metal Métal > Abysse

Biographie > Au fond du trou

Abysse c'est quatre têtes pensantes et un metal de haut vol, lunaire et instrumental. Des débuts en 2006 avec un huit titres, Eight hours before dawn, première étape d'un apprentissage qui continuera sur De profondeur en immersion, un 6 titres qui leur vaudra un passage aux Karma Studios pour l'enregistrement. Poursuivant dans les extrêmes topologiques, c'est cette fois aux Dome Studios que le quatuor pose des ses instruments pour Le vide est forme un nouvel enregistrement au format particulier : 2 titres de plus de 10 minutes chacun. Les compositions mûrissent et c'est tout naturellement qu'Abysse accompagne des groupes comme One Way Mirror ou Klone.

Prochain objectif: un album, un vrai. Il aura fallu trois ans pour accoucher d'En(d)grave, moins lourd, plus aventureux mais toujours instrumental.

Review Concert : Abysse, Hacride @ Le Manège, Lorient

Interview : Abysse, interview en profondeur (avril 2016)

Abysse / Chronique LP > I am the wolf

Abysse - I am the wolf On s'en doutait un peu mais I am the wolf est un chef d'oeuvre. Abysse n'est pas le genre de groupe à composer les albums à la chaîne et à garder toutes les idées pour envoyer une dizaine de nouveaux titres tous les deux ans, non, ils sont plutôt du genre à prendre leur temps pour écrire le plus bel album possible. Et c'est ce qu'ils ont (encore) fait. J'ai beau écouter et réécouter cet opus et je ne lui trouve pas le moindre défaut. Tout est simplement parfait.

Si tu trouves que l'artwork qui sert de pochette est excellent (et pas uniquement parce qu'il rappelle Ghost, le loup de Jon Snow), ouvre le digipak et prends une deuxième claque, celle qui t'invite à ouvrir les portes de l'esprit ("Animi limina") avant de te faire découper par la troisième lame, un tombeau inquiétant et son pas tout à fait squelette pas tout à fait humain, pour paraphraser la locution latine, toutes les pages blessent, la dernière tue. Même si, "ça tue" à tous les niveaux. Bluffant. C'est qu'on n'a pas l'habitude de se foutre de la gueule du monde chez Abysse...

Musicalement, c'est une démonstration de ce que doit être un album de métal instrumental moderne, avec ce qu'il faut de progressif, de tranchant, de technique, de mélodie, de dynamique, de créativité, d'expérimentations pour plaire à chacun tout en restant cohérent du début à la fin. Des sons dantesques (celui de la basse est - aaaargh - un délice, succulent quand il est couplé au voyage aventureux des guitares de "Frozen flesh"), des rythmiques infernales (le break très post hard core de "Architecture of bones"), des envies de headbang et de danse porte-nawakesque ("Reality & secret"), on trouve de tout dans cet album millimétré d'une richesse infinie et ultra captivant bien que dénué de chant (à part les quelques mots samplés qui donnent son titre à l'album I am the wolf), preuve s'il en fallait encore que certains groupes feraient bien de passer plus de temps sur leurs riffs que sur leurs vocalises.

Après un très classe En(d)grave, Abysse enchaîne donc avec une nouvelle pièce maîtresse qui pourrait même séduire ceux qui détournent leur chemin quand ils entendent les adjectifs "prog" ou "instrumental". Ne perds pas davantage de temps avec cette lecture et file les écouter, on ne t'en voudra pas.

