Radius System - Architects of yesterday Il semblerait que depuis quelques temps, le monde de la musique se divise en deux catégories : entre ceux qui ont conscience qu'un album, c'est autant la musique que son support, un visuel de qualité, un packaging étudié. Et les autres dont on ne compte plus les méfaits, aussi laborieux visuellement qu'expédié "physiquement". Les Radius System l'ont parfaitement compris et à l'heure de sortir leur Architects of yesterday dans un joli digisleeve soigné, mettent donc l'objet bien en avant, histoire de donner un peu plus envie de s'intéresser au contenu, après le contenant donc. "Les" Radius System, "le" devrait-on peut-être être dire tant Greg H. est ici au centre de tout, son compère de toujours Axel D. s'étant apparemment fait un peu plus discret, du moins sur cet effort (les deux planchent toujours ensemble sur quantité de projets, visuels, ou musicaux, le dernier en date répondant au doux nom de Kid North).

Radius System, preque un one-man band sur cet Architects of yesterday, oui, peut-être mais ça n'empêche pas le projet de conserver son âme. Et d'aller plus loin qu'il n'était jamais allé dans ses explorations musicales, la faute à un compositeur/producteur/multi-instrumentiste parmi les plus brillants que l'on ait vu au sein de l'hexagone depuis dix ans. Dix pièces et tout un maesltrom de sensations comme de styles, un mélange subatomique de rock organique, de shoegaze brumeux, d'electronica gracile et de cold-wave dopée au post-rock métallique de premier choix, avec même ci-et là quelques fulgurances en "core" pour les moments de tension fugitive. Si "Autopilot" et "Curators" en sont les prototypes, alors "Feed feed connect" en est l'aboutissement et accessoirement l'un des climax de l'album. Dense et habilement construit, les couches instrumentales qui s'y accumulent en même temps que la voix de G.H, comme passée au filtre digital se pose en composante de l'ensemble, sans jamais prendre trop de place. Chez ce Radius System-là plus encore que sur les précédents efforts du projet, le chant n'est "qu'un" instrument de plus, une pièce pour autant essentielle du puzzle artistique développé sur Architects of yesterday, mais rien d'autre. Et pourtant c'est là aussi la clef du projet.

Post-rock et ambient sont au menu du très beau "Siberian winter", un titre évocateur pour un morceau qui ne l'est pas moins, explorant des panoramas éthérés et immaculés avant de s'en aller visiter cette fois des sphères plus pop sur "Air leaks", avec toujourscette griffe inimitable, cette conjugaison d'influences et de styles parfaitement associés pour former un tout qui soit à la fois complexe et évident, cohérent et efficace. Tout est ici dans la bonne mesure, celle qui fait qu'un album est suffisamment dense et travaillé pour que l'on est envie d'aller au-delà d'une simple écoute, sans pour autant perdre l'auditeur toutes les trois séquences au sein d'un même morceau échevelé et de fait, déroutant. L'expérience sans doute, Greg H. au détour de ses mille projets n'étant plus du tout un néophyte dans la construction d'un album long-format (il joue dans, ou a oeuvré /initié Brighton, Dawnshape, Template, Time to Burn, fait du son au sein de son Feels Like Home Recordings et même des vidéos). De manière assez prévisible donc, Architects of yesterday est une oeuvre d'une matûrité évidente, un disque à la personnalité très affirmée et à la mécanique de précision bluffante en termes d'écriture. On pense à "Vacant before" et ses textures (post)métalliques étourdissantes ou à un morceau-titre qui verse dans l'intime par le bais d'une dextérité technique qui en accroit considérablement l'impact émotionnel. En témoigne une dernière fois l'épilogue "Picture goodbye". Comme un dernier tour de piste, définitif (?) pour un "groupe" qui, quoi qu'il advienne, aura existé et laissé une trâce indélébile dans bon nombre de mémoires. Merci.