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Biographie > Petits pliages entre amis

A l'origine, Origamibiro & The Joy of Box n'existe que par le biais d'Origamibiro, un pseudo derrière lequel se cache un certain Tom Hill, anglais de son état, musicien/producteur et compositeur de musiques de films multi-formats selon ce qui figure sur son CV. L'entité n'est alors qu'un projet solo studio mais évolue rapidement en un véritable collectif musical et audiovisuel lorsqu'il est rejoint par l'artiste visuel et réalisateur Jim Boxall alias The Joy of Box et le multi-instrumentiste Andy Tytherleigh. Devenu désormais un trio, Origamibiro & The Joy of Box ne se limite plus à la seule production musicale studio pour s'ouvrir à des performances live audiovisuelles, créations visuelles et autres installations interactives.

De ses pérégrinations sonores naissent plusieurs albums : Cracked mirrors and stopped clocks, Shakkei, Shakkei remixed (comme son nom l'indique un opus de remixes de son prédécesseur), lesquels sont compilés début 2014 dans une mini-Boxset CD et LP qui voit le jour par l'intermédiaire du label Denovali Records. La mecque des musiques expérimentales pointues sur le vieux continent, qui se charge également du quatrième opus du projet, Odham's standard, lequel voit le jour au sortir de l'hiver de cette même année.

Origamibiro / Chronique LP > Odham's standard

Origamibiro - Odham's Standard Quelques mois après avoir réédité l'intégralité de la discographie jusqu'alors publiée du groupe avec la mini-boxset Collection, la toujours aussi occupée petite maison de disques allemande Denovali Records (trois ou quatre sorties par mois en moyenne) enchaîne en s'occupant de livrer ce qui constitue le quatrième et donc nouvel album du trio anglo-saxon Origamibiro. Un disque qui, un peu à l'instar de ses prédécesseurs, poursuit ce sillon tracé depuis les débuts du projet dans les sphères du bricolage sonore acoustique/néo-classique et bruitiste. Pour un résultat qui ne peut être pris que dans sa globalité, appréhendé comme un ensemble évident dont il ressort une atmosphère atypique. Comme figée dans une sphère temporelle parallèle à celle de notre quotidien, exaltant les sens en les exposant à des créations sonores fragiles, scintillantes et délicieusement immersives ("Ada deane", "Tinder").

On se laisse porter par les effluves harmoniques magistralement distillées sur l'éponyme "Oldham's standard", les orchestrations subtiles de "Direct voice" et ses cordes qui semblent danser autour de la trame narrative composée par Origamibiro pour la complexifier, la déconstruire, la sublimer à outrance. Et tout cela sans vraiment l'air d'y toucher, les Anglais usant d'un minimalisme relatif afin de ne jamais donner l'impression de forcer leur trait sonore ("The tymphonium", "Pulmonary piano") ni leur talent. Il en résultat un véritable exercice de voltige musicale ("Armistice cenotaph"), parfois légèrement désarçonnant quand on ne parvient pas à comprendre où Origamibiro veut en venir artistiquement parlant ("Raising William"), d'autres fois savoureusement ciselé (l'excellent "Butterfly jar") afin de faire naître des émotions aussi discrètes que précieuses. Entre méticulosité fine, expérimentations maîtrisées et subtilités élégantes ("Feathered"), le trio anglais fait d'Odham's standard une petite pépite d'anticonformisme musical extrêmement séduisante.

Origamibiro / Chronique LP > Collection

Origamibiro - Collection Quand ils signent un artiste relativement confidentiel (parce que souvent extrêmement pointu... et c'est quasi systématiquement sinon toujours le cas) ayant déjà à plusieurs opus discographiques à son compteur, les heureux propriétaires de la petite maison de disques allemande que l'on ne présente plus en ces pages, soit Denovali Records, n'aiment rien moins que rééditer toute ou partie du catalogue de leur nouveau sociétaire. Dans le cas du projet anglo-saxon Origamibiro & The Joy of Box, il y avait déjà 3 albums (dont un recueil de remixes) à l'actif de ce trio basé à Nottingham (les frontières n'arrêteront jamais le label, au contraire, elles le stimulent), que l'on retrouve ici dans une mini-boxset CD ou vinyle sobrement baptisé Collection. Pourquoi faire compliqué ?

