Bagheera - Drift Comme ça, sans prévenir ni avoir sorti la moindre démo ou un EP histoire de se faire la main avant de passer en grande section métallique, Bagheera livre avec Drift un premier album studio paru chez Hungry Ghosts Productions (Camion, June Deville...), soit une valeur sûre en matière de musique amplifiée tout droit débarquée de chez nos voisins suisses. Et comme souvent avec ces gens là, soit ça cogne dur, soit ça envoie du groove par palettes, on s'attend à prendre cher. Bon en fait, avec Bagheera, c'est ni l'un, ni l'autre mais les deux en même temps. Tant qu'à faire, autant ne pas se payer le voyage pour rien hein...

En l'espace d'une première bordée de titres, ("Cliff","Ad hoc","Drone"), les helvètes développent un talent certain pour aiguiser une griffe musicale oscillant constamment entre groove-metal, hardcore burné et rock'n'roll bien velu histoire de faire de leur Drift quelque chose qui soit à la fois puissant et très frais. Léger aussi mais en même temps musculeux, véloce et taillé pour s'offrir quelques belles sauteries viriles en live (le single burné qu'est "Rough"). Mélodies éraillées, grosse présence dès lors qu'il s'agit d'expédier du décibel dans les enceintes, une solidité instrumentale à toute épreuve et ce groove particulièrement addictif. Bagheera a ce qu'on appelle un vrai feeling en matière de metal malin et fun. Du genre à ne pas se prendre à la tête et à balancer de bonnes doses de cool jusqu'à faire de jolis ravages dans la tuyauterie ("Catch yourself", "Ossified").

Quelques plans death-metal, beuglements barbares à l'appui ("80 years to learn nothing"), un retour aux fondamentaux métalliques (mais rock aussi) sur l'éponyme "Drift", Bagheera n'invente rien et ne semble pas s'en inquiéter. A raison, car l'intérêt de cet album est ailleurs. Dans son efficacité mais également par les impulsions électriques qu'il déclenche lors de l'écoute d'un "Eins Zwei Dei" au final très classe mais auparavant plutôt hargneux, ou d'un "Torchlight" particulièrement vindicatif. Parce que tout ça, cela reste du metal bien groovy certes, mais suffisamment solide et bruyant pour se faire remarquer au sein d'une scène musicale décidément excitante. Et ici de surcroît avec une coolitude plus qu'affirmée et de bons riffs de bûcherons qui font du bien par où ça passe. Alors fatalement, au W-Fenec, on valide.