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Biographie > Visual sound factory


ez3kiel_promo.jpg Ceux qui ne sont pas de grands amateurs de dub peuvent aimer Ez3kiel, idem pour ceux qui n'apprécieraient pas énormément le trip-hop, l'éléctroacoustique etc... En fait, si l'on inverse les choses, ceux qui aiment un tant soit peu le dub, le trip-hop, le rock indé ou l'éléctro-jungle peuvent se pencher sur le cas de ce groupe originaire de Tours et qui officie sur la scène hexagonale depuis 1993. Au commencement d'Ez3kiel, il y avait 5 musiciens influencés par le mouvement fusion hardcore porté par des vocaux féminins. Fin 1997, suite à quelques remaniements internes, le groupe met un terme à ses activités, pour mieux renaître de ses cendres quelques mois plus tard. Nous sommes alors en 1998 et Ez3kiel, passé au format trio [Joan Guillon (machines), Yann Nguema (basse et graphisme) et Matthieu Fays (batterie)] finalise son premier album studio : Equalize it. Autoproduit, l'album, sur lequel le groupe cherche encore son style, sortira chez feu Tripsichord, mais déjà on sent la griffe d'un trio qui sait où il va.
La confirmation vient avec Handle with care en 2001. Entre-temps, le groupe a signé chez Jarring Effects (Brain Damage, High Tone, Interlope, La Phaze, Picore, Scorn...) et s'est fait remarqué par le soin particulier apporté à l'esthétique du style "Ez3kiel". Une identité graphique inimitable que l'on retrouve autant sur le site web du groupe que les artworks des albums et leurs packaging, bien plus soignés que la moyenne. Déjà le groupe semble avoir compris la nécessité de commercialiser des "produits" haut de gamme tant du point de la forme que de celui du contenu. En 2003, sort Barb4ry, troisième album du trio qui collabore pour cette occasion avec le collectif belge DAUU. Collectif que l'on retrouvera sur le CD/DVD Versus tour l'année suivante. Quelques mois plus tard, Ez3kiel, toujours à la recherche de nouvelles expériences, collabore avec l'iconoclaste Nosfell lors d'une collaboration live aux Eurocks 2005 avant de s'en retourner en studio, mettre au point sa nouvelle révolution musicale : Naphtaline. Un CD/DVDrom aux allures de véritable projet multimédia, preuve que l'oeuvre d'Ez3kiel dépasse le simple cadre de la "musique" pour s'orienter vers quelque chose de complet : une expérience sensorielle autant visuelle que sonore et souvent envoûtante. Moins d'un an plus tard, le trio semble avoir conséquamment accéléré la cadence puisqu'il sort son cinquième album studio : Battlefield, toujours chez Jarring Effects.

Exposition photos : Ez3kiel, HippieGuitarist (déc. 2008)

Review Festival : Ez3kiel, Poulpaphone 2008

Review Concert : Ez3kiel, Ez3kiel envoûte Lille (mai 2008)

Review Concert : Ez3kiel, Ez3kiel en mode aléatoire (mars 2008)

Review Concert : Ez3kiel, Ez3kiel Damage à La Tannerie (mars 2008)

Review Concert : Ez3kiel, Ez3kiel à l'Antipode (fév. 2008)

Interview : Ez3kiel, L'interview de luxe (déc. 2014)

Conférence de Presse : Ez3kiel, MAOTFA 2014

Interview : Ez3kiel, Battle-view (janv. 2008)

Ez3kiel / Chronique LP > Lux

Ez3kiel - LUX Deux ans après que Matthieu (batteur) et Yann (bassiste) aient quitté la scène, Ez3kiel est repassé en studio après une série de productions "live" sous toutes leurs formes (du vinyle au DVD, avec ou sans Hint, avec ou sans les musiciens de la version "Extended") et de nombreux concerts qui ont permis aux nouveaux de s'intégrer. Pour autant, il n'y a pas de révolution chez les Tourangeaux puisque Yann est toujours à la manoeuvre pour les machines et les aspects visuels, c'est d'ailleurs lui qui signe l'artwork qui n'est pas sans rappeler celui de Versus tour et côté enregistrement, c'est encore avec Fred Norguet (Monsieur Z, Sleeppers, Dead Pop Club...) que le groupe a travaillé, comme il le fait depuis Equalize it.

