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Biographie > Cette armée silencieuse...

Thisquietarmy Eric Quach est Thisquietarmy // Thisquietarmy est Eric Quach. Un pseudo, une entité musicale, un projet ambient/drone/shoegaze/expérimental mené, un peu à la manière d'un Justin Broadrick avec Jesu et Final ou Aidan Baker avec Nadja, au long-cours, comme un terrain de jeu préféré pour musicien par ailleurs actif dans d'autres projets (Destoryalldreamers, Ghidrah, Mains de Givre, Parallel Lines), mais qui peut au sein de celui-là, trouver l'écho de toutes ses aspirations artistiques, en solo. Seul maître à bord de Thisquietarmy, E.Q en est donc l'âme comme le concepteur, un compositeur/arrangeur/producteur/sculpteur de sons et d'atmosphères particulièrement prolifique qui depuis le milieu des années 2000 a déjà livré une jolie série d'enregistrements, (une petite quinzaine tout de même) sortis chez divers labels indépendants dont (Aurora Borealis, Basses fréquences, Foreshadow Music...).
Pendant les premières années d'existence de Thisquietarmy, Eric Q. mène cette entité comme un projet exclusivement solo avant de le voir "grandir", s'attirer les faveurs d'une communauté d'adeptes toujours plus importante et de franchir le cap de l'expérience scénique. Entre-temps, les sorties s'enchainent à une vitesse folle et chaque nouvel opus marque un peu plus les esprits que son prédécesseur.

Discographie

Wintersleep EP (2005)
Echotone EP (2007)
Unconquered (2008)
Blackhaunter (2008)
Luftpost: EU Tour '09 EP+DVD (2009)
Transmissions EP (2009)
A picture of a picture Split w/ Aidan Baker (2009)
Insomnie à l'ail EP + Drifting​/​Falling EP Split 2xCD w/ Mains de Givre (2010)
Meridians Split w/ Scott Cortez (2010)
Aftermath (2010)
Death (2010)
Valley (2011)
Orange Split w/ Aidan Baker (2011)
Vessels (2011)
Resurgence (2011)
Phantom limbs CS (2012)
Bleeding mess (2012)
Exorcisms (2012)
Aftermath + Setting ashes (2013)
Labirinto | thisquietarmy Split (2013)
Hex mountains (2013)
Blackhauter [Réédition] (2013)
Lonely mountain Split w/ Syndrome (2014)
Rebirths (2014)

Thisquietarmy / Chronique LP > Hex mountains

Thisquietarmy - Hex mountains Se renouveler, poursuivre son cheminement créatif en maintenant une cohérence inébranlable doit être un défi de tous les instants pour Eric Q. aka Thisquietarmy et en même temps une forme de raison d'être artistique, une sorte de seconde peau dans laquelle le canadien se glisse plusieurs fois par an pour devenir sa "créature" sonore. Un one-man-band qui, année après année, maintient un rythme de sorties qui ferait pâlir d'envie les experts de la productivité industrielle européenne. Album long-format, EP au format plus ramassé, split collaboratif et autres enregistrements divers et variés, en sus de performances (le terme n'est pas galvaudé le concernant) live littéralement habitées, le canadien construit patiemment, intelligemment, une œuvre devenant de plus en plus incontournable dans les milieux autorisés.

Quatre nouvelles compositions, couchées sur CD et vinyl, via Denovali Records (comme Resurgence et quelques rééditions LP d'efforts plus anciens), Thisquietarmy prend son temps, maîtrise son sujet à l'extrême perfection et le démontre avec le très impressionnant "From darkness" et ses neuf minutes d'une odyssée sonore partant du silence pour parvenir à un somment d'intensité au terme de longues progressions ambient/post-metal parfaitement équilibrées. Jusqu'à un climax tout en lourdeur flirtant entre sludge métallisé et post-rock clinique pour un résultat qui fait autant vibrer les membranes auditives que les murs. Surtout que la suite est sensiblement du même calibre. Entre un "Wraithslayers", fantômatique et menaçant, qui reste de longues minutes caché au cœur des ténèbres avant de déchirer le ciel lors d'un crescendo terrifiant, et un "Digital witchcraft" fleuve, minimaliste, aussi spectral et chimérique qu'ouvertement obsédant, Thisquietarmy orchestre la visite de son univers musical à sa manière, très particulière.

Et lorsque celle-ci s'achève avec "Spirits in Oblivion", sans doute l'une des meilleures compositions signées Thisquietarmy à ce jour, un morceau qui à l'image du reste d'Hex mountains dévoile le visage le plus tourmenté, parfois même torturé de son auteur, on ressort la tête de l'eau avec cette impression latente d'avoir traversé de part en part des contrées hostiles et fascinantes. Un monde à la fois glacial et grinçant, clairement inhospitalier au premier abord et pourtant par instants visité par quelques éclairs plus lumineux, comme pour apaiser un peu l'auditeur après l'apocalypse proposée par le canadien qui livre sans doute avec cet album l'un de ses, sinon SON chef-d'œuvre. Un disque en forme de dédale sonore souvent insidieusement menaçant, parfois ouvertement frontal dans son expression de violence froide à la fois noire et stridente, magnétique et mystérieuse, d'autres fois plus éthéré et (presque) apaisant. (Très) Classe.

Thisquietarmy / Chronique Split > Labirinto | Thisquietarmy

Labirinto | Thisquietarmy Quand les pépites brésiliennes de chez Labirinto et le petit prince de l'ambient/drone/shoegaze expérimental canadien Thisquietarmy joignent les forces artistiques pour produire un split sorti en CD et LP sous la houlette de labels belge (ConSouling Sounds), brésilien (Dissenso Records) et américain (Pirate Ship Records), on se dit que parfois quand même, la mondialisation a aussi du bon. En encore plus que les Brésiliens se mettent en place sur "Tahrir" (désolé) pour délivrer un post-rock aux arrangements à cordes d'une élégance incomparables. Si ? OK, d'accord, comparable à Godspeed You! Black Emperor alors, mais en mieux (en tous cas que la dernière production du groupe). Un envoûtant mélange d'ambient et de post-rock au service de mélodies flottant en dans la stratosphère, les Sud-Américains sont en apesanteur sur cette pièce inaugural avant de redescendre sur la terre ferme avec le plus massif "Dilivium".

On naviguait jusqu'alors sur des courants post-rock veloutés et aériens, voici la facette la plus "lourde" de Labirinto mais pas tout de suite. L'intro est en effet d'une rare (mais très belle) douceur intimiste et laisse insidieusement mais inexorablement la pression monter jusqu'à ce que les guitares n'entrent en scène et ne déposent une véritable mine post-rock électrique et organique qui enflamme les coeurs fragiles comme les enceintes. Un climax redoutable et la confirmation d'un groupe qui sait décidément y faire en respectant les codes du genre à la virgule près, tout en développant ambiances et motifs mélodiques de premier choix. Mais pas que. Car c'est au moment-même où on les devine capables de livrer un troisième titre apocalyptique (pour le genre), que les Brésiliens décident d'emmener l'auditeur vers des profondeurs ténébreuses... avant de s'offrir un nouveau sommet électrique aux vibrations telluriques enfiévrées.

Qui contraste (mais pas trop non plus) avec les nappes brumeuses et autres bruissements électriques magnétiques de la réponse nord-américaine apportée par Thisquietarmy ("Eclipse"). Un distillat sonore qui, comme à son habitude avec le projet d'Eric Q, se meut dans un univers aux contours incertain, aux atmosphères presque aqueuses, prégnantes ("Paths to illumination") oscillant entre clair et obscur, dans une mouvance shoegaze vaguement dronisante qui ravira les inconditionnels du genre. Surtout quand il monte dans des pressions sonores plus amples et oppressantes ("World protest"), jusqu'à lui conférer un caractère épique cadencé par une rythmique presque martiale et hypnotique, avant de céder à la résignation sensorielle sur un "Abandonment" à la noirceur âpre et dépressive. La plongée en apnée dans l'univers du one-man-band canadien est décidément toujours aussi fascinante.

NB : en prime, l'objet livré en CD dans un élégant digifile est plutôt extrêmement classe (même si on ne peut qu'être surpris par l'étonnant ressemblance de son artwork avec celui de l'album All we love we leave behind de Converge).

Thisquietarmy / Chronique Split > Thisquietarmy | Year of No Light

YONL | Thisquietarmy Sorti au printemps via Destructure Records au format vinyle LP et rapidement épuisé (ça c'est sans doute l'effet YONL), le split réunissant les postcoreux (mais pas que) bordelais et le one-man-band canadien Thisquietarmy a aujourd'hui droit aux joies d'une réédition CD par le biais du toujours excellent et très indépendant ConSouling Sounds (AmenRa, Alkerdeel ou encore Syndrome et Royal Talons...). Un programme forcément alléchant pour un ensemble de 4 titres présentant ce que les sphères indépendantes de l'underground ambient, postcore, sludge et doom hexagonal d'une part, drone/ambient/shoegaze canadien d'autre part peuvent offrir de mieux.

Titres fleuves (entre 8 et 12 minutes trente à chaque fois), atmosphères ombrageuses et sinusoïdes métalliques à tous les étages, Year Of No Light comme Thisquietarmy délivre des pièces dont la lourdeur se veut oppressive, la noirceur saturée, la déviance auditive parfaitement assumée. Même si sur le premier titre du split, "Vous êtes un nada mort marchant autour du visible", les frenchies ne donnent pas tout de suite dans cette violence cendrée au nectar de sang qui a fait sa griffe musicale, avant de s'offrir enfin un climax à la lourdeur postcore baignant dans une mare doom aussi épaisse que prégnante. Le tout est parsemé de quelques éclairs post-rock lumineux et confère au morceau une majesté propre au talent de YONL. Lesquels confirment quelques instants plus tard leur forme olympique sur le divin "Une odeur que je capte quand leur yeux explosent".

Derrière l'arôme romantique mais glauque du titre (allusion à peine voilée au Parfum, roman culte de l'allemand Patrick Süskind) se cache la première des deux collaborations franco-canadienne avec le canadien Eric Quach aka Thisquietarmy. Une pièce qui au royaume évanescent des odeurs, explore avec saveur les affres d'un abîme sonore saturé par les effluves bruitistes de l'ambient/drone fleuve et narcotique des deux entités. Une expérience particulièrement immersive renouvelée pour le final de ce split avec "Langue de feu", languissant, littéralement incandescent de part sa densité sonore aussi organique que palpable et succédant à un "Aphorisms" mettant cette fois en scène un Thisquietarmy en solo. Pour un résultat aux textures drone expérimentales angoissantes laissant ses grésillements souterrains s'emparer de la psyché de l'auditeur dans un souffle presque morbide. Une danse macabre sentencieuse à l'image de ce split CD/LP collaboratif exhalant des senteurs aussi hypnotiques qu'obsédantes. Classe.

Thisquietarmy / Chronique LP > Resurgence

Thisquietarmy - Resurgence Avant (soit il y a en fait assez peu de temps...), Eric Q. aka Thisquietarmy sortait des EPs, split et albums "simples", mais brillants - en témoigne l'excellentissime Vessels - à une régularité affolante. Maintenant, il maintient le rythme, sauf qu'il sort des double-albums, enfin un déjà, sobrement baptisé Resurgence. Mais la qualité ne s'en ressent toujours pas. Tout faire tout seul a donc aussi ses bons côtés. Deux disques donc et pas moins de quinze morceaux réunis sur un digipack 2xCD donc (logique) forcément très réussi puisque made in Denovali Records (Aun, Kodiak, The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble...). On a la classe ou on l'a pas.

Boucles dronisantes, halo ambient ("Rebirth") enveloppant une matière sonore que l'on pressent aller se lover dans des profondeurs drone-doom-sludge rituelles de "Revival", Resurgence est une symphonie post-moderne en neuf actes durant lesquels Thisquetarmy revisite son oeuvre en lui insufflant une puissance d'impact rarement égalée jusqu'alors. On oublie les textures se rapprochant par le passé de Jesu et on file directement observer ce matériau sonore qu'Eric Q. fait virevolter dans des sphères de métal à tendance industrielle. Un peu comme si Fragment. (tiens un autre one-man band....) avait fusionné le temps d'une poignée de morceaux avec un Godflesh soupesé par une association Kodiak vs Nadja du plus bel effet. Mais à la sauce électronique et très sombre qu'un "Renaissance" laisse éclore dans un clair/obscur au bout duquel on entrevoit les premières lueurs du jour.

