metal Métal > Battle of Mice

Biographie > Amour vache

L'histoire de Battle of Mice est assez curieuse, voire carrément masochiste. Car figurez-vous que les deux petites souris composant l'âme du projet ne peuvent pas se voir, pas même en peinture, ce qui occasionne des prises de bec homériques lors des enregistrements studio. Car pour talentueux et complémentaires qu'ils soient, Julie Christmas (chanteuse de Made out of Babies), et Josh Graham (l'un des fondateurs de Red Sparowes) se sont haïs dès leur première rencontre. Et désormais, les réunir pendant plus d'une dizaine de minutes relève du tour de force tant la tension entre les deux devient rapidement palpable. En clair, Battle of Mice n'est pas un projet viable. Et pourtant, le plus étrange, c'est qu'il semblerait que l'animosité et les étincelles que provoque la collaboration des deux musiciens soient génératrices d'une alchimie musicale peu commune.
En clair, Battle of Mice mélange noise, post-hardcore et metal atmosphérique dans une configuration hautement improbable, mais ça marche. D'autant que le duo est rapidement rejoint par la paire Tony Maimone / Joel Hamilton (Book of Knots) et le groupe s'enferme aussi calmement que possible en studio courant 2006 pour enregistrer une fournée de titres devant composer son premier album A day of nights (Neurot Recordings, le label fondé par les membres de Neurosis).

Battle of Mice / Chronique Split > Jesu | Battle of Mice

Split Jesu_Battle of Mice Jesu vs Battle of Mice, une collaboration de grande classe, un crossover haut de gamme sorti en édition limitée par le label Robotic Empire (Isis, Kayo Dot, Red Sparowes), plutôt coutumier du fait. Deux compositions pour chaque groupe et c'est Jesu qui ouvre les hostilités avec "Clear stream". Un titre inaugural qui lévite au grès des courants océaniques, au dessus de l'Atlantique nord pour déposer sur des récifs ambient industriels, quelques mélodies enfiévrées dont Justin Broadrick a le secret. Intensité émotionnelle et richesse des arrangements semblent être les maîtres-mots de ce titre, à l'amplitude rare, qui s'élève doucement dans la stratosphère afin d'enfanter une transition naturelle avec "Falling from grace", deuxième titre signé Jesu figurant sur ce split. Mélodies romantiques, instrumentations subtiles mises au service d'un chant toujours en apesanteur, comme venant d'un autre monde. Désenchantée, mélancolique, douce et gantée de velour, portée par un clavier dépouillé et des orchestrations denses, la musique de Justin Broadrick manie l'épure avec une classe folle pour parvenir à ses fins. Et à ce petit jeu, il est bien difficile de ne pas se laisser enivrer.
Lorsque vient le tour de Battle of Mice, on est encore plongé dans une semi-torpeur de laquelle, le groupe mené par Julie Christmas, nous extirpe avec un sens inné du réveil sauvage qui remet brutalement les idées en place. "The bishop, un chant tout en rupture, tension et nervosité sont ici palpables, tout ne semble plus tenir qu'à un fil et le groupe joue les funambules entre apaisement relatif et accès de violence éruptive qui font bourdonner les enceintes et rayent la platine CD. Un chant qui joue avec les codes du genre, laissant parfois aux guitares le plaisir de faire parler leur explosivité avant de saturer l'atmosphère de ces mélodies lunatiques dont on ne sait trop jusqu'où elles peuvent nous emmener. "Yellow and black" nous apporte un début de réponse... Dans des territoires musicaux où le groupe pourrait faire dérailler notre esprit pour l'emmener dans les limbes du royaume d'Hadès. Un chant qui oscille entre douceur carnassière et complainte à fleur de peau, suitant la douleur pour mieux exploser à la face de l'auditeur, avant de s'emporter dans un final épique, qui lorsque la pression retombe enfin, nous laisse en plan, seul, les nerfs à vifs...