Le paradis des guerriers nordiques, "Valhalla", est la colonne vertébrale de ce nouvel opus qui, et ça ne surprendra personne, est d'une qualité exceptionnelle. "Born in Valhalla" indique l'acte de naissance de Lux, la lumière est, et avec elle une douce mélodie qui nous berce et nous emmène nous reposer loin des champs de bataille viking. Les saturations ont beau nous titiller après quelques minutes, il est trop tard, on est captivé et captif, Ez3kiel peut disposer de nous comme il l'entend. Et le retour de cette mélopée enivrante quelques pistes plus tard ("Dead in Valhalla") donne l'impression qu'on l'a toujours connue, comme si l'hypnotiseur en remettait une couche, Valhalla est le coeur du réacteur, ce qui nous amène à la fusion avec l'univers du groupe. Et pourtant... Et pourtant, ce n'est pas cet ensemble qui a ma préférence sur Lux. Non, je trouve "Zero gravity" encore plus fort... Parce que pour réussir à allier légèreté aérienne et puissance astronomique dans le même titre, ce n'est pas simple, sauf à les écouter... Avec, là encore, des choix et une qualité de distorsion tout à fait remarquables. Et dans les sons les plus gras, comme ce sublime Lux riff granuleux et cette basse sourde de "Lux" qui déclenchent nos mouvements et un sourire de satisfaction absolu, comme dans les plus clairs (les gouttes musicales absolument pas "Dusty" ou la quiétude incarnée "Never over", là où tout n'est qu'ordre et beauté, calme et volupté), Ez3kiel ne se trompe jamais, le dosage est juste parfait à chaque fois. Et si tu penses que l'arrivée de deux trublions dans leur monde pourrait enrailler la machine, c'est raté... Que ce soient Pierre Mottron ou Laetitia Sheriff, les deux invités se fondent dans le décor avec une aisance déconcertante. Le premier apporte sa voix cristalline et accepte de se la faire triturer par des effets pour en quelque sorte déshumaniser "Anonymous" alors que la seconde abandonne son côté rock pour se transformer en enchanteuse trip hop sur un "Eclipse" qui a tout d'une Massive Attack qui vise le coeur.

Ez3kiel peut donc faire ce qu'il veut, évoluer sans fondamentalement changer, muter, se métamorphoser en conservant sa capacité à nous charmer, en gardant toutes les forces issues de son passé pour mieux nous faire voyager, danser, planer et nous toucher, nous émouvoir, nous bouleverser.

Ez3kiel / Chronique DVD > Naphtaline orchestra

Ez3kiel - Naphtaline Orchestra Au moment de se confronter à l'art délicat - et exercice potentiellement fastidieux sinon quelque peu soporifique du concert filmé - Ez3kiel a choisi de faire les choses en grand en adaptant son album Naphtaline pour la scène, en compagnie d'un orchestre symphonique et de filmer la performance captée dans un théâtre (en l'occurrence celui de Tours). Plus qu'une simple prestation accompagnée de musiciens additionnels mise en image dans un cadre s'y prêtant à merveille, le résultat marque ici la réinvention d'Ez3kiel et de sa musique dans le cadre d'un spectacle live à la classe étourdissante et enjôleuse.

"Derrière l'écran", "Lady Deathstrike", "Adamantium", "Lac des signes" ou le sublime "Exebecce", la quasi intégralité des morceaux réorchestrés de Naphtaline sont ici des déclarations d'amour à la musique sous toutes ses facettes. Tour à tour néo-classique, jazzy et protéiforme, toujours moderne dans son approche créative et autant rythmé par les arrangements à cordes que par une mécanique percussive à la précision chirurgicale, le concert est également sublimé par des projections vidéos de haute volée, parfaitement insérées dans un montage DVD réussi (le live est également disponible en CD dans un digipak double-disque à l'esthétique particulièrement étudiée). De fait, la musique des Tourangeaux, lesquels évoluent à domicile, n'a jamais été aussi cinégénique que sur ce Naphtaline orchestra aussi raffiné qu'élégant.

