Punish Yourself à Dour 2012 Punish Yourself à Dour 2012 Si je ne me trompe pas, vous venez de fêter votre vingtième anniversaire. Que reste-t-il du Punish Yourself de 1993 ?
Miss Z et le nom du groupe, pour être précis. La première année a été un truc à part. Pierlox et moi, on n'est arrivé qu'un an plus tard donc du coup, techniquement, on n'est même pas des membres d'origine. Au départ, Punish avait une chanteuse (Salut Magali !) et c'était du batcave. Des racines qu'on ne renie carrément pas, d'ailleurs, on est né dans le creuset goth toulousain, c'était un milieu génial. Mais ça, c'était avant la guerre, mon bon monsieur.

Avec le recul, êtes vous plutôt satisfait de l'évolution de Punish Yourself en tant qu'artiste ?
En tant qu'artiste, à peu près. En tant que Pokémon, non.

Est-ce qu'il y a des regrets, des choses que vous auriez aimé faire et qui ne sont toujours pas faites au bout de vingt ans ?
Des regrets, ça c'est pas trop le genre de la maison. L'album instrumental, c'est fait ; la bande dessinée, c'est fait ; avoir joué quatre fois à Dour, c'est fait. Qu'est-ce qui manquerait ? Voyons voir... Ah, oui, un disque de salsa goth, ça serait bien. Ou country-doom, ouais. Ou les deux à la fois. Pour l'instant on n'a pas pu trop s'en occuper, mais on a tout notre temps.

Quelle est l'anecdote la plus croustillante qui vous êtes arrivée sur scène ? Il y a bien du avoir un accident avec le feu ou bien les flics sur scène ?
Bizarrement, avec le feu, jamais de gros problèmes. Pourtant, chez moi j'ai réussi à mettre deux fois le feu à mon micro-onde. J'ai fait fondre une hotte aspirante, aussi, ça je crois que c'est mon record pyromaniaque. Ça doit être pour ça qu'on ne me confie pas trop le côté pyrotechnie dans Punish. Avec les flics, à part une fois où on s'était installé pour jouer à l'arrache dans la rue avec un groupe électrogène, on n'a jamais eu trop de différends. Même quand on avait les grilles, on n'a jamais eu le moindre problème. Du coup, côté anecdotes croustillantes, heureusement que les fans sont là pour remonter le niveau. Ça s'est un peu calmé mais à une époque, on ne pouvait pas faire un concert sans voir débarquer une nana ou un mec à moitié à poil sur scène. Voire totalement. Il y a clairement un problème de climatisation dans les salles françaises.

Les concerts sont beaucoup plus "sous contrôle" qu'il y a une dizaine d'années où il pouvait arriver vraiment n'importe quoi, c'est le public qui s'assagit ou les grilles avaient un effet excitant ?
Les grilles, c'était vraiment un truc de malade. Le public ne s'est pas assagi du tout. Si on lui remet les grilles demain, il repartira en couille aussi sec. Ça créait vraiment une espèce d'interface ultra intense, on n'était plus un groupe sur scène et eux un public dans la salle, on devenait juste une espèce de grande tribu hystérique. A la fin des concerts, à l'époque, j'avais l'impression d'avoir été aspiré dans un univers parallèle, et tout le monde pareil, je crois, quand ça marchait vraiment. Et puis c'est devenu petit à petit, ingérable. On n'a pas abandonné parce qu'on en avait marre mais parce que ça devenait de plus en plus compliqué, de plus en plus extrême, ça aurait mal fini.

Ça demande combien de temps de préparation une tournée comme celle de la Zombie Rockerz Party, avec les répétitions de la set-list, la mise en scène avec les artistes, le choix et la préparation des décors. ?
Difficile à dire. J'ai jamais eu l'impression qu'on préparait quoi que ce soit de spécial, pour aucun concert. A part quand on faisait l'Incredible Picture Show, là, vu qu'il y avait toujours un tas d'invités, fallait bien préparer un minimum, mais sinon, on ne fait pas de réunions, on ne réfléchit pas à la mise en scène, il n'y a pas de storyboard. Klodia arrive avec ses idées pour ses danses et ses costumes. Si quelqu'un a une idée pour le décor, il essaie et ça marche ou pas, Steve aux lights amène ses machins et c'est lui qui juge si c'est à refaire. Il n'y a pas de comité de réflexion démocratique, on ne ferait jamais rien s'il fallait réfléchir avant. Enfin, ça c'est pour Punish. En ce qui concerne la Zombie Rockerz Party, il y a eu quelques réunions pour trouver le nom de la tournée, choisir le visuel, tout ça, mais ça n'a pas non plus pris des plombes.

