radius_system_escape_restart.jpg Coïncidence et/ou hasard des circonstances, deux des groupes les plus inventifs de la scène indépendante hexagonale sortent le même jour, leur nouvel album, au format digital et en prônant la gratuité de l'oeuvre. Mutation du marché du disque oblige, entre crise structurelle et absence de développement chez la plupart des labels, MP et Radius System sortent donc leur album le même jour, voilà pour l'anecdote. Succédant à Work in progress, débarqué une première fois de manière totalement indépendante en 2005 puis réédité par le biais du label Several Bleeds Records début 2007, Escape / restart expérimente un nouveau concept pour le groupe : réaliser un album qui peut-être vu comme un véritable projet artistique complet et non plus comme une "seule" oeuvre musicale. En l'occurrence, l'idée est de livrer dans un premier temps les 8 titres de l'album accompagnés de 8 artworks auxquels ont ajoute un visuel "classique", avant de sortir un DVD regroupant les clips de chaque morceaux, ceux-ci une fois rassemblés devant former un film d'une petite cinquantaine de minutes construit autours du concept : Escape / restart. La démarche est audacieuse...
Il faut dire qu'avec cet album, Radius System dépasse largement les limites de son prédécesseur, posant pierre par pierre les bases d'un disque à l'architecture mouvante et à l'émotion brute jaillissant opportunément au moment où on l'attend le moins. "Release chemicals" se charge d'en jeter les premiers jalons, rock alternatif aux discrètes textures électroniques, titre puissant, abrasif, variant les dégradés de couleurs pour mieux mettre en relief les explosions de rage venues du plus profond des entrailles. Crescendo sauvage, mise en abîme, éruptions de guitares, hurlements rageurs qui déchirent la nuit, ce premier titre plonge son auditeur dans un univers musical dont le seul but est de se fixer dans son cortex cérébral afin de ne plus faire qu'un avec lui. La production, faite maison ou presque, est extrêmement soignée, le son énormissime met en relief des arrangements aux motifs complexes et nuances subtiles, sans pour autant éviter d'aller directement à l'essentiel (l'excellent "Bestsellers"). De fait, Escape / restart est de ces albums que l'on peut écouter 10, 15, 20 fois avant d'en avoir saisi la moitié des finesses ("Monochrome")...
Post-rock électro spatial à la 65daysofstatic, aux effluves industrielles et aux mélodies à fleur de peau (évoquant Oceansize ou Amplifier), la musique de Radius System est en liaison directe avec notre inconscient, nous donnant le vertige alors que "Mental guides" nous conduit dans des territoires musicaux qui mettent nos synapses sous tension permanente. Alerte, organique, magnétique, cet alliage musical unique qui nous met face aux fêlures de l'âme ("Impulsion part I" / "Impulsion part II), nous envoûte et accélère sensiblement notre rythme cardiaque. Quand chaque pulsation évoque l'intensité électrique d'une musique qui entre littéralement en fusion sous nos yeux ("Not coming back"), mêlant au sein d'un même magma sonique, beats électro, nappes industrielles et fragments d'un rock stratosphérique et fragile, Radius System atteint des sommets émotionnels... Escape / restart, un concept : s'échapper de son monde, de la confusion des sentiments, repartir de zéro (à la manière du Year zero de NIN), en jetant ses acquis pour revenir à l'essence des choses, à l'appel des sens. De guitares incandescente à une rythmique qui sait se faire évolutive afin de varier les tonalités de couleurs d'un album qui prend aux trippes... En un seul et unique mot : magistral.