Sorte de bande-son d'un long-métrage rêvé, ou même de plusieurs, fantasmés encore et encore par des musiciens qui en couchent les émotions sur la partition, parsemés d'une myriade d'influences, à situer entre musique néo-classique, sonorités afro-asiatiques, ambiances de western crépusculaire, ou jazz moderne d'une élégance rare, le résultat s'offre également, à l'image de l'album originel, une progression narrative dont l'inexorable montée en puissance trouve son climax sur un "The wedding" explosif. Un hommage à peine déguisé au maître Sergio Leone (l'auteur des musiques d'Il était une fois dans l'Ouest, Le bon, la brute et le truand, Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus...) en forme de climax à fleur de peau, laissant le spectateur chancelant bien que confortablement installé dans un lieu qui se prête tout particulièrement à un spectacle de cette intensité sensorielle.

Une scénographie étudiée pour rendre l'enchaînement des morceaux particulièrement harmonieux, des mouvements de caméra qui pendant une heure et trente-deux minutes, font voyager l'auditeur à l'intérieur d'un album qui s'en trouve dès lors métamorphosé ("Leopoldine", "Subaphonic"), la fièvre gagne l'auditoire et lorsque survient l'apothéose finale avec un "Volfoni's revenge" dantesque, on est suspendu aux lignes instrumentales d'un ensemble symphonique en phase avec la création originelle d'Ez3kiel. Et pourtant, ce n'est pas tout à fait terminé puisque derrière, en guise d'épilogue idéal, Naphtaline orchestra se conclue sur une reprise du fameux "Lux æterna" de Clint Mansell (connue pour figurer sur la bande-son du film Requiem for a dream). Une manière comme une autre de se faire des politesses entre créateurs de chefs-d'œuvre.

Ez3kiel / Chronique LP > Battlefield


Ez3kiel - Battlefield Question existentielle : comment passer derrière une oeuvre de la trempe de Naphtaline, surtout à peine huit mois plus tard, quand le projet multimédia du groupe tourangeaud est encore dans tous les esprits. Battlefield répond brillamment à la question : en faisant quelque chose de complètement différent, sans jamais trahir ce qui fait l'essence de l'oeuvre d'Ez3kiel. "Au bord des fleuves de Babylone, Dieu choisit Ezekiel pour être son prophète. Au bord des fleuves conduisant à une noirceur sans fin. A l'inverse des autres prophètes, Ezekiel apporta alors lumière et espérance à un peuple qui se sentait abandonné, de quoi affronter le long et douloureux champ de bataille qui se dressait devant lui" nous confie à l'oreille le dossier de presse présentant ce nouvel opus. Battlefield illustre parfaitement ce propos tout au long d'"Adamantium" puis "Volfoni's revenge", les deux premiers titres du présent effort. A la fois lumineux et tourmentés, mélangeant dub, électro-rock, trip-hop et musique industrielle, les débuts de cet album sont à mille lieux de Naphtaline. Lucide, torturé, le groupe traverse les ténèbres, accompagnés des onze morceaux composant sa garde rapprochée, contemplant avec un mélange de fascination et de haine le champ de bataille artistique qui se dresse devant lui. Ez3kiel est devenu rock dans l'âme, faisant voler en éclat les certitudes que l'on pensait avoir sur son évolution musicale au sortir du project intéractif Naphtaline.
Guitares acérées, basses énormissimes, rythmiques indus-rock aux fulgurances métalliques, mélodies allégoriques en collaboration avec le groupe Narrow Terrence, un chant complètement habité ("Spit on the ashes")... Là où le précédent effort du groupe nous enveloppait d'un cocon de douceur raffinée, Battlefield nous jette au visage des émotions brutes, tissées à la force du riff de gratte. Un petit interlude "Coal flake" aux percussions envoûtante, l'oeuvre de Stéphane Babiaud, nouