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Biographie > Ethno dub

Le groupe s'est formé au début des années 90. Formation dub instrumentale (guitare, basse, batterie, clavier, DJ) explosant les barrières des genres, High Tone multiplie les influences : du dub 70's, aux musiques électroniques, en passant par le hip-hop, le reggae, les musiques orientales, la jungle, la drum'n'bass. Un style que les cinq musiciens d'High Tone définissent eux-mêmes comme de l'Ethno Dub.
Après plusieurs maxis autoproduits, leur premier album, Opus incertum, sorti en 2000, est une révélation en France, et bientôt en Europe. Sur scène, les Lyonnais lient mix audio et mix vidéo et se font très vite une réputation sur scène.
En 2001, leur deuxième album, Bass temperature vient enfoncer le clou avant la sortie en 2002 de Acid dub nucleik. Fort d'une réputation hexagonale désormais bien établie, le quintette sort en 2003 une galette commune avec Kaly live dub, Kaltone, puis avec Improvisators Dub en 2004, Highvisators.
Ils sortent la même année un album live, témoin de la fureur déclenchée sur scène.
En 2005, High Tone sort sa cinquième galette, Wave digger.

Interview : High Tone, Interview au ton élevé (avril 2014)

High Tone / Chronique EP > Ghost track

High Tone - Ghost track Le nouveau vinyle EP d'High Tone d'un tirage limité à 300 exemplaires arrive un an après la sortie du dernier album Ekphrön. C'est lors des sessions studio de ce dernier qu'est apparue la base sonore de Ghost track. Pas assez mature à l'époque, le groupe a repris cette matière première pour la travailler et en délivrer quatre titres absolument fascinants. Comme cette pochette glitchée faite de noir et blanc évoquant l'apparition de ces morceaux fantômes. La révélation débute par un "Ghost tape" totalement psyché serti de sonorités tout droit venues des années 70, une ambiance pesante et progressive qui nous plonge dans le dédale. Un soupçon de lumière apparaît sur "Mercy", le rap d'Oddateee fait surface, insidieusement glaçant et frontal, il suit la vague sonore spectrale proposée par High Tone faite de bidouillages, d'effets, de nappes et de scratchs. Les Lyonnais sont déjà au top qu'ils enchaînent sur "All this things", soit un dub ombragé où s'expriment des synthés éparpillant leurs effluves 80's. La formation termine son œuvre par un saisissant remix de "72' turned off", titre paru sur Ekphrön. Intitulé "72 returned", ce morceau ajoute un esprit profondément cafardeux avec des guitares abrasives se fondant dans un espace aérien où volent en éclats les sons de claviers pendant que des chœurs féminins flottent brièvement dans ce capharnaüm sévèrement organisé. Même en mode EP et 18 ans après sa formation, High Tone arrive encore à nous surprendre par sa volonté de repousser chaque fois ses limites. D'une classe folle !

High Tone / Chronique LP > Ekphrön

High_Tone_Ekphron A la fin janvier, High Tone annonçait l'arrivée d'un sixième album, en présentait dans le même temps son hallucinogène mais plaisant artwork, rapidement suivi d'un single intitulé "A fistful of yen". Le morceau en question résume à lui seul ce que représente cette formation aujourd'hui : être capable d'introduire en un seul jet de cinq minutes des atmosphères sonores totalement opposées, tel un véritable grand huit. Incartades électroniques surpuissantes et suavité insoupçonnée au programme, un cocktail pas toujours facile à avaler pour le quidam. On devine au loin certaines personnes grincer des dents : "Oh non, font chier à foutre des wobble bass partout !". C'était vraiment mal connaître les lascars parce qu'avec Ekphrön, les Lyonnais n'ont jamais autant usé de leur liberté artistique. Pour preuve, quelques temps plus tard, c'est au tour d'"Until the last drop" de venir faire résonner la toile avec un clip animé de très bonne facture, un morceau traitant d'écologie qui vient prendre le contre-pied du premier single en s'imposant tel un "hit": un morceau entêtant, percutant, groovy où les vocalises de Shanti D croisent une salade de bidouillages électroniques. Comme quoi...

