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Biographie > Final (countdown)

final_promo.jpg Premier "groupe" connu de l'hyperractif Justin K.Broadrick (Fall of Because, Godflesh, Jesu et une bonne quinzaine d'autres...), Final est en réalité le projet solo que l'anglais mène dans son coin depuis 1982, il avait à l'époque 13 ans. Se résumant au départ à des vagues explorations sonores et autres bidouillages électroniques, l'entité Final a pris un peu plus de consistance au fil des années, le succès de Godflesh aidant, alors que Broadrick multipliait les collaborations musicales diverses et variées. Après quelques cassettes vaguement distribuées dans son entourage musical plus ou moins proche, c'est en 1993, que le premier album de Final (sobrement baptisé One) paraît via le label Sentrax avec notamment en guests Nick Bullen (Napalm Death), Paul Neuville (Fall of Because, Godflesh) et Andy Swan (Iroha). Un an et demi plus tard sort en vinyle 2 titres dispo à quelques 1000 exemplaires et baptisé Flow/openings et qui voit notamment la participation de G.C Green (Fall of Because, Godflesh).
L'ambient développé par Final est expérimental à tel point que certains le considèrent comme invariablement léthargique. Justin Broadrick semble alors avoir trouvé son rythme et donne une suite à One, intitulée Two, puis un EP Solaris et un nouveau 2 titres vinyle (Urge/Fail). En 1997, sort un album baptisé The first millionth of a second puis silence radio jusqu'en 2001 où le natif de Birmingham enregistre les premiers titres de Three, qui ne verra le jour qu'en 2006 via Neurot Recordings. Entre-temps, Godflesh a été sabordé par Broadrick himself et l'anglais se partage désormais en Jesu, Grey Machine et Final (et quelques collaborations et remixes divers...). 2007 est une belle année pour le projet Final puisqu'il enregistre 4 nouvelles sorties avec les expérimentaux et partiellement improvisés Infinite Guitar 1/ Infinite Guitar 2 et Guitar & Bass I& II via le label de JKB : AvalancheInc.. En 2008, sortent deux nouveaux efforts : Afar et Fade away. [ [fr] en savoir plus...: Focus #1 (25 hits)External ]

Dossier : Final, Justin Broadrick, le stakhanoviste de Birmingham

Final / Chronique EP > Fade away

final_fade_away.jpg Sorti fin mai 2008 en téléchargement exclusif via le label de Justin Broadrick, Avalanche Inc., Fade away fait suite aux 4 efforts expérimentaux publiés six mois auparavant (Infinite guitar Vol. I& II et Guitar & bass improvisations Vol. I& II) et précède de quelques petites semaines la sortie du LP Afar. Quatre titres au programme et quatre nouvelles pièces fleuves (de 8 à plus de 18 minutes) qui marquent une petite rupture dans l'oeuvre de Final, ou plutôt un retour aux débuts discographique du projet et à l'album One. Après plusieurs efforts très (trop ?) expérimentaux qui avaient su repousser les limites de son concept pour finalement nous perdre un petit peu en chemin, dès "Old soldiers", le morceau le plus long de ce Fade away, c'est l'impression d'être revenu quelques quinze années en arrière à l'époque de la sortie du tout premier essai discographique de Final qui prédomine. Les nappes synthétiques qui jouent avec les limites temporelles, semblent étendre l'espace qui s'ouvre dans l'imaginaire pour mieux instiller des esquisses mélodiques qui traversent les méandres de notre psychée. "Never die" accentue cet effet. Minimal, il évoque des territoires désertiques encore quasi inexplorés. Des terres arides c.f : l'artwork de cet effort), des panoramas étranges illustrés par l'énigmatique "They just". Les sons s'agglomèrent et ne forment plus qu'un ensemble "onvi-esque", aussi déroutant qu'énigmatique. Sybillin, Justin Broadrick semble de nouveau reparti dans les délires bruitistes abscons de Two et Solaris avant de se reprendre sur l'éponyme "Fade away" et son atmosphère ambient industrielle distillée sans retenue. Deux morceaux particulièrement réussis, deux autres un peu moins aboutis, Fade away est un EP qui peine parfois à garder une ligne de conduite claire et précise, mais qui, quand il le fait, parvient dans la nébuleuse ambient spatiale, à créer des ambiances hypnotiques à souhait.

