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Opak > Chronique LP / Two sleepwalkers on a tight-rope
Opak revient avec un très joli packaging, sobre et intriguant. Après la formidable découverte il y a tout juste deux ans de leur Prolog, c'est non sans plaisir que l'on va s'adonner à nouveau à la difficile tâche de faire part de la magie singulière qui se dégage d'Opak.
Tout d'abord, "Dewa Che" prolonge l'album précédent en amorçant cependant un côté hip-hop ou trip-hop dans les rythmiques electroniques US et les scratches. Des guitares discrètes viennent se superposer au reste. La tension est bien là ; le ton est donné. C'est toujours aussi triste, tendu et sombre.
Opak a décidé de faire son "Epilog" dès le deuxième titre avec une basse jazzy 80's digne des films noirs de l'époque, accompagnée par une rythmique chaloupée. Le morceau prend de l'ampleur, monte en intensité avec brio et avec -comme d'habitude- cette maîtrise et cette retenue qu'on connaît. On le sait, J. Grandjean et A. Sponar ne peuvent se cantonner à un genre ; "Hypoxic" prend donc la relève avec une guitare acoustique, sur une ambiance éthérée plus space rock, et même ici vraiment proche d'un trip hop instrumental à la Massive Attack. Beauté onirique décolorée, rêverie nostalgique, relayée par le saxophone et le clavier B4 d'"Amplitude", space-rock-hop jazzy. Les collages radiophoniques saturés de "Radiomagnet", piste d'abord noise industrielle (j'ai failli penser à Haus Arafna au début !) puis electronica-jungle, témoignent de la richesse de recherches et d'influences musicales d'Opak.
On ne sait sur quelle oreille écouter ; quand "Omen" reprend une direction plus rock, non loin de Tortoise, "Le paysage était d'une beauté scandaleuse", consiste quant à lui, en des collages sonores minimalistes et cauchemardesques (j'ai adoré le sample de "l'Eté Indien" de Joe Dassin), mais Opak réussit bien le pari de garder cette cohérence, cette homogénéité qui lui est propre, malgré des ambiances de genres bien distinctes.
L'apothéose/apodose "Landing" est délibérément sonique, post-rock bruitiste, lancinante, huit minutes de défouloir à la Psychic Paramount qui réunit en un seul instant tous les genres des morceaux précédents. L'écoute de l'album -au casque de préférence- est une véritable expérience musicale ; on pense à de nombreuses références (Re, Exhaust.), mais se dégage une ambiance "bande originale de film" bien particulière et qui sort de l'ordinaire.
Two sleepwalkers on a tight-rope est probablement -même si très sembable- encore meilleur que l'excellent Prolog, et je ne suis absolument pas surpris : les deux petits suisses funambules affirment désormais une retenue, une maîtrise et un équilibre indiciblement riches, encore supérieurs dans les expérimentations artistiques.
Un must-have, donc.
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