metal Métal > Animals As Leaders

Biographie > AAL

Animal As Leaders 1 A l'origine, Animals As Leaders voit le jour de manière un peu accidentelle, soit après le sabordage, en 2007, du groupe metalcore technique Reflux, emmené par le surdoué Tosin Abasi, alors même que le contrat liant la formation au label Prosthetic Records (Kylesa, Gojira, Junius...) prévoyait encore un album. Dès lors, la structure proposa à Abasi d'enregistrer un album solo, idée qui lui déplu mais qui fit néanmoins son chemin jusqu'à lui donner envie de se lancer dans un nouveau projet, dont il serait l'architecte/concepteur/chef-d'orchestre, mais pour lequel il serait entouré de musiciens. Une sorte de Devin Townsend Project si l'on veut.
Entouré d'un line-up à géométrie dès lors variable, Tosin Abasi planche sur un disque intitulé Animals as leaders qu'il enregistre avec un peu d'aide courant 2008. L'album est inspiré par "Ishmael", le roman philosophique de Daniel Quinn traitant notamment de la notion d'anthropocentrisme, et donne d'ailleurs son nom officiel au projet. AAL est né. Eponyme, cet effort inaugural sort courant 2009 et se fait remarquer un peu partout auprès de la presse rock/metal spécialisée ce qui vaut au "groupe" de tourner massivement aux côtés de Circa Survive, Dredg, Thursday ou encore Underoath. Désormais attendu au tournant, Animal As Leaders planche à partir de la fin 2010 et au début de l'année suivante sur un deuxième album, Weightless qui paraît toujours via Prosthetic Records à l'automne 2011.

Animals As Leaders / Chronique LP > The joy of motion

Animals As Leaders - The joy of motion Si l'on s'accorde à convenir généralement que trop de technique tue la créativité, l'adage ne s'applique vraisemblablement pas aux Américains d'Animals As Leaders. Lesquels avec The joy of motion, leur troisième album faisant suite aux déjà très impressionnant effort éponyme puis Weightless, livrent ici une œuvre bouillonnante de maîtrise formelle, également bluffante en matière de songwriting et d'inventivité pure et dure. En témoignent cette saisissante "Kascade" chargée de lancer les hostilités sur un rythme extrêmement soutenu et avec des variations de tempi continues, une trame sonore qui se déroule inexorablement et même quelques esquisses de mélodies progressives enveloppant le tout avec une classe folle.

Parti sur des bases tellement élevées que l'on est forcé de se dire qu'ils ne pourront jamais tenir cette cadence par la suite, les Animals As Leaders nous font mentir dès la piste suivante avec un "Lippincot" tout aussi volubile que son prédécesseur bien qu'étant moins puissant au rayon "métallique". Pour autant, le groupe, s'il fait ici preuve d'une précision diabolique en la matière, ne verse pas uniquement dans la démonstration polyrythmique qui en met plein la vue. Pas plus que dans une complexité outrancière débordant de prétention crasse. Alors certes, les membres du groupe sont avant tout de purs techniciens mais reconnaissons ici que c'est en apprenant les bases, en les éprouvant aux joutes du live mais aussi des œuvres de ses glorieux aînés que l'on devient aussi un "vrai" musicien. Et que l'on peut s'enorgueillir ensuite de composer des morceaux qui tiennent la route.

Sur ce The joy of motion, les Animals As Leaders n'y sont pas allés de main morte dès lors qu'il s'agissait de mêler habilement les deux : capacités techniques et écriture mûrement réfléchie. Entre Djent-metal-jazz, rock alternatif et prog' aventureux ("Air chrysalis", "Physical education"), le groupe promène sa coolitude ("Another year"), envoie quelques riffs tâter les enceintes histoire de tester un peu leur résistance à la virtuosité ("Tooth and clow"). Un sans faute et une vista étourdissante pour des Américains qui s'amusent à en rajouter en incluant quelques discrets éléments électroniques ("Crescent") voire presque pop ("The future that awaited to me"). On se dit alors que le groupe va rafler la timbale du sans-faute absolu, sauf qu'après 6/7 titres de haute volée, on redescend quand même d'un cran en termes d'inventivité et de qualité intrinsèque, ce avant que la toute fin de l'album ne remette les gaz avec "Mind-spun" puis "Nephele". La raison tient au fait qu'AAL a parfois tendance à verser dans l'excès de tout et que malgré son évidente maîtrise absolue du sujet, un peu de retenue pourrait également parfois ne pas faire de mal.

