVD live sortira en 2006) de l'histoire d'un groupe hardcore metal rock phare des années 90...

Botch / Chronique LP > We are the Romans


botch_we_are_the_romans.jpg Même pas deux ans après le choc frontal que constitua à l'époque la sortie d'American nervoso, Botch récidive avec We are the Romans... ou plutôt fait encore mieux. Repoussant les limites du genre qu'il a lui-même fixé, le quartet américain pose une nouvelle mine sur la scène hardcore/mathcore, dont les deux maîtres incontestés étaient alors Converge d'un côté et Dillinger Escape Plan de l'autre. Véritable brûlot monu-métal new-school et chaotique, ce deuxième album peut se résumer à deux petits mots : sans concession. Dès "To our friends in the great white north", le ton est donné, le concentré de violence pure qui entoure We are the Romans ne va plus nous lâcher. Un peu plus tortueux et labyrinthique que son prédecesseur, toujours aussi écorché vif que deux ans auparavant, Botch balance ses riffs incandescents avec la même énergie du désespoir, des lignes de gratte furieusement dopées par la batterie schizophrénique de Tim Latona ("Mondrian was a liar").
Toujours cette folie mêlée à une puissance de feu démentielle ("Man the ramparts"), mais après un premier essai qui lui a permis de se faire (brillamment) la main, le quartet semble vouloir faire un peu plus en terme d'intensité émotionnelle. "Swimming the Channel Vs. Driving the Chunnel" est à ce titre complètement marge. Sorte d'interlude long-format, d'ambient post-rock minimaliste, voilà un morceau qui marque une véritable rupture au coeur de l'album... mais qui n'empêchera pas pour autant Botch de relancer la machine comme à l'ordinaire ("C.Thomas Howell as the "Soul man""). En calcinant un peu plus nos enceintes, qui n'en finissent décidément plus de subir un traitement de choc, avec des effluves post-hardcore à la Isis ou Neurosis, le quartet californien impose un peu plus son style. On pense également au Cave in des débuts, mais ce sont-là avant tout des groupes que Botch a en grande partie inspiré. Comme victime du phénomène de combustion spontanée, "Saint Matthew returns to the womb" puis "Frequency ass bandit" saturent nos conduits auditifs de saturation éléctrique et de dissonances angoissantes. Véritable choc thermo-sismique, We are the Romans est un disque de mathcore brillant et de hardcore grandiose, une oeuvre rare mais difficilemment dispensable qui a eu cette année l'honneur d'une double réédition (avec American nervoso. Le tout dans des éditions deluxe et remasterisées signées Hydrahead Industries qui font honneur à l'héritage d'un groupe à la force de frappe incomparable et que l'on aimerait revoir au moins sur scène...

Botch / Chronique LP > American nervoso


botch_american_nervoso.jpg An de grâce 1999, Botch formation originaire de Seattle et alors relativement méconnue fait ses premiers pas discographiques avec ce "long play" baptisé American nervoso. Huit ans après, les bacs de nos disquaires préférés en tremblent encore. Réflexion faite, le groupe aurait très bien pu appeler son album American furioso tant la déflagration laisse des trâces quasi indélébiles. Pratiquant la politique de la terre brûlée, le bulldozer Botch rase tout sur son passage dès les premiers instants de l'album et ne s'arrêtera pas avant d'avoir accompli son oeuvre, au terme de la petite dizaine de bombes à fragmentation que recèle cet album. Riffs math/hardcore telluriques, vocaux haineux et rythmiques assénées avec une sauvagerie peu commune ("Hutton's great heat engine"), Botch fait brutalement rebondir ses compos sur la platine et nos vertèbres en sentent encore les effets de longues heures après la confrontation. Car il s'agit là, d'une guerre que mène le groupe contre un ennemi invisible... Son metal hardcore technique est viscéral, la vitesse d'exécution foudroyante et la maîtrise formelle carrément bluffante ("John Woo").
Hymnes au headbang psychotique, guitares qui tranchent directement dans le gras, section rythmique névrotique et ultra-saccadée qui ramasse les restent pour les passer dans le broyeur, Botch sort l'artillerie (très) lourde et ne se prive pas de faire la démonstration de tout le potentiel de son arsenal. Les riffs de David Knudson sont destructeurs et appuyés par une basse fulgurante (merci Brian Cook) : le résultat est à peine concevable. Osant des ruptures de rythmes aussi impromptues que ravageuses, le quartet démontre qu'il a pris le temps de maîtriser ses instruments avant de coucher sa haine sur papier et de l'enregistrer en studio ("Dali's praying mantis"). Et quand enfin, le calme revient quelques instants, Botch brise ce bref instant de repos pour repartir de plus belle ("Dead for a minute"). Une rage brute chevillée au corps à la Converge (c.f les meilleurs titres de Jane Doe), les américains mettent tout ce qu'ils ont en eux, nous remuant les trippes dans des élans de folie cataclysmique sans égale. Alors oui, il n'y aurait bien que le final au piano d'"Oma", sorte d'oraison funèbre en préambule du chaos annoncé, qui appose ses quelques accords apaisant avant que de nouveau la terre s'ouvre sous nos pieds et que les hurlements enfiévrés de Dave Verellen n'embrase le ciel. Ensuite, tout n'est plus que dévastation. Un riffing pachydermique, des assauts de guitares que l'on prend en pleine face, ("Rejection spoken softly", "Spitting black", un "Hives" sulfurique), American nervoso est un album qui au moment de sa sortie ne laissait aucun répit, aujourd'hui, à l'heure de sa réédition, l'effet est à peu près le même... sauf qu'il dure plus longtemps. Agrémenté de quelques démos (une "John Woo" démo encore plus démente que sur le premier jet) et "extended version" des morceaux originaux, Botch jette le mouvement hardcore dans un bac d'acide pour imposer sa marque. Monstrueuse, dantesque, inimitable.... Bienvenue dans l'enfer de Botch...