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Abraham Abraham c'est qui ? C'est un mec qui vient de la Bible, il a foutu le souk un peu partout, il épouse sa demi-soeur qui est stérile, s'installe près de Sodome et se fait circoncir à 99 ans. Bref, comme c'est pas seulement une rock-star mais aussi un manipulateur adepte du double-speak orwellien à la tête de plusieurs sectes, Abraham c'est un peu le père du judaïsme et christianisme. Et oui, une lecture de Wikipédia en étant bourré ne nous apporte rien du tout sur les lascards en question...
Trêve de conneries, Abraham c'est des suisses (encore !), des illuminés connus précédemment sous le nom un peu moins prophétique de Baron Vampire, avec dans leur rangs le guitariste de Kruger. Les furieux ont joués avec Celane, Knut, Kruger et Mumakil. Au vue de cette brochette de noms, leur style n'est pas vraiment une surprise !
En 2011, le groupe sort un premier album baptisé An eye on the universe via Pelagic Records, histoire de se faire bien remarquer sur la scène européenne, de tourner régulièrement... et de remettre le couvert une grosse année et demi plus tard, toujours par le biais de la même crèmerie avec cette fois The Serpent, the Prophet & the Whore.

Abraham / Chronique LP > The serpent, the prophet & the whore

Abraham - The serpent, the prophet & the whore On va calmer tout de suite les excités du détonateur ayant raté deux/trois visites chez leur barbier syndicaliste préféré (donc comme chacun sait gréviste invétéré), ce n'est pas parce qu'il est fait mention d'un prophète et d'une prostituée dans le titre et dans le contenu du deuxième album d'Abraham (putain on avait oublié le nom du groupe en plus...) que cela doit embraser les deux tiers d'une région du monde. En plus, il n'y a pas dessin d'illustration faisant polémique. Non mais on dit ça parce qu'en plus, les suisses n'y sont pour rien. Ils cherchaient un titre et un concept pour leur album, flânaient sur un marché ou une brocante quelconque et sont tombés un peu par hasard sur un bouquin d'un certain J.G Rawls leur inspirant ce The serpent, the prophet and the whore. Oui le titre on sait.

Le papelard en question a pour titre The chronoception (tu ne sais pas ce que c'est ? tant mieux nous non plus à vrai dire) et parle d'un type sans nom tombé un beau jour du ciel pour se retrouver à devoir ramper à travers les plus bas recoins et tréfonds inhospitaliers de ce monde. S'il n'est pas à proprement parler une réelle adaptation musicale du roman, l'album en est une sorte de métaphore, lui offrant d'explorer ainsi l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus sombre, violent, désespéré et en même temps mystique. Le tout en usant à loisir d'un cocktail sonore particulièrement robuste et bien détonnant que l'on qualifiera de post-hardcore speedé, mâtiné de relents grind/punk bien charnus (en témoigne le salement violent et néanmoins épileptique "Start with a heartbeat"). En matière de hard qui déracine un chêne centenaire, les suisses savent y faire et le prouvent ("Man the serpent" trempé dans un noisecore acide) avant de partir en vrille sur un "The great dismemberment" dément de par sa folie décharnée comme sa frénésie rythmique acharnée.

Si l'on parlait plus haut de l'hyper-susceptibilité de certains dès que l'on aborde la thématique d'un prophète, Abraham met les pieds et les cojones dans le plat sur des titres comme "New king, dark prophet" ou "This is not a dead man, yet" pour lesquels il tranche franchement dans le lard avant de jouer la carte de la lapidation rythmique de premier choix et de balancer les restes aux cochons (oui on a osé...) sur le très cru et sanguinaire "Carcasses". On arrête là les analogies douteuses avant de se prendre une Fatwa sur la tête et on repart s'offrir une petite descente aux enfers, le regard brouillé par des vapeurs d'acide et l'atmosphère littéralement asphyxiante d'un "The chymical fiancé" vicieux et erratique, mais étrangement hypnotisant avec son climax final à la férocité barbare équarrissant les tympans au cran d'arrêt. Un ultime assaut ? Le groupe prépare le terrain avant de se lâcher une dernière fois avec "Dawn"... et ainsi faire définitivement succomber l'auditeur aux charmes vénéneux d'un disque redoutable, au titre génialement polémique par les temps qui courent. Abraham est grand.

Abraham / Chronique LP > An eye on the Universe

Abraham - An eye on the universer Le post-hardcore, le post-rock, on en a soufflé. De parts et d'autres de l'Atlantique, les Isis, Cult of Luna, Kruger ou Time To Burn ont bien labouré les sillons. Difficile de renouveler un style où les groupes font foison et pullulent autant que des morpions, et pourtant... Abraham débarque avec un album qui, s'il n'a de prophétique que le nom, An eye on the universe, n'en est pas pour autant totalement insipide. Loin s'en faut. Autant le dire tout de suite, avec Abraham ça tape dur, ça bourrine même sec, vos tympans vos en prendre pour leur grade, les petites lumières de vos iPods vont voir rouge. Et juste rouge en fait...

Huit titres pour presque trois quarts d'heure de musique, mention honorable, Abraham se laisse aller à des débordement que Kruger a un peu abandonné, déluge biblique, les Suisses remettent les pendules à l'heure. "Astro zombies", commence doucement, le groupe prend le temps de respirer, presque une surprise après l'étouffement orchestré par "Coyote versus Machete", un morceau qui met du temps à venir, mais qui explose en pleine tête, c'est du lourd, du très lourd, une petite mort à lui tout seul. Parmi cet océan métallique, Abraham réussit le tour de force d'assembler des paysages aux influences diverses et délectables, notamment "Saloon bizarre", quelque part entre un Shovel ou un Houston Swing Engine et un Godflesh décontenancé aux allures hystériques.

Le vrai plat de résistance, Abraham le garde pour les patients, les non-adeptes du mode shuffle, après avoir entretenu la tension et construit pièce après pièce une oeuvre à l'ambiance vertigineuse, le groupe lance son courroux sur "Hellsinki", nappes de trois guitares, un trémolo en haut à droite, un palm-muting en bas à gauche, un crescendo à l'attaque étouffé en stéréo, une basse qui souligne une ligne mélodique, une batterie hypnotique, la décharge se produit à contretemps; quand l'orage arrive, c'est l'éclair aveuglant immédiat, un paysage en feu où les ombres dansent, un chant qui prend des proportions inquiétantes. Et que dire de "Baruch" à l'enchaînement presque parfait, un riff un peu irritant, comme une démangeaison sonore, le groupe poursuit la même recette, une guitare en fond sonore qui explose en avant-plan, un chant costaud. Puis le changement d'ambiance, le groupe adore ces coups de butoirs incessants, qui s'espacent finalement, remplacés par une mélopée hypnotique, une volupté musicale légèrement envoutante, guitare cristalline, mélodie en dentelle sur une basse saturée, de la magie à l'état pure. Lorsque l'édifice sonore s'écroule, quelques notes s'échappent au travers une lumière divine; progressivement s'installe un rythme chaloupé, un synthé prend le relais et avec langueur adoucit un spectre sonore bien lessivé.