Une technicité de pointe, une classe folle ("Para mexer", "The woven web"), quelques petits défauts de façade mais un album outrageusement bien foutu, usiné, ficelé. Bref, assez jouissif dans son genre.

Animals As Leaders / Chronique LP > Weightless

Animal As Leaders - Weightless Animals As Leaders, c'est assurément le bon coup flairé par Prosthetic Records qui démontre au passage que l'on n'est pas obligé de jouer la ligne éditoriale "easy as fuck" pour exister (n'est-ce pas Solid State Records, Razor & Tie ou Vagrant ?). L'écurie basée au coeur de la Cité des Anges a le nez creux et n'hésite pas développer un roster où se croisent ainsi Clinging to the Trees of a Forest Fire et Junius, Kylesa et Scale the Summit, Gojira, feu-Hollow Corp. ou encore Trap Them. Du lourd, pas que du metal hardcore à technicité de pointe, mais une dominante hard qui castagne et un désir de qualité technique plus qu'affirmé : pas étonnant d'y retrouver un AAL qui depuis son premier effort "long-play" éponyme (déjà chez Prosthetic CQFD), a su se faire remarquer sans passer par la case "démo/EP/album inaugural confidentiel" habituelle.

"An infinite regression" et son intro toute en circonvolutions indie à tendance(s) électro est une première prise de contact en forme de trompe-l'oeil : rapidement les éléments de la machinerie Animal As Leaders s'assemblent et la mécanique se met en branle pour ressembler à un mélange de Dream Theater vs Textures avec des textures électroniques au milieu, une approche de composition résolument moderne et surtout une ligne directrice qui incite à l'hyper-inventivité. Un premier titre littéralement funambule, un groupe qui s'autorise quelques soli purement démonstratifs mais un songwriting débordant d'efficacité, on n'a qu'une envie, se plonger dans la suite sans plus attendre. "Odessa" poursuit l'exploration de cet univers à part, un peu plus électro, mais pas moins technique dans ses enchevêtrements instrumentaux tous plus denses les uns que les autres. Guitares volubiles, cadencement rythmique au cordeau, un séquençage des ADN de mille influences réassemblées ("Somnarium", "Earth departure") ensuite de manière à ne plus former qu'un tout, à la fois indivisible et insaisissable mais porteur d'une logique d'écriture juste ahurissante.

Les morceaux se suivent, ne se ressemblent qu'assez peu même si l'approche est toujours la même ("Isolated incidents", "Do not go gently"), aussi riche en possibilités et autres variables qu'aisément reconnaissable de part son côté atypique, les AAL propulsent des compositions toujours aussi aventureuses et furtivement jazzy (l'espace de quelques fulgurances) dans les enceintes, pourtant la cohérence globale de l'ensemble ne se dément jamais. Ou si peu, quand le groupe pousse un peu loin le délire dans tous les sens ("Espera") quitte à en faire limite trop sur le côté parfois marshmallow du metal progressif ("New Eden"), avant de retomber sur ses riffs en quelques deux ou trois twists instrumentaux dont il a le secret (sur "Cylindrical sea" et l'éponyme "Weightless" notamment). Une alchimie musicale étourdissante doublée d'une maîtrise formelle de tous les instants rappelant un peu les travaux d'un Between the Buried and Me, une plongée sans filin dans un espace d'expression métallique virtuose, ces Animals As Leaders viennent l'air de rien de frapper un très gros coup sur la scène dite "rock/metal progressive", sans sommation et tout ça, sans non plus avoir l'air de tellement forcer leur talent. Reste à savoir combien de temps (et d'albums) cette petite formule miracle fonctionnera... parce qu'en l'état, c'est juste énorme.