Combien de personnes travaillent sur ce projet de tournée ? Et ce que toute l'équipe est professionnelle ou s'agit-il avant tout d'un projet entre amis ?
Ça doit faire une vingtaine de personnes au total pour trois groupes, rien d'exceptionnel. On n'a pas d'habilleuse, ni de masseur, ni de régisseur général. Ceux qui se maquillent se maquillent tous seuls. Bref, pas besoin d'être dix mille pour gérer ça, ni d'avoir fait l'école du cirque. On est tous intermittents du spectacle, ça doit vouloir dire "professionnels", suffisamment pour que ça fonctionne, en tout cas. Et vu qu'en plus on se connaît à peu près tous depuis une centaine d'années, à traîner dans les même bars, ça aide. Faut dire qu'on était alcooliques amateurs avant de devenir pros.

Vous êtes très souvent sur la route, comment on tue le temps dans le camion ?
Au temps jadis, on écoutait de la musique sur l'auto-radio pourri, Xav racontait des blagues, on commentait les bagnoles qui nous doublaient, on observait le paysage... Dieu que c'était long ! Depuis, grâce aux avancées de la technologie, chacun est occupé dans son coin avec son Iphone, son laptop, son DVD portable pour mater Spartacus, sa tablette tactile multipoint, son tamagotchi, tout ça. Et le temps paraît toujours aussi long. Heureusement que Xav continue de raconter des blagues.

Punish Yourself - Holiday in Guadalajara Le concept de votre nouvel album, Holiday in Guadalajara, tourne autour de la fête des morts sauce mexicaine, ça vous va assez bien. Pourquoi n'y penser que maintenant ?
Parce qu'on ne pense pas beaucoup, en général. Quoique, on avait trouvé ce titre d'album en 2005, en cherchant pour ce qui allait devenir Gore baby gore, on notait tout ce qui nous passait par la tête, c'était quasiment de l'écriture automatique. Il est resté noté sur une liste et a fini par ressortir, comme ça, spontanément. C'est à partir du titre qu'on a mis en place le "concept", bien grand mot, pas l'inverse. Au départ, c'était juste pour le jeu de mot absurde avec "Holiday in Cambodia", ça n'avait aucun sens, aucune intention. Mais c'est vrai qu'il y a pas mal de choses qui m'ont toujours fasciné autour du Mexique, que ce soit le folklore des western-spaghetti, le culte de la Santa Muerte, l'ultra-violence urbaine, le mélange de la tradition révolutionnaire et des cultes précolombiens. Le Mexique, c'est autant Machete qu'Eisenstein, les enchiladas qu'Octavio Paz. Un pays où la vie ne vaut rien, où la mort devient un personnage comique, où les champignons hallucinogènes te font voir des renards sur des pyramides. C'était fait pour nous.

Pourquoi Guadalajara ? A cause du stade de France-Brésil en 1984 ? Parce que le nom sonne bien ?
Le Mundial de 84 a certainement eu une influence inconsciente, on était gamin à l'époque, et entendre les commentateurs essayer de prononcer "Guadalajara" sans erreurs, à peu près tous les jours, et avec des résultats catastrophiques, oui, ça a dû nous marquer. "Le nom qu'on ne peut pas prononcer", ça prend une teinte quasi lovecraftienne. Mais c'est vrai aussi que ça sonne bien. On a toujours choisi les titres des albums sur la sonorité, pas sur le sens - si quelqu'un trouve un sens à Disco flesh : warp 99 ou Feuer tanz system, qu'il m'écrive.

Comment est né ce nouvel album ? Est-ce que vus vous êtes fixés des limites avant de le mettre en boite, tant au niveau du style que des paroles et du concept ?
Si je me souviens bien, au départ, on s'était dit qu'on allait faire un album dance. Genre eurodance. Sans parties space, sans interludes, avec un son plus minimaliste que d'habitude. Au final, il y a bien un certain nombre de morceaux dancefloor, mais à part ça, on n'a pas trop respecté le cahier des charges, il y a des interludes, plein de sons superposés qui se baladent et des passages carrément planants. Comme quoi, on a beau se fixer un cadre, on le respecte rarement. Ça vient surtout du fait qu'on ne compose pas l'album avant de l'enregistrer, mais qu'on commence à enregistrer dès qu'on a des squelettes d'idées, en y retravaillant en permanence. Un album de Punish Yourself en cours de travail, c'est un peu une grosse tumeur qui se métastase dans tous les sens, et qui n'en a pas grand chose à foutre de la direction d'origine. Et pour les paroles, n'en parlons pas, c'est sans doute le truc qu'on contrôle le moins. Le cadre "mexicain" a un peu contribué à construire certaines, "Gunslinger" par exemple, mais je fonctionne trop par association d'idées et par collage pour réussir à suivre une ligne fixée à l'avance.

