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Biographie > Interpol interloqué

Rimshot et Dragondaz sont Interlope. Tous deux co-pilotes du groupe, le duo gère ses affaires depuis une petite dizaine d'année. Les tripatouilleurs de boutons en tout genre et sous toutes leurs formes (parfois épaulés de DJ Resda, Black Sifichi, Mc Jamalski ou encore Mc Sk, selon les besoins), possèdent une discographie plutôt bien fournie. Après avoir sorti ses premiers maxis vinyles Randomized (2000) et In my control tower (2001), collaboré à l'ultime piste de Prepare to reactivate de Oneyed Jack (2001), l'hydre à deux têtes se préoccupe du sort d'un nouveau maxi vinyle (Sector closed en 2002) puis participe aux diverses compilations du label Jarring Effects (dont le groupe est très proche) : How do you sleep ? (2002), Burn babylon burn (2004) et Audioactivism (2006). Pendant ce temps, la formation ne s'est pas tourné les pouces et a aussi dégainé Lo pitch (avec Jamalski en 2003) et Perce-oreille V2.1 (en 2005), deux nouveaux maxis. Le duo ne se contente pas de travailler de façon distendue (dans le temps) et sait aussi publier de "vrais" albums. Talk to the beat est paru en 2002 puis ce fut le tour de Chip jockey en 2003. En 2004, histoire de récapituler le passé commun de Rimshot et Dragondaz chez Jarring Effects, paraît une compilation comprenant des titres des maxis précédents (Computer selecta 2001-2004). Dans la foulée, l'excellent album Electrified sort chez Expressillon. Après une grosse tournée (salles, festivals et afters confondus) en 2005, le groupe lâche un titre sur une compil' (Projet carré) en 2006 et ses membres remixent plusieurs titres de High Tone sur Re-processed #1 (2006). En mai 2007, c'est toujours sur Expressillon, l'autre écurie favorite de Interlope, que paraît le dernier album en date : Petits arrangements entre amis.

Interlope / Chronique LP > Petits arrangements entre amis

Interlope - Petits arrangements entre amis L'anti-sectarisme primaire du W-Fenec vous en aura fait voir de toutes les couleurs mais, je peux vous assurer qu'il vous (nous) en reste un sacré paquet à découvrir... Cette fois, le webzine à la langue bien pendue et aux oreilles toutes déployées va s'aventurer dans les câblages, les séquences et autres sons triturés d'un duo produisant un breakbeat à tendances drum'n bass en toute impunité depuis quelques années.
En voyant la pochette et le titre de cet album (un pastiche de Petits meurtres entre amis, le film), on est en droit de se demander si il ne s'agit pas d'un (quasi)concept-album, dirigé par un scénario digne d'une production cinématographique. Impression confortée à la lecture de la fiche promotionnelle (au ton grinçant) et à l'examen des titres des morceaux. La tablée de businessmen semble surprise que quelqu'un, non inscrit sur la "Guestlist", vienne interrompre les débats ("Faites entrer l'accusé"). Et il est aisé d'imaginer une suite d'évènements autour d'autres pistes : chaque hôte essayant de savoir qui est l'autre ("Who's who ?"), puis la discussion s'axe sur la manière de mener le Monde ("New world order"), avant que chacun ne développe ses plus fines stratégies de corruption ("Acheter un homme (dirty aerobic mix)") ou n'explique comment se débarrasser d'un perturbateur (Break it down like this). Et tout cela sans une grande dispersion de paroles.
Ce n'est pas parce qu'ils usent peu du chant (déversé par un troisième larron, Sk, sur deux pistes) que les associés ne portent pas de messages, bien au contraire. L'hypothèse développée ci-dessus étant là pour démontrer la verve de Interlope. Et une verve qui passe par des tripatouillages de faders dans tous les sens, des transfusions de cristaux liquides et de bits, des lancements et des rattrapages de séquences en plein vol ou encore des changements de tempos tranchés et d'ambiances taillées au décibel près.
Après une entrée en matière fracassante ("Guestlist"), Interlope ne met pas longtemps à exposer ses talents et à poser ses jalons de façon à rendre sa touche facilement reconnaissable ("Faites entrer l'accusé"), quitte à faire un clin d'oeil ou deux à ses productions précédentes. Loin de tomber dans la techno binaire et stupide ou de se faire méprisant avec de vaporeuses nappes électros sans sens, Interlope interloque, interpelle, intervient aussi souvent que possible pour créer la surprise. Le duo excite les BPM avec subtilité ("Airborne", "Psychofacism"), temporise habilement ("Who's who ?"), garde aussi à l'esprit la nécessité de donner de bonnes phases drum n' bass et démontre ses aptitudes de générer quelque chose de plus abstrait ("Break it down like this").
Si les termes de "break-beat" ou de "drum n' bass" ont du mal à coller à ta matière grise, peut-être que les identités de Doctor L ou L'Oeuf Raide t'évoquent quelque chose, et dans ce cas, dis-toi qu'Interlope navigue dans ces eaux-là et si, il y a quelques années, tu t'es égaré sur le maxi de EDA & Chris Wünj, "Chill factor" semble en être une prolongation possible...
Mises à part des apparitions de Sk et quelques voix samplées (celles si sexy de "Think"), l'ensemble du travail fournit par Dragondaz et Rimshot est évidemment digital mais ne devrait pas trouver trop de mal à résonner en salles et en fin de soirée de festival. Puisque Petits arrangements entre amis est un véritable guet-apens dont le nombre d'otages se doit d'être exponentiel (comme les cours de la bourse, bien sûr !).