metal Métal > The Black Heart Rebellion

Biographie > TBHR

A ne pas confondre avec The Black Heart Procession, les Belges de The Black Heart Rebellion partagent pourtant avec eux un goût certain pour une mélancolie douloureuse et brûlante. La différence fondamentale résidant plutôt dans le caractère orageux des Belges, les rapprochant de fait des figures du proue du post-hardcore outre-Quiévrain : AmenRa. Pourtant, TBHP n'a rien de leur cousin d'éloigné (ou si peu). A la limite, on rapprochera plus le groupe d'une autre formation originaire du plat pays qui est le leur : Hitch. Et là, c'est en toute logique que l'on découvre que les deux groupes partagent plus que de simples préférences musicales, puisqu'ils sont également des voisins de label, hébergés par Vlas Vegas Records. D'un point de vue strictement discographique, le groupe, qui a oeuvre depuis 2004, ouvre son compter après une petite année d'existence et un split avec le groupe Autumn Delay. 3 ans plus tard et pas mal d'heures en studio à paufiner dans leur coin un premier disque long-format, The Black Heart Rebellion met au monde Monologue.

The Black Heart Rebellion / Chronique LP > Har nevo

The Black Heart Rebellion - Har nevo Ils avaient "commis" le crime parfait en matière de premier essai discographique avec leur imposant (mais élégant) Monologue fin 2008, ce n'est que cinq ans plus tard qu'ils reviennent avec son successeur : Har nevo. Entre-temps, il y a eu une réédition au Japon - par l'intermédiaire de l'excellent Tokyo Jupiter Records (Errata, Seila Chiara, TotorRo...) qui s'occupe également de distribuer celui-ci au Pays du Soleil Levant quand le reste du monde est géré par ConSouling Sounds (AmenRa, Syndrome, Thisquietarmy...) - deux splits LP (avec Adorno et AmenRa) et puis surtout des concerts, beaucoup de concerts, explorant essentiellement la facette la plus abrupte de cette musique si viscérale qu'est celle de THBR. Sachant également que l'un de ses membres de base est très occupé dans divers projets (Kingdom, Hessian, Pieces of Quiet...), on comprend mieux le délai de gestation de ce nouvel opus... pour le moins inattendu dans son rendu final.

Parce que dans le cas présent, il faut "oublier" quelques minutes la notion première de post-rock-core, cette mouvance musicale à la noirceur palpable dont les natifs d'outre-Quiévrain auraient pu aisément se faire les chantres... sauf qu'il ne s'agit pas ici de cela. Mais d'un magma sonore épousant les contours du doom ("Avraham"), flirtant avec les atmosphères d'un post-rock délicieusement vicié, baignant dans les textures sonores narcotiques d'un rock psychédélique prégnant ("The woods I run from")... car The Black Heart Rebellion offre à l'auditeur d'entrer dans une véritable transe se rapprochant quelque peu de ce que peuvent faire les Neurosis, sans pour autant évoluer sur les mêmes territoires créatifs que les dieux d'Oakland, Californie. Mais dans l'état d'esprit, il y a ce quelque chose d'inimitable, qui sort résolument des sentiers battus pour chercher l'émotion brute, pure, séminale ("Circe", "Animalesque"), mêlant douceur et violence dans un même agglomérat sonore, constamment insaisissable et même temps d'une densité aussi âpre que contaminatrice.

Une mélancolie sombre qui dévore l'âme de son auditeur, une musique fantomatique qui s'empare de lui pour l'emmener vers un univers aux profondeurs émotionnelles abyssales ("Crawling low and eating dust", "Ein avdat") ou pas tant que ça, mais avec un raffinement dans la sauvagerie, une retenue dans la bestialité, qui marque assurément les esprits. Sans doute pour mieux en accroître l'insidieux effet. Jusqu'à emmener l'auditeur aux confins de l'americana la plus crépusculaire et désenchantée ("Into the land of another"), lequel morceau final scelle définitivement le sort de cet Har nevo aussi éminemment personnel qu'étrangement porteur d'une violence intimiste sourde et pourtant omniprésente.

The Black Heart Rebellion / Chronique LP > Monologue

The Black Heart Rebellion - Monologue Entraînant dans son sillage des formations de la trempe d'un Hitch ou d'un The Black Heart Rebellion dont il est ici question, AmenRa a mis en quelques années la scène post-rock/hardcore belge en effervescence. Mais là où l'on aurait pu craindre de devoir faire face à toute une vague de suiveurs un peu médiocres et finalement assez anecdotiques au demeurant, on a eu droit à des groupes capables de digérer leurs influences pour mieux s'en affranchir et forger du même coup leur propre identité musicale. Le Monologue qu'offre ici The Black Heart Rebellion en est sans doute l'exemple type. Une vision intérieure de ce que l'on a l'habitude d'appeler "postcore", des instrumentations post-rock amples et stratosphériques, un subtil mélange de douceur cotonneuse et d'abrasion émotionnelle, le groupe développe ici des harmonies ténébreuses sur lesquelles viennent se poser quelques éclairs screamo lézardant les cieux ("Leaving the capitals"). Collision trans-genres et crescendo épidermique, nappes doucereuses brisées par une voix écorchée vive, la musique de TBHR se nourrit de ses paradoxes pour accentuer son impact. Frontal et cathartique, le groupe pratique une hybridation métallique, fruit d'années d'expériences sonores destinées à trouver l'idéal point de convergence des genres, l'instant où les deux se mélangent parfaitement pour ne plus former qu'un tout, unique et indivisible.
Un substrat musical qui met nos sens en éveil en même temps qu'il fait naître en nous des émotions contradictoires ("Machining"), un peu comme si Benea Reach fusionnait avec Red Sparowes, que Mono ne devait plus faire qu'un avec Isis ou AmenRa, qu'Envy et Pelican se décidaient à donner naissance à une créature musicale sauvage et majestueuse. The Black Heart Rebellion a bâti ici une véritable muraille sensitive, celle-ci se faisant l'écho des mélodies abrupte que le groupe a façonné pendant les trois années de silence discographique qui séparent Monologue du premier split des Belges. Colère froide ou apaisement aérien, douleur vivace ou sensation de bien-être quasi absolu, Monologue est de ces albums qui jouent les funambules, nous faisant passer par là-même d'une émotion à une autre en l'espace de quelques secondes. Ce, sans jamais que les écoutes répétées ne fassent naître en nous un début de lassitude ou tout du moins d'érosion du plaisir auditif immédiat. Un disque d'une rare beauté, par instants diaphane, à d'autres moments d'une noirceur plus opaque, mais toujours avec cette intensité émotionnelle qui se dégage d'envolées parfois éphémères, parfois languissantes ("Amongst the nomads"). Comme si les repères temporels n'avaient aucune prise sur la musique de The Black Heart Rebellion, un groupe qui se plaît à brouiller nos repères, pour mieux les réécrire à sa manière, nous entraînant de fait au coeur de l'oeil d'un cyclone post-hardcore rock dont on ne sort pas indemne ("Erase, redraw our maps"). Brillant à l'image d'un "The darkest men" tantôt candide dans son approche post-rock, tantôt plus mature dans ses pulsions screamo, le tout baignant naturellement dans une atmosphère post-hardcore des plus corrosives... et magnifiquement enivrante...