Final / Chronique LP > Three

final_three.jpg Après l'EP Solaris, Justin Broadrick a poursuivi ses explorations sur The first millionth of a second sorti en 1997 avant de mettre de côté le projet Final, ou tout du moins d'un point de vue strictement discographique. Et ce n'était sans doute pas plus mal ne manqueront pas d'ajouter les plus réfractaire à l'univers ambient/mood minimal de l'anglais. S'ensuivent alors neuf années de silence, pendant lesquels Broadrick, bien que largement accaparé par Godflesh, Ice, The Sidewinder ou Techno Animal passe pourtant régulièrement un peu de temps à bosser sur de nouvelles compos en vue d'un troisième album long-format. Celui-ci débarque donc en 2006 et s'intitule très sobrement Three. Et pour le coup, JKB n'y va pas de main morte puisqu'il dépose entre nos tympans un double album garni de pas moins de 27 morceaux.
Alors verdict. on ne fait pas durer le suspens, ce nouvel effort est supérieur à Solaris et Two. En même temps, ce n'était pas bien difficile. L'ensemble est toujours basé sur un principe de répétitivité, très orienté ambient rituel et aux ambiances narcotiques, sinon narcoleptiques ("The light orchestra", "The hollow"). Des atmosphères spectrales ("Little pictures"), une brume sonore qui laisse entrevoir des ersatz de mélodies éthérées ("We glowed") et une certaine propension à jouer avec les titres de ses morceaux pour mieux dérouter l'auditeur (un "Eden" psychotique, un "Golden" aux éclats particulièrement dissonants), Justin Broadrick poursuit les explorations (et délires.) des précédents efforts de Final avec plus ou moins de succès. Quelques ratés (forcément dans le lot, ça devait arriver.) et on passe donc sur l'agaçant "Negative south", l'oppressant et sursaturé "Laughing stock", l'énigmatique et abscons "Spinning top" ou l'infâme "Not real" (sans parler de "Long wave"), pour mieux s'attarde sur l'élégant "Covered" par exemple. Sur le bien nommé "Confusion" ou l'extatique "To the heavens" également. Parfois fascinant, d'autres fois plus autistiques sinon à peine supportable mais toujours expérimental, Three est un double album en forme d'espace d'expression musicale et laisse une liberté totale aux interprétations les plus diverses et variées. Attention tout de même, écouter Final en boucle peut avoir quelques incidences sur la santé mentale.

Final / Chronique EP > Solaris

final_solaris.jpg Après un très décevant deuxième album, Justin Broadrick enchaîne avec un EP composé de quatre titres, ou plutôt quatre plages sonores, ambient, bruitistes et absolument minimalistes. De longs (interminables ?) tunnels musicaux aux entrelacs elliptiques dans lesquels l'anglais tente en vain de nous guider. Rien n'y fait, même avec toute la bonne volonté du monde, on se perd dans des dédales sonores aux issues bien incertaines. D'"Arise" au très court titre éponyme de cet EP (1 minute et 23 secondes seulement), on cherche la lumière, on explore les moindres recoins de cet univers étrange se nourrissant d'abstractions. Sans grand succès. Que cherche à faire Broadrick ? Sans doute est-il le seul à avoir la réponse. Peut-être a-t-il voulu écrire sa propre bande-son du film Solaris du cinéaste russe Andrei Tarkovski, une ode métaphysique de science-fiction adaptée du roman Stanislav Lem. Un film qui pose les bases d'une profonde réflexion sur la dualité science/conscience et qui développe une question : l'homme a-t-il réellement la capacité de comprendre les enjeux de l'univers ? A défaut d'univers, même en réduisant la voilure à cet EP, le constat est sensiblement le même : sans doute que non, ou tout du moins, pas toujours. Et si "Light" nous plonge dans la perplexité, seul "Dying star" parvient à nous sortir de notre léthargie. Boucle hallucinée, abstract électro tortueux se muant lentement en un ambient stratosphérique avant de mettre un terme à cette expérience sonique dans un final drone noise aux larsens fulgurants. Vingt huit minutes et des poussières de bizarrerie sonique échevelée. Une réussite, la seule de ce Solaris dont on ressort avec l'impression d'avoir assisté aux expériences les plus bruitistes d'un compositeur hors pair, mais enfermé dans un laboratoire de recherches musicales sans fenêtre et qui finit par perdre un peu le fil de son cheminement artistique. Ascétique, exigeant (chiant diront-certains et ils n'auront pas toujours tort), après deux albums et un EP, force est de constater que Final commence à tourner sérieusement en rond.

Final / Chronique LP > Two

final_two.jpg Comme s'il avait ressenti un malin plaisir à s'amuser des difficultés qu'auraient les journalistes et mélomanes avertis à retranscrire exactement les titres des morceaux du deuxième album de Final, Justin Broadrick, les a signalés par des suites de signes de ponctuation, histoire d'enlever tout superflu au contenu musical du disque. Des noms de morceaux que l'on ne retranscrira donc pas ici, par souci de lisibilité, le reste étant déjà assez nébuleux comme ça. Dans cet ordre d'idée, il a également réduit la notion d'artwork à sa plus simple expression, la rendant délibérément inexistante pour se concentrer sur l'essentiel... Et là problème. Car si, musicalement, Two, repousse allègrement les limites de son prédécesseur, après quelques 72 minutes d'écoute, le résultat laisse pour le moins circonspect.
Au-delà des frontières du musicalement accessible, le distillat sonore obtenu par Broadrick joue sur le sentiment de répétition, la peur et/ou fascination du vide. Complètement parti dans ses délires métaphysiques, l'anglais perd peu à peu le fil de ce qui avait fait la réussite du premier album de Final et fini par nous égarer complètement en route, pour peu que l'on sente encore le bitume sous nos pas. Malgré les participations de G.C Green (Godflesh) et Dermot Dalton (Cable Regime) sur trois titres, l'ensemble ne décolle jamais vraiment et suscite au mieux un ennui poli, au pire un rejet viscéral. Plus spécieux que spatial (contrairement à One), abscons au lieu d'être inventif, ce deuxième album de Final voit son maître d'oeuvre s'enferrer dans des circonvolutions ambient électro complètement déconcertantes. Stérile.

Final / Chronique LP > One

final_one.jpg Retour en arrière : nous sommes en 1993, après trois albums, un éponyme, Streetcleaner, puis Pure, Godflesh a balayé la scène metal industriel d'un revers de main et s'est imposé comme le nouveau fer de lance du genre. Justin Broadrick est devenu l'un des pionniers du petit monde des musiques expérimentales et après avoir initié ou participé aux projets God, Ice et Techno Animal, peut enfin sortir le premier album de son projet de jeunesse : Final. Un Fall of Because 2 ? Un ersatz de Godflesh ? Absolument pas. Rien à voir, ou si peu.
Si Broadrick mène son projet et cet album avec le souci permanent de développer des ambiances minimalistes et intrigantes assez éloignées des sphères musicales de son projet principal, ce n'est pas pour rien. L'anglais ne veut pas refaire ce qu'il a déjà fait par ailleurs. Une intro jouant avec les silences ("Fall"), des cloisons sonores qu'il se plaît à abattre pour construire patiemment une architecture musicale abstraite aux effluves cosmiques ("Light underground, dark overground" et ses quelques vingt-trois minutes d'expérience sensorielle hypnotique). Un ambient rituel et spatial, aux collages sonores imprévisibles, dont on ne sait jamais trop où il va bien pouvoir nous emmener, Final est un projet musical aux infinies possibilités qui sied donc parfaitement à la boulimie créatrice de son géniteur.
Des ambiances qui semblent sortir du temps, nous transportant dans une dimension parallèle aux motifs inconnus et à la géométrie musicale variable. De longues voire interminables plages sonores qui parfois peuvent laisser de marbre (l'infâme "Despotic") et d'autres fois nous plonger dans une torpeur envoûtante, un coma artificiel ("Awake but numb") nous offrant une pleine conscience de ce qui nous entoure. Final est un projet au magnétisme énigmatique ("Hold me") qui parfois rebute, d'autre fois fascine. Unique, personnel et sans concession. L'intransigeance artistique est à ce prix.