3 disques au programme dont le premier Cracked mirrors and stopped clocks a été conçu en solo à l'époque où le projet n'était l'oeuvre "que" d'un seul homme : Tom Hill, sous le pseudo d'Origamibiro. Simple on a dit. Une œuvre compilant une douzaine d'intrigants collages sonores, de petites créations soigneusement bricolées pour instiller des ambiances atypiques, à l'heure où le résultat était destiné à ne jamais sortir de la bulle du studio d'enregistrement pour avoir une représentation live. Entre électro-acoustique, ambient volatil et musique répétitive aux expérimentations bruitistes incertaines ("Unravelled in wreathes", "Noshi", "Poised from the bulb"), l'Anglais invente, conceptualise, fabrique, déconstruit des motifs sonores souvent insaisissables mais également en les parsemant par instants de très jolies esquisses mélodiques.

On arpente les sillons sonores tracés par le sculpteur de sons britannique, devinant ci et là nombre de passages où celui-ci a laissé libre court à ses improvisations, ses nombreuses tentatives bruitistes, ce, même si elles aboutissent parfois à des choses pour le moins déconcertantes ("Dissect ephemeral"). A d'autres moments même un peu absconses sinon stériles ("The last of its leaves", "Unknown the walls") parce que brouillonnes, inabouties. Pour autant, Cracked mirrors and stopped clocks réserve aussi à son auditoire quelques beaux moments de musicalité habilement dessinés. Lesquels viennent se lover dans un minimalisme ascétique à l'élégance feutrée ("Womb duvet", "Gathers in puddles"), comme une beauté diaphane envoûtante ("Remnants", "Vitreous detachment") témoignant de ce que peut offrir Origamibiro quand il est au sommet de son sujet. Avec l'éponyme "Cracked mirrors and stopped clocks" puis la conclusion "No more counterfeit bliss" notamment, deux ultimes pièces de toute beauté, mais qui ne sont en réalité pas grand chose à côté de ce qu'offre la suite...

Shakkei puis Shakkei remixed sont les fruits de l'intense collaboration créative des désormais trois musiciens, compositeurs, créateurs graphique et vidéastes réunis sous le nom d'Origamibiro & The Joy of Box. Le temps a passé depuis Cracked mirrors and stopped clocks et son auteur s'est donc entouré de deux nouveaux collaborateurs ouvrant ainsi au projet un infini champ des possibles ("Impressions of footfall", "Sphaera") pour un résultat dépassant de très loin son prédécesseur. Car si le constat peut paraître d'une simplicité infantile, la réalité n'en est pas moins que Shakkei semble démultiplier à l'envie son potentiel artistique.
Les morceaux ont gagné en densité émotionnelle, en créativité pure. Dans le raffinement apporté à l'atmosphère générale du disque également, mais aussi et surtout à la richesse qui s'en dégage, la puissance évocatrice de ses panoramas sonores (le sublime "Dismantle piece"), Origamibiro & The Joy of Box fait des miracles. Tant du point de vue de ses ambiances ("Ballerina platform shoes") à la fois urbaines et intemporelles que de ses mélodies, à la fois fuselées et organiques ("Quad time and the genius of the crowd") que l'on croirait presque débarquées d'Islande et du studio de Sigur Ros et consorts. En plus expérimental toutefois ("Sedimental value", "Nootaikok"), mais pas forcément pour un résultat moins ébouriffant.

"Flotsam drift" puis le divin "Brother of dusk and umber" en témoignent une ultime et dernière fois, Shakkei est l'album qui fait de ce projet désormais tripartite un quasi incontournable de sa sphère musicale. Entre ambient ouaté, musique acoustique précieuse et néo-classique, Origamibiro livre ici une partition de très haute volée à laquelle il ne manque rien sinon un peu plus de reconnaissance médiatique et publique. Si bien que l'intérêt de Shakkei remixed, le troisième disque parachevant cette mini-boxset qu'est Collection s'en trouve largement diminué. Alors certes, reconnaissons au concept du remix le fait que la musique du trio s'y prête tout particulièrement, mais au final, sachant que cet exercice ne rend que très rarement le résultat meilleur ou au moins aussi intéressant que le matériau originel, on passe rapidement sur l'objet. Ce même si les versions revisitées de "Sedimental value" ou "Flotsam drift" valent tout de même que l'on s'y attarde quelques instants. Puis de toutes les façons, après une telle quantité de titres à appréhender, un peu plus ou un peu moins, on n'est plus à ça près.