Cette nouvelle vie que le canadien laisse évoluer de part elle-même en pleine lumière avec "Birds, ashes & fire", permet à la suite de dérouler la bobine drone saturée d'une oeuvre qui flirte continuellement avec l'ombre et la clarté (le très beau "Whispers in the trees"), pour mieux dépeindre un monde inexorablement déshumanisé au sein duquel, l'Homme est progressivement remplacé par la machine ("Mechanical heart"), son âme, par une conscience digitale ("Whirring brain"). Troublant mais pas non plus glaçant, paradoxalement feutré et massif (mais pas que) selon les moments, ("Summer isolation" / "Gone to the unseen"), Resurgence est de ces albums-fleuve qui transcendent littéralement l'oeuvre de leur auteur. Un travail de longue haleine (qui aurait pris apparemment plusieurs années), mis en relief par le mixage de (Sir) James Plotkin (Isis, Pelican, Khanate...) pour un rendu final complètement bluffant... D'autant plus que le second CD de l'album, composé de six autres plages, concrétise un peu plusla mainmise de Thisquietarmy sur un savoir faire de haute précision (bluffant "A call to arms")

La suite (et fin) de ce double album est littéralement étourdissante : du magistral "Waltz of the Mourners" au mystérieux et romantique "Ballade of a shepherdess", en passant par un "Scattered to the wind" ambient et minimaliste, Thisquietarmy s'affranchit progressivement de l'étiquette drone/ambient/doom "standard" pour s'en aller explorer des territoires soniques un peu différents, sur lesquels on retrouve toutefois sa signature, ce, avant le final "The cold vacancy" qui scelle et magnifie en même temps la destinée de ce double-album en forme de chef-d'oeuvre du genre.

Thisquietarmy / Chronique LP > Vessels

Thisquietarmy - Vessels Il y a six pièces d'un même puzzle émotionnel et chaque d'entre-elles est un fragment d'âme, un morceau de la musique d'un métrage inexistant. La bande son d'une apocalypse silencieuse, une vision post-moderne d'un monde en déliquescence ("The pacific theater"). Un univers à part qui, entre ambient, shoegaze, musique industrielle et drone, dissimule habilement une violence insidieuse, derrière des écrans de fumées et surtout se fait l'apôtre d'une oeuvre séminale à l'intensité sensorielle ébouriffante. Vessels, un disque d'une maîtrise absolue, à la fois inspiré dans ses partis-pris et d'une rigueur implacable dans leur réalisation, la mise en scène de ceux-ci. Eric Quach est Thisquietarmy et Thisquietarmy est Eric Quach. L'homme et sa création. La machine et son concepteur, inextricablement liés ("Lost crusades") quoiqu'il advienne.

Un voile de distorsion, un mur de saturation oppressive qui ampli doucement l'atmosphère, le one-man-band canadien sillonne patiemment les territoires musicaux qui sont les siens, en redéfini les limites, en repousse ses propres frontières, quitte à devoir de temps en temps, exigence extrème oblige, s'imposer une petite respiration ("Shipwrecks")... pour mieux livrer le climax de ce Vessels avec un "The black sea"... fleuve. Dix minutes et quelques d'une épopée bruitiste solitaire, parsemée de textures ambient industrielles évoquant une fusion Jesu [vs] Godflesh et de quelques drones chers à Nadja ; Thisquietarmy s'aventure doucement vers des contrées inexplorées. Sa musique, toujours plus organique et modulée par des petites merveilles de programmations ambient/shoegaze, dévoile des trésors de vibrations passionnelles et de cinégénie affirmée ("The spanish galleon"), des climats empreintes d'une fragilité à fleur de peau et une mélancolie insondable en filigrane. Classe.

Sixième et ultime piste de l'album, "New dawn fades" étale sa froideur clinique pendant que son auteur laisse entrevoir une certaine résignation au travers d'un propos rythmé par un désenchantement fugitif, peu à peu assourdissant. Une ode au pessimisme portée par un sculpteur de sons qui semble chercher à se faire l'écho du monde dans lequel il évolue. Thisquietarmy n'est finalement"que" cela, un observateur froidement lucide, discret mais omniprésent, une ombre qui plane sur l'auditeur et l'enveloppe d'un halo de brume artificielle afin de lui faire appréhender son environnement autrement. Par le prisme d'un projet musical qui construit un véritable labyrinthe d'émotions et qui, entre tension palpable et onirisme élégant, se pose en prise directe avec l'âme pour ne plus jamais s'en détacher.