Ca manque un peu de mariachis sur ce disque, non ?
Ah !?! Pourtant Xav joue de la trompette, on pensait que ça ferait illusion. Peut-être que s'il avait bien voulu se laisser pousser la moustache... Non, sérieusement, on avait attaqué des morceaux nettement plus "mexicains", ou en tout cas typés Morricone/western, mais on n'a pas eu le temps de les finir pour ce disque. C'est pas perdu, il y aura sans doute un disque "chûtier". Pour cet album, on a exploré énormément d'idées qu'on a dû laisser en plan et il est hors de question qu'elles restent à traîner sur un disque dur. J'ai un vieux naturel perfectionniste, assez pénible sur le long terme d'ailleurs, qui me chuchote à l'oreille de ne pas sortir des trucs inaboutis, mais de l'autre côté mon naturel jusqu'au-boutiste me gueule dessus qu'on doit solder les comptes avec le Mexique avant de passer à autre chose.

On y retrouve des titres très "Punish" ("All you zombie") et d'autres plus aventureux, vous faites attention à ne pas devenir une caricature de vous-mêmes ?
On fait surtout attention à ne pas devenir des caricatures d'Undercover Slut.
Déjà qu'on est de zélés imitateurs des groupes qu'on aime comme Ministry, Fœtus, Iggy Pop, White Zombie, Hawkwind, les Cramps, Skinny Puppy, etc etc etc..., si vous cherchez bien vous retrouverez des petits bouts de tout ça dans Punish. On n'a strictement jamais eu d'idée originale, faudrait pas qu'on se mette à imiter ceux qu'on n'aime pas.

Punish Yourself à Dour 2012 Punish Yourself à Dour 2012 Pourquoi avoir repris "Spiders 375 necromancers" ?
Ah, quelqu'un qui connaît la version d'origine ! Pour l'instant, quasi personne n'a fait le lien. L'album de 1969 Was Fine est passé tellement totalement inaperçu à l'époque. Honnêtement, au départ on voulait juste essayer de voir ce que ça donnait d'essayer de le rejouer, parce que laisser un morceau comme ça dans un tiroir ça nous faisait mal au cœur. En deux répets, ça a été une évidence, fallait le ré-enregistrer et l'intégrer au set de Punish. On a essayé de changer des choses dans la structure, mais finalement on l'a gardé assez proche de l'original, parce qu'il était bien comme ça. Le seul petit regret que j'ai, c'est de ne pas avoir eu le temps de la faire avec de nouvelles paroles. J'avais commencé à écrire un truc beaucoup plus chicano mais pas eu le temps de le terminer. Mais je suis dessus pour les prochains live...

Pourquoi ce clin d'œil à la folie de Burroughs ? Ce n'est pas juste parce que ça s'est passé au Mexique...
Burroughs et Punish Yourself, c'est une vieille histoire. Un héroïnomane homosexuel qui tue sa femme d'une balle dans la tête en voulant jouer à Guillaume Tell, c'est, plus qu'un modèle, un dieu. Vu que ce petit incident macabre et malencontreux s'est produit au Mexique, on ne pouvait pas faire l'économie d'une référence.

Sur votre page Facebook, il est noté "Before you ask : yes, we'd fucking love to play in Mexico. Give us the money". Justement, cette phrase m'amène à une question : Qu'en est-il du développement de Punish Yourself dans les pays non francophones ? Êtes-vous du genre super actif pour chercher des tournées loin de chez nous ou vous attendez sagement des opportunités ?
Le problème, c'est l'argent. Aller tourner à l'étranger, pour nous, c'est mobiliser une équipe de neuf personnes qui, au mieux, ne vont pas être payées et au pire vont coûter de l'argent à la caisse du groupe. Aux tarifs actuels de l'essence, des péages et de la location de camions, c'est plus souvent le deuxième cas que le premier, et ladite caisse étant à peu près vide en permanence, on ne peut plus financer ce genre de choses. La dernière fois qu'on est parti loin, c'était au Japon, c'était génial mais ça nous a laissé sur la paille pour un moment. S'il y a un mécène qui est prêt à financer nos déplacements, on est prêt, on part demain. Les propositions sont là mais pas les budgets. Évidemment, si on tenait dans une seule bagnole avec tout le matos, ça serait une autre histoire, ou si on pouvait prendre le train, mais voilà, Punish, c'est une grosse équipe avec pas mal de bordel à trimballer. On ne va pas proposer une version light pour tourner à moins cher, donc, pour l'instant, tout ce qui est un peu trop loin est malheureusement en stand-by.

Pour terminer, j'aurais envie de vous demander naïvement d'imaginer les 20 prochaines années de Punish Yourself.
Si on est encore tous vivants dans vingt ans, dans l'état actuel de la médecine, ça sera déjà une putain de victoire. Quoique, on est un peu comme les mauvaises herbes, durs à éliminer. Alors en vingt ans, on a le temps de trouver des conneries à faire. La tournée acoustique, la tournée pourrie sans maquillage façon Kiss, l'album salsa, "Punish the movie" par Uwe Boll, le livre de recettes de cocktails, ouvrir un centre de formation aux métiers du spectacle, un passage en prison, la découverte de la foi mormone, une comédie musicale en odorama. Ah oui, on pourrait peut-être aussi avoir le FAIR, vu que cette année on est entré dans les classements Ferarock. On se dit que finalement, au bout de vingt ans, tout est possible.