Abysse / Chronique LP > En(d)Grave

Abysse - End(d)grave Beaucoup avaient découvert Abysse, véritable phénomène ambient-(post)metal instrumental frenchy, par le biais d'un EP inaugural assez épatant pour un premier effort : revoici le groupe passant cette fois l'épreuve du long-format avec un album finement baptisé En(d)grave. Lequel fait oublier Le vide est forme en même pas deux titres à la maestria formelle étonnante comme aux qualités artistiques ébouriffantes. "Eagle of Haast" et ses presque neuf minutes de virtuosité sensorielle et de puissance déflagratrice mâtinée d'esquisses mélodiques aux vibrations telluriques, plonge dès les premières secondes de l'album l'auditeur dans les abîmes de l'oeuvre du groupe. Techniquement irréprochable, celui-ci érige des murailles sonores, accélère ou ralenti le rythme selon ses désirs et conserve de bout en bout cette maîtrise étourdissante ("Ten thousand changes", "Mastodon").
Un bulldozer ambient/death-métallique/progressif instrumental à la lourdeur obsédante, des formats régulièrement étendus (Abysse s'exprime bien mieux sur six à huit minutes que sur 3'30''), des soli qui en mettent plein la vue (voire un poil trop cf: "The forest monument" ou "Light for wheke" sur lesquels le groupe joue au Dream Theater- like alors qu'il n'y était pas vraiment obligé), et un psychédélisme massif doublé d'une intensité palpable ("Sharp & chrome", "Golden life"), quelques plans Gojiresques assez déments, les Choletais sont régulièrement très impressionnants d'aisance. Et surtout, sur quelques quarante-cinq minutes que compte l'album, parviennent à ne jamais faire sombre l'auditeur dans les affres de l'ennui. Malgré quelques petites absences de prise de risques notables, sinon quelques facilités, les frenchies donnant parfois l'impression de ne savoir faire que cela (mais dans le même temps d'exceller dans ce domaine), En(d)grave est un excellent exercice de style et même un peu plus dès lors qu'il immerge son auditeur dans des profondeurs émotionnelles prégnantes. On regrettera juste que ces musiciens soient peut-être un peu trop de brillants techniciens se reposant sur ce bagage au point d'en oublier parfois le reste.

Abysse / Chronique EP > Le vide est forme

Abysse - Le vide est forme Avec un format aussi particulier que deux titres de plus de dix minutes, Abysse s'attaque à un public trié sur le volet, patient et envieux d'ambiances explosives. Et quand on est confronté à un tel OSNI (Objet Sonore Non Identifié), autant prendre son temps pour appréhender la bête. Les climats, les ambiances, ça s'installe progressivement, ça se prépare avec patience, pour qu'une fois l'accord joué, tout s'explique, en un rien de temps. Malgré la tâche ardue, Abysse éprouve par son efficacité. Impossible de rester insensible aux progressions de la deuxième moitié de "Deviance", tant l'intensité qui s'en dégage nous fait rentrer dans un chaos émotif. Par leurs questions-réponses, les deux six-cordes racontent une histoire, dont le zénith accablé sonne le glas de l'auditeur. La fin sonne dans une lourdeur assommante, laissant l'imagination gambader vers courbes infinies de mélancolie. Le titre "Deviance" prend alors tout son sens, bande son d'une descente aux enfers et de vains combats. Un voyage auquel "One last breath" donne une suite maniée avec maturité. On a changé de chambre, mais on reste dans la même maison. Le tempo est sensiblement le même, à la différence de l'intensité prodiguée par le quatuor : "One last breath" reprend "Deviance" là où elle a finit, pour porter l'auditeur encore plus loin dans son expédition. La gravité des progressions d'accords est poussée plus loin encore et on a vraiment l'impression d'écouter la bande son de l'Apocalypse. On sent la fin inexorable, inévitable, et pourtant on fonce pour découvrir encore de nouvelles contrées, toutes aussi étonnantes les unes que les autres. Les arpèges du milieu de "One last breath" sont salutaires pour qui veut reprendre son souffle. Mais pas trop longtemps. La batterie reprend un tempo proche du doom, puisant dans des ressources nouvelles pour continuer la marche.
Abysse réussit là où beaucoup de jeunes pousses échouent : on voyage. Après coup, le format du EP prend tout son sens et la musique d'Abysse n'aurait pas pu trouver meilleur vecteur. Le vide est forme est plus qu'un simple EP, c'est un livre ouvert.