metal Métal > Aborted

Biographie > Gore(ar)maggedon

Formé en 1995 du côté de Waregem en Belgique, Aborted connaîtra en plus de 17 ans de carrière (à l'heure où sont rédigées ces lignes) bien des bouleversements de line-up dont l'historique intégral prendrait des pages et des pages. Toujours est-il que même si l'on va s'abstenir de parler de tout, on peut revenir sur la biographie express du groupe et sa discographie qui n'a pas pour autant oublié d'être bien fournie malgré ses incessants changements internes. En 1998, le groupe publie ainsi deux premières démos EP (The necrotorous chronicles et The splat pack), lesquels préfigurent alors ce que sera le premier album du groupe qui paraît un an plus tard sous le titre : The purity of perversion. Un split avec le groupe Christ Denied plus tard (2000) et les "Belges" (tous les musiciens ayant ferraillé au sein d'Aborted ne l'étaient pas forcément) affinent un peu plus leur griffe death/goregrindcore sur un deuxième album, Engineering the dead, qui paraît en 2001 chez Listenable Records.
Une écurie métallique qui monte et au travers de laquelle, le groupe sortira deux autres albums studio (Goremageddon : The saw and the carnage done en 2003) puis The archaic abattoir en 2005, un EP entretemps (The Haematobic EP) ainsi que le DVD live The auricular chronicles l'année suivante ; avant de signer chez le poids-lourd européen qu'est Century Media. Une croissance naturelle qui conduit le groupe a sortir trois nouveaux disques entre 2007 et 2012 : Slaughter & apparatus : a methodical overture, Strychnine.213 et Global Flatline.

Aborted / Chronique LP > Global flatline

Aborted - Global flatline Voilà, on y est : le nouveau carnage heavy brutal death grind bien gore d'Aborted débarque comme ses deux prédecesseurs chez Century Media et vient donner un peu de tenue à un label qui a dernièrement multiplié les sorties au minimum péniblement décevantes, aux maximum directement destinées au caniveau (Caliban, In Flames, Iwrestledabearonce, Darkest Hour...). Là au moins, avec le groupe belge, on sait à quoi s'attendre et sans réelle surprise, Global Flatline s'offre une jolie séance de trépanation death/grind brutale et autre équarrissage de tympans sanguinaires, une fois passée la mise en route introductive qu'est "Omega mortis", juste là pour poser l'ambiance.

La suite, avec quelques parpaings sonores du calibre de "The origin of disease", monumentale rouste sonore aux relents grindcore bien salvateurs, ou "Coronary reconstruction" et son séquençage ADN de serial-killer psychotique, met les choses au clair : en gros Aborted a les crocs comme jamais. "Fecal forgery" enfonce le clou : ça marteau-pilonne comme il faut et ce n'est toujours pas mettre entre n'importe quels tympans sensibles. Une épopée barbare mise en musique par un groupe en pleine possession de ses moyens et chez qui on ne sent toujours pas le moindre début de lassitude créative. Non pas que les belges soient foncièrement révolutionnaires mais on n'a jamais l'impression d'avoir simplement un album de plus pour gonfler la discographie comme le compte en banque, ni plus que l'on a le sentiment que le formation de Waregem a perdu de sa verve métallique ("Of scabs and boils").

Une énorme puissance de feu et une tendance au concassage des tympans plus qu'affirmée, Global Flatline est le théâtre de rencontres épiques entre les membres du groupe et des invités plutôt prestigieux échappés un temps de Benighted The Black Dahlia Murder, Misery Index et Rotten Sound, autrement dit pas des tendres. Sans surprise, le résultat est d'une effroyable rugosité, "piloté" par un Jacob Hansen qui a déjà à son crédit des prods' pour des groupes du calibre de Fear My Thoughts, Heaven Shall Burn ou Volbeat, et donne donc à déguster de sacrées maraves métalliques quand le groupe en garde sous la pédale d'effets ("Vermicular, obscene, obese", "Expurgation Euphoria"), voire une boucherie sans nom lorsqu'il décide de lâcher les chevaux et de faire feu de tout bois ("From a tepid whiff", "The Kallinger theory"). En clair, à l'image de son artwork décharné, Aborted vient de livrer un nouvel album gorgé de titres sans pitié ("Endstill"), suintant cette rage incontrôlable et charnue qui a fait depuis bien longtemps sa marque de fabrique. Hard.

Aborted / Chronique LP > Slaughter & apparatus : a methodical overture

Aborted : Slaughter & apparatus : a methodical overture Les enfants sont couchés c'est bon là ? Parce qu'on va causer goregrind-core (t'es mort) au travers d'Aborted et donc de "musique" qui va directement te remuer les tripes, te sortir les entrailles et jouer à la corde à sauter avec. Brutal death vs goregrind, le genre de truc que tu mets à plein volume si tes voisins t'ont fait chier mais que t'évites comme la peste lors d'un dîner romantique (sérieux... tu évites hein). Flashback avec ce Slaughter & apparatus : a methodical overture sorti en 2007 et symptomatique de la petite flopée de disques (albums, EP, splits) bien brutaux sortis par le groupe durant sa déjà "longue" carrière.
La recette est désormais plutôt connue, mais pour ça qui ne l'aurait pas eu entre les tympans un jour, on la remet sur le tapis : riffing death-metal carnassier, "vocaux" porcins, une bestialité de tous les instants mise en exergue par une maestria technique à faire peur, une vitesse d'exécution proprement ahurissante et un univers graphique qui renvoie au cinéma de genre et aux série B, C, D voire Z de seconde zone. Pour les amateurs de heavy qui charcute de la bassine de barbaque sans avoir peur de se salir les mains, les morceaux sont expédiés à un rythme plus que soutenu (normal) et ne font pas dans le détail. Parce que chez Aborted, on arrose méthodiquement et on pose les questions après. Et évidemment pas question de faire des prisonniers. Pour la finesse, on repassera. Problème, l'ensemble écouté à la première fois, bien que toujours aussi primaire, est assez... hermétique, voire difficilement accessible.
L'hyper-violence métallique, érigée au rang de religion par un groupe qui n'a plus rien à prouver et qui ferraille donc avec sa seule envie d'en découdre, fait certes des ravages mais on parfois du mal à accrocher tous les wagons dans le bon ordre. Pourtant, au fil des écoutes (preuve que le genre n'est pas forcément réservé à des groupes bas du front qui reproduisent à l'infini les mêmes recettes éculées) Slaughter & apparatus : a methodical overture dévoile un peu plus ce qu'il a en lui. Et se révèle ainsi comme une "compilation" de ce qu'Aborted sait faire de mieux, le tout étant emballé par une production 4 étoiles signée par un Tue Madsen (tout sauf un manche dans son domaine). Et en filigrane, une trame scénaristique qui colle parfaitement au groupe, à savoir que l'album évoque une société post-moderne dans laquelle les gouvernements auraient bâti des abattoirs pour réguler la surpopulation galopante. Tout un programme...