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Kawaii : KawaiiC'est après avoir refermé le livre "Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Ministre des libertés policière" de Jean-Jacques Reboux et juste avant de regarder le docu-fiction "Poison d'avril" de William Karel que m'est parvenu pour une première fois entre les oreilles ce mini-cd de Kawaii. Cette première phrase mérite à elle seule bien des explications.
L'ouvrage en question relate l'arrestation abusive de son auteur, victime du jugement arbitraire d'un policier faisant suite à une infraction imaginaire et débouchant sur des violences (physiques et psychologiques) de la part des "gardiens de la paix". Le docu-fiction, lui, se place au coeur du service de la rédaction des actualités d'une chaîne imaginaire (mais si proche de TF1...) les semaines précédent le premier tour des élections présidentielles de 2002, courant après l'audimat et participant de façon (in)directe et insidieuse à la montée du sentiment d'insécurité. Mais, pourquoi vous raconter tout cela ? Tout simplement parce que la musique de Kawaii aurait pu servir de bande-son à écouter lors de la lecture du livre de Jean-Jacques Reboux et souligner quelques passages de l'oeuvre télévisée de William Karel. Enfin, l'appellation de "mini-cd" est on ne peut plus adaptée puisque les 5 titres sont livrés sur une galette de 8 centimètre de diamètre (au lieu des 12 centimètres standards).
Le parallèle entre ce livre, ce film et Kawaii s'établit très vite. Dès "Les oreilles qui chauffent" (la première piste), la musique enfantine, (et pour cause, elle est en partie générée par des jouets) superposée à des extraits de journaux télévisés (violences policières en hausse, un sans domicile fixe condamné pour avoir pris des transports en commun sans payer, attentats en Irak, viols, meurtres, ...) ou de magazines d'actualité (un extrait de discours humaniste) créé le malaise. Ensuite, sur une musique à la fois addictive et enivrante, "An alcohol en "i"" expose le problème de l'alcoolisme, avec intervention de spécialiste et d'alcoolique à la clef. Pendant "Décalage", morceau sur lequel Chapi Chapo s'invite, on souffle un peu. La musique est plus volubile, et l'absence de thème clairement exposé contribue à se laisser bercer par le couple xylophone /guitare. "Draw me an anatomic bomb" (au sympathique jeu de mot) attaque sur les chapeaux de roue : un extrait de documentaire télévisé des années 1950 décrit l'endroit où étaient construites les premières bombes atomiques est jeté en pâture. Avant que la musique de Kawaii ne vienne s'y superposer : un terrible gimmick de guitare côtoie des samples, des claviers et des sonorités intrigantes, le tout ponctué par une boîte à rythmes qui en devient presque chaleureuse. Enfin, si "Kyoto" est un morceau exempt de toute paroles, on comprend bien que le groupe évoque le protocole du même nom et laisse sous-entendre que son application ne semble pas suffisant pour laisser une planète Terre dans un état acceptable en proposant une sorte de requiem contemporain, captivant et émouvant.
Kawaii est un "concept-mini-cd" (à défaut de concept-album), un poil à gratter qui se permet de coller ses instrus sur des documents sonores pas forcément très roses, à la manière de certains interludes ou introductions de morceaux de rap ou de punk. Le procédé fait penser à "La rue qui gourverne" de Masnada (mise en musique d'un message sur le répondeur de l'émission "Là bas si j'y suis" de Daniel Mermet sur France Inter) ou à Michael Moore qui passe un tube rigolard des Beach Boys sur des images d'un sinistre achevé. Les paroles ajoutées par le groupe, peu audibles, contribuent au développement de cette atmosphère cotonneuse bien que parfois insalubre.
Enfin, je n'ai que très peu évoqué l'aspect musical de l'objet, à la faveur de son message et de son dispositif. Quelques mots pour vous dire que Kawaii synthétise l'ensemble de ses influences : des portions remaniées de Dragibus, Eliott Smith, Ez3kiel ou People On Holiday par çi mais aussi des soupçons de Dionysos, La Phaze ou Freedom For King Kong par là pour créer un excellent "bazar électro-pop-rock-hip-hop fantaisiste" (merci la bio !) mais conscient de son époque.
Apparemment frappé du syndrome de Peter Pan, les 2 Kawaii sont des adultes qui refusent d'accorder leur consentement au monde tel qu'il nous est imposé et préfèrent choisir une subversion millimétrée que la fuite pure et simple. Bravo !

Rémiii
Janvier 2007

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Par léa le 25/01/08 à 17:24

[-] Pas de sujet

en effet, c'est surprenant et très bon

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