Ekphrön signifie littéralement "hors d'esprit" en langue grecque. Pas étonnant au regard du contenu de ce disque qui correspond à un long voyage introspectif sinueux et aventureux. A commencer par son début assez saisissant mais inhabituellement placide. "Basis" nous égare dans une cavité où des gouttes d'eau tenant le rythme de façon inégale laissent entrer progressivement les notes vaporeuses de violoncelle du talentueux Vincent Ségal de Bumcello (mais pas que !). Lequel s'exprime au gré du vent et des triturations électroniques du quintet. Surprenant, d'autant plus qu'"All expectations" poursuit l'ouvrage en ce sens, le morceau s'accommodant dans un univers ambient séraphique pas loin de l'electronica. Le monstre se réveille sur "Wahqam saba", un titre hanté d'ondes orientales où le oud rencontre des tensions électriques faisant apparaître l'ombre d'un chant fantomatique. High Tone démontre qu'il n'a définitivement pas enterré ses influences world urbaines et récidive avec "Raag step" qui, comme son nom l'indique, mélange assidûment la musique indienne classique au dubstep. Cette réussite colore un peu l'esprit et complète la palette de ce qui s'est déjà fait dans le genre avec des artistes comme Talvin Singh ou State of Bengal, même si la manière de mélanger les styles est totalement différente.

La moitié de l'album est déjà bien entamée que "72' turned off" réveille en nous ces savoureuses escapades post-rock évolutives, scratching en sus, malheureusement entachées par des suites de notes de claviers un peu trop présentes au mix. "Old mind", dans un style orienté hip-hop, convie l'habitué Oddateee à venir déverser son flow sombre sur une structure très froide aux rythmes crus et à la frappe chirurgicale. La fin de ce voyage s'effectue en douceur avec "Super kat", une chanson en roue libre, indomptable, qui renoue avec un schéma dub-rock. Fait rare tant High Tone n'a jamais été aussi éloigné de la scène dub avec Ekphrön. On reprend progressivement ses esprits après trois quart d'heure d'immersion en ayant l'impression que cet album est incomparable avec le passé discographique du groupe, même si la touche des Lyonnais est évidemment aisément reconnaissable. Avec ce nouvel album, le quintet vient de réussir son pari, qui avec le temps devient de plus en plus difficile dans la vie d'un groupe : se réinventer.

High Tone / Chronique LP > High Damage

High Damage Jarring Effects nous a habitué depuis plusieurs années aux collaborations les plus diverses de ses artistes (on se souvient notamment d'un Ez3kiel | Hint d'illustre mémoire). Ce fut également le cas d'High Tone (avec Wangtone, Kaltone, Zentone et Highvisators) et des Brain Damage, qui, eux, ont fait davantage appel à des voix assez atypiques tels que Black Sifichi, Mark Stewart ou Sir Jean du Peuple de l'Herbe et ex-Mei Tei Shô. Vers la fin de l'année dernière, on apprend le départ de Raphael Talis, le bassiste de Brain Damage, laissant du coup orphelin Martin Nathan, seul au commande du son de cette machine électro-dub passionnément fiévreuse. Un petit coup de fil de la part des High Tone à Martin et la réponse se fait sans équivoque : "J'ai failli attendre !". Ca s'appellera High Damage. Quoi de plus logique !

Un peu comme chacun sait, une rencontre entre Lyonnais (High Tone) et Stéphanois (Brain Damage) pourrait très vite tourner au vinaigre mais, en se référant aux solides œuvres des deux entités et au respect mutuel qu'elles ont l'une envers l'autre, le challenge ne pouvait que susciter l'intérêt. Leur dénominateur commun est le dub, on le sait, mais chacun apporte sa spécificité à l'autre et vice-versa. Globalement, on reconnaît en Brain Damage ses structures de rythmes lourds en balancement et à ses kicks dévastateurs portés par des voix samplées, tandis qu'High Tone, en tant que groupe, peut très bien passer d'un dub classieux où la batterie est très présente à des bidouillages électro expérimentaux sur lesquels le dubstep et le grime peuvent se faire une place. Grosso modo, c'est ce qui vous attend sur ce High Damage de très haute tenue.

Un bouillon sonore qui justement permet, par exemple, de :

- de se détendre par l'univers zen de "The Dawn", morceau inaugural qui sied parfaitement à une séance de massage,
- goûter à la noirceur d'un "Nuclear ambush" ou d'un "Brain tone", mix parfait entre du vieux High Tone et du Brain Damage plus récent,
- vibrer sur le riddim de "Shake up" avec les performances vocales de Zeb McQueen,
- se faire hypnotiser par "ZZZ", qui porte bien son nom pour le coup
- de planer sur l'aérien "The midday sun", pas loin d'une tentative post-rock
- de se fracasser le cou en suivant le nombre de BPM de "Dub on tune in and drop out"

High Damage est un projet qui flair bon la création, l'émulation, l'ouverture d'esprit et le professionnalisme de par les soins apportés à la production. Pouvait-on réellement en douter en connaissant ces 2 figures de l'électro-dub hexagonale ? En tout cas, cette scène prouve une nouvelle fois qu'elle fait encore de gros dégâts, dans le bon sens du terme.