Simulacra - There is a fountain... Néant absolu... c'est à peu de choses près ce qui ressort d'"Unsullied by the touch of time", première des cinq pistes sonores composant ce disque d'ambiant (très) minimaliste aux motivations parfois obscures mais aux quelques fulgurances subliment lumineuses. Mais avant ça, on a ce premier titre et ses quasi neuf minutes d'absence, à peine parsemée de quelques soundscapes elliptiques. Sombre, brumeuses, énigmatique, les atmosphères ici développées par Simulacra peine à capter l'attention, mais quand elles y parviennent enfin, c'est pour emmener l'auditeur dans des territoires sonores où les simples notions d'espace et de temps semblent effacées. C'est bien gentil tout ça mais il faut quand même pas mal s'accrocher pour tout suivre.
Surtout qu'en guise de deuxième plage musicale, Miguel, architecte du projet et accessoirement grand mamamushi de ConSouling Sounds (chez qui sort assez logiquement cet effort), nous lâche quelques vingt et une bonnes minutes d'une symphonie ambient aux contours toujours flous et textures industrielles plus inquiétantes. Quelques volutes de fumée, une "musique" qui ondule lentement tout autours de l'auditeur, Simulacra navigue entre ombre et lumière, clair et obscur, gagnant peu à peu en consistance (l'éponyme "There is a fountain...") et laissant entrevoir au loin quelque esquisse mélodique. Un son, une vibration encore incertaine, puis de nouveau ces éléments sonores disposés tout autours de nous qui semblent nous ausculter pour mieux s'insinuer en nous.
Il y a quelque chose d'inéluctable chez Simulacra, comme une forme d'augure peu propice à l'optimisme béat, les prémices d'un cataclysme à venir, une menace sous jacente qui peu à peu, même profondément enfouie au plus profond de l'inconscient, remonte à la surface pour nous submerger de ses tourments ("In solitary confinement", "I have no blood | I have no heart"). There is a fountain... semble au premier abord assez inaccessible et nécessite un véritable effort d'immersion. Car c'est là une oeuvre aux interprétations multiples pour laquelle son auteur se borne à laisser quelques indications, toujours plus indéchiffrables les unes que les autres, des clefs parfois abstraite mais mais non dénuées d'un certain intérêt, nous permettant de comprendre un peu plus un disque qui paraîtra pour beaucoup assez hermétique, mais intrigant. Ou l'inverse. Ce qui est certain par contre, c'est qu'entre ambient, drone et musique expérimentale, Simulacra n'est pas à mettre entre n'importe quels tympans.