Battle of Mice / Chronique LP > A day of nights

battle_of_mice_a_day_of_nights.jpg Entre complaintes douloureusement déchirantes et mélopées instrumentales à la mélancolie douce, Battle of Mice livre un album radical, brut de décoffrage et sans concession. Référence directe à l'Antiquité grecque, où suite à la sanglante bataille de Megalopolis (en 331) opposant quelques dizaines de milliers de spartiates du roi Agis III à 40 000 macédoniens dirigé par Antipater, le second d'Alexandre le Grand, ce dernier, pas vraiment impressionné par l'ampleur de la boucherie aurait, selon la légende, eut ses quelques mots : "It seems, my friends, that while we have been conquering Darius here, there has been a battle of mice in Arcadia".
Battle of Mice, c'est donc un peu ça, un affrontement taille miniature entre une écorchée vive (Julie Christmas) et un guitariste à la précision diabolique (Josh Graham). Tumultueuse, ingérable, leur relation hors norme a finit par accoucher d'une hydre musicale : A day of nights. Alliage subtil et intense entre puissance destructrice et instrumentations stratosphériques, entre émotions extrêmes et lunatisme magnétique, Battle of Mice livre un album abrasif et dévastateur, un disque à l'impact émotionnel hors normes, rageur, haineux, fait de paradoxes et d'atmosphères tantôt sombres, tantôt lumineuses. Pesante, oppressante, la musique du groupe se situe à la croisée des chemins entre Neurosis, Jesu et Red Sparowes évidemment. Véritable exutoire musical, permettant de libérer ses pulsions, même les plus inavouables, A day of nights est un monument postcore/ noise terriblement étouffant (le monstrueux "At the base of the giants throats"), parfois dissonant et à la beauté sombre assez fascinantes.
Organique et éthéré, tellurique et sous haute tension constante, ce disque cristallise la haine réciproque que se vouent mutuellement les deux fondateurs du groupe et va encore plus loin. Ses accès de rage paranoïaque dérangent (" Wrapped in plain"), ses moments de calme apaisent ("Sleep and dream") et au final, les petites souris de Battle of Mice font voler en éclat nos certitudes et accouchent dans la douleur d'une oeuvre viscérale et épidermique, un premier effort qui repousse les limites de ce que l'on a l'habitude d'entendre pour plonger au plus profond d'une âme torturée par des ombres douloureuses et oppressantes. Une descente aux enfers musicale qui pourrait se révéler sans retour. Un disque à ne pas mettre entre n'importe quelles mains.

Version anglaise
Between laments painfully tearing and instrumental monotonous chants with the soft melancholy, Battle of Mice delivers a radical album, gross of dismantling and without concession. Direct reference to Greek Antiquity, where following the bloody battle of Megalopolis (in 331) opposing a few tens of thousands of Spartans of the king Aegis III to 40 000 Macedonians directed by Antipater, the second of Alexander the Great, this last, really not impressed by the extent of butchery would have, according to the legend, had its some words: "It seems, my friends, that while we cut been conquering Darius here, there has been has battle of mice in Arcadia". Battle of Mice, it is thus a little that, a confrontation cuts miniature between one skinned lives (Julie Christmas) and a guitarist with the diabolic precision (Josh Graham). Tumultuous, their relation ends up being confined of a musical hydra: A day of nights. Subtle and intense alloy between destroying power and stratospheric instrumentations, between extreme emotions and magnetic ambivalence, Battle of Mice delivers an abrasive and devastator album, a disc with the impact emotional except standards, angry, heinous, made sometimes dark paradoxes and atmospheres, sometimes luminous. Heavy, oppressive, the music of the group is at crossroads between Neurosis, Jesu and Red Sparowes obviously.
True musical discharge system, allowing to release its impulses, even most undisclosable, A day of nights is a monument postcore/ noise terribly choking (monstrous "At the bases of the giants throats"), sometimes dissonant and with the beauty sinks rather attractive. Organics and ethereal, telluric and under high constant voltage, this disc crystallizes reciprocal hatred that the two founders of the group dedicate themselves mutually and goes even further. Its accesses of paranoiac rage disturb ("Wrapped in lime pit"), its moments of calms alleviate ("Sleep and dream") and with final, the small mice of Battle of Mice make steal in glare our certainty and are confined in the pain of a visceral work, a first effort which pushes back the limits of what one has the practice to intend to plunge to deepest of a heart tortured by painful and oppressive shades. A musical descent into Hell. Without return.