Le premier volume des Rock stories sortira début 2009, d'ici là, on te file des extraits du bouquin en avant-première intersidérale ! Commence par goûter un peu à l'histoire de Punish Yourself...

Pascal Pacaly - Rock stories volume 2 Ce soir-là, je ne peux pas vous dire l'effet que ça m'a fait. J'étais tellement ailleurs, tellement hypnotisé par tous ces flashes, ces couleurs, ces images. Ce groupe, j'en avais tellement rêvé. Et maintenant qu'il était là devant moi, j'en avais les larmes aux yeux. Putain ouais, je sais bien que pour un mec, ça fait gamin de dire qu'on chiale pour un groupe de punk. Mais là, pas possible autrement.
Plus les enceintes répandaient leur musique dans mes veines, plus je sentais le truc monter en moi. L'excitation, l'incitation. Je n'avais plus besoin de me cacher de cette société pourrie jusqu'à l'os. Plus besoin de porter ce costard, de coiffer mes cheveux comme ils le voulaient, eux, mais comme je le voulais, moi. Je m'étais donc fait cette super crête rose et aussi des piercings sur la langue et sur le sourcil. Sapé de mes boots et de mon Perfecto, j'étais redevenu vivant. Enfin.
Au concert, y'avait tous ces mecs et toutes ces filles, genre coiffés comme moi. Mais pas toujours. Sauf que là on s'en foutait. On savait qu'en allant voir ce groupe, ce qui comptait, c'était pas l'apparence, c'était d'être en accord avec soi-même. Et rien d'autre. Ce groupe, si vous voulez savoir, c'est Punish Yourself. Ça sonnait bien comme nom. Je m'étais trouvé plein de significations sur ce que ça pouvait vouloir dire, mais y'en avait qu'une qui avait retenu mon attention. Je me disais qu'en fait on est tous en train de se faire baiser la gueule. Tous seuls, comme des grands. Qu'on est en train de devenir des mutants d'une société dans laquelle on prend du plaisir à être esclave. Parce que maintenus en condition, maintenus en hibernation. Plaisir du confort, plaisir de l'écran ; réfugiés du monde autour, réfugiés de la différence, de la culture et de tout ce qui pourrait nous pousser à réfléchir un peu. Mais plus que l'intelligence ou l'ouverture d'esprit, c'est l'âme qui nous manquait. Pardon, qui nous manque. On va tous crever sans savoir pourquoi et on n'aura même pas fait l'effort d'apprendre de l'autre alors que quoi, si on faisait juste un pas en avant, ça pourrait être drôlement bien. On s'ouvrirait sur des tas de mondes nouveaux et on prendrait du plaisir à être ensemble, à partager, à apprendre. Des mots qui n'ont aujourd'hui plus qu'un vague sens. Mais y'a des résistants. Pas beaucoup mais c'est déjà ça. Mieux que rien. Y'en a qui veulent pas baisser le rideau, qui on envie de rejouer la partie encore une fois. Et Punish Yourself est de ceux-là.
La première fois, ça a été un choc. J'avais vu une affiche d'un de leurs concerts et y'avait ces couleurs flashy fluo et ce dessin un peu zarbi d'un pseudo mec partant en vrille. Ça faisait terriblement underground, comme un message qu'on se refilerait entre initiés. J'avais déjà entendu parler d'eux et y'avait des avis qui partaient dans tous les sens. Du coup, comme ça me les cassait d'entendre les autres raconter des trucs dont, une fois de plus je passais à côté, je décidai de bouger mon cul et d'aller les voir. J'ai jamais regretté. Le bruit, la fumée, les odeurs, les couleurs, le son, putain, c'était un royaume hors de tout ce que j'avais pu connaître. Un trip hors de cette société. Un trip pour planer haut, si haut qu'on voudrait jamais atterrir.
Quand je suis rentré chez moi, je me suis allongé bras et jambes écartés et j'ai commencé tout doux à redescendre sur terre. Vachement lentement. Je voulais pas aller trop vite, histoire que la dose fasse son effet le plus longtemps possible. J'étais encore dans le bus bleu de Jim Morrison, encore en voyage entre ailleurs et les autres. Et c'était bien.
Le lendemain, la bouche pâteuse et les membres engourdis, j'ai filé sous la douche et après je me suis rhabillé des fringues de la veille. Même coupe aussi. J'ai enlevé un peu du bordel sur mon bureau, me suis enfilé mon mars de trois jours et je me suis mis à pianoter sur le clavier. Je voulais tous savoir sur eux, tout. En mode accroc.
J'ai commencé par Miss Z, alias Sandrine, ou inversement.

Rock stories : volume 2 est dispo aux éditions Les Trois Orangers depuis le 20 janvier.