aliasing_de_l_air.jpg Dès les premières secondes, le décor est planté, alliage corrosif de metal abrasif et de rock aux influences aussi diverses et inattendues que variées et surprenantes, Aliasing se pose comme l'objet musical étonnant et détonnant du moment. Mélangeant sans complexe flow hip-hop, textes en français, ambiances rock, arrangements progressifs et fulgurances metal, parfois limite hardcore, le groupe ne se pose aucune limite artistique ou formelle et se permet ce que beaucoup se refusent trop souvent. Bienvenue dans l'antre d'un groupe qui ne gênera pas pour bousculer nos certitudes musicales.
De l'air, c'est un mini-album à l'image de sa pochette : incandescent. Un disque qui te rentre dedans sans dire pardon, une compilation homogène de titres qui te feront headbanguer ou au contraire te perdront dans un labyrinthe hip-hop aux atmosphères progressives, voire parfois jazzy. Le mélange, sulfureux et entêtant, à de quoi en laisser plus d'un sur le carreau, Aliasing n'en a que foutre. Le groupe est là pour accomplir son oeuvre, point barre. Textes percutants, approche ultra-mélodiques ou hurlements rageurs, samples éléctro qui viennent en rajouter une couche, on sent que les différents morceaux de cet EP peuvent nous emmener d'un endroit à un autre en prenant des chemins de traverse, mais toujours avec une intégrité artistique salutaire. Car, c'est bien beau de mélanger toutes les influences qui nous passent par la main, encore faut-il en sortir quelque chose qui tienne la route. Sauvage, viscéral mais jamais trop underground, Aliasing ne cherche pas à dérouter par prétention pseudo-intellectuelle, les marseillais semblent plutôt prendre un pied monstrueux à proposer un maelstrom musical unique et personnel. Le combo sudiste ne prend pas de gants, percute façon hardcore, enfonce les portes à coup de masses et tentent des trucs assez hallucinants.
Avec une griffe unique, le groupe réinvente la fusion (étiquette qui est de toutes les façons bien trop large pour clairement signifier quelque chose de précis), et quelque part dans un trou noir, à quelques années lumières d'un Sepultura pour les fulgurances métalliques, les Rage Against the Machine pour la transgression hip-hop et l'aspect subversif de l'ensemble, met un sévère coup de pied au cul d'un genre sclérosé. Quelques sonorités éléctro/ indus qui parsèment l'ensemble et deux ou trois titres puissants, inventifs et salvateurs plus tard ("Ailleurs", "Cardia"...), Aliasing distille un cocktail détonnant aux influences mélangeant étonnemment mainstream et underground avec une véritable intelligence dans le propos. Lucide sur son art : "il n'y pas de trêve à la connerie musicale", balance droit dans les enceintes le chanteur, le quintet signé chez Several Bleeds Records parvient à allier sans coup férir finesse et puissance, sagesse et maîtrise. Le groupe livre avec De l'air un premier essai fait de paradoxes. En roue libre mais également tenu d'une main de fer, ("Riders", "Strike me down"), cet EP est parfois inégal, souvent original, toujours honnête dans la démarche. Véritable manifeste corrosif, il met délibérément le doigt là où ça fait mal et ne se gène pas pour appuyer, encore et encore. Sans concession, il brosse le portrait acide d'une culture musicale qui manque de s'asphyxier elle-même, engoncée dans son costume de VRP à la solde des majors du disque. Et, si plus de groupes pouvaient s'inspirer de l'indépendance artistique du sextet marseillais, ce serait sans doute pas mal dans cette industrie musicale qui n'a de cesse de faire l'éloge de la complaisante médiocrité. Amen.