Transitional - Stomach of the sun En 2008, on découvrait le duo Transitional au détours d'un premier effort : Nothing real, nothing absent paru chez le spécialiste européen des musiques ambient/indus/drone (mais pas que...) à tendance expérimentales (en l'occurrence Conspiracy Records). Moins d'un an et demi plus tard, Kevin Laska et Dave Cochrane ne sont plus seuls aux manettes et ont été rejoints par un troisième homme : Phil Petrocelli, collaborateur habituel de Fear Falls Burning (familier de l'univers de Transitional...) ou Bill Laswell. De duo, l'entité drone/ambient est devenue trio, mais n'en a pas pour autant modifié ce qui fait l'essence de l'univers musical du projet. Sans verser dans la redite, Stomach of the sun (qui sort également chez Conspiracy) est une oeuvre qui semble s'inscrire dans la lignée de son prédécesseur, respectant ses codes musicaux à la lettre (longues nappes drone/ambient+ textures industrielles oppressante+rythmiques obsédantes et contexte déshumanisé), pour mieux les faire évoluer.
Deuxième album oblige, l'immersion au coeur l'univers du groupe est plus ardue que sur le premier. Aride et quasi monochromique dans son approche sonique, "Vacant monolith rotation" est bien délicat à appréhender lors de la toute première écoute. Monolithique au contact immédiat, ce n'est qu'après quelques séances d'analyse attentives et répétées qu'il laisse apparaître une propension à l'amplitude ambient qui vient rompre avec le drone narcoleptique dans lequel il semblait se lover durablement. Bruissement saturé, progressions électroniques, pulsations rythmiques lourdes qui viennent se visser dans notre cortex, après quelques secondes d'errements bruitistes, Transitional met en branle la mécanique. La production est d'une qualité ahurissante, (Kevin Laska est lui-même aux manettes pendant que l'incontournable Justin Broadrick se charge du mastering), les différents éléments harmoniques se déplacent sur l'échiquier musical du trio et "Pyramids" prend son envol. Sorte de croisement instrumental et vénéneux entre Jesu, Godflesh et Nadja, ce deuxième titre scelle définitivement le sort de ce Stomach of the sun.
On comprend alors que le "Vacant monolith rotation" inaugural n'était là que pour nous induire en erreur. Transitional est puissance. Le trio déploie son arsenal instrumental et une capacité de pénétration sonore peu commune. De la fascination, on se laisse tenter par l'obsession hypnotique d'"In my collapse" quand les hurlements sourds et passés au filtre digital de Kevin Laska retentissent. Panoramas de fin des temps, indus mouvant et rythmiques martiales, on se laisse happer par la densité sonore du trio anglais, lorsque "Drowning" parvient à nous faire échapper de cette atmosphère pesante et suffocante qui balise les premiers titres. Mais cette respiration n'était finalement là que pour mieux placer la deuxième vague métallique. Une déferlante sonore qui s'abat sur nos tympans avec l'intense "Blue sky fall" (assurément LE climax du disque...) puis le diabolique "Hideaway". Un chant toujours très en retrait, des arrangements particulièrement élaborés, esquisses mélodiques et textures très travaillées, il n'y a guère que ce premier titre en demi-teinte pour trouver à redire au sujet du deuxième opus des Transitional. "El Baron", l'éponyme "Stomach of the sun" (et son final dantesque), puis "Worst eyes shut" viennent parachever l'oeuvre du trio et il n'y a pas plus matière à critiquer au lance-flamme. L'architecture musicale est d'une robustesse étonnante, les secousses rythmiques ont beau tenter de fragiliser la structure des compositions, les Anglais ont conçu Stomach of the sun comme un disque dont les neuf morceaux ne doivent former qu'un tout, un ensemble complexe, infranchissable mais raffiné, une sorte de mur de son(s), une création à l'onirisme sauvage, à la beauté inhumaine d'une intransigeance rare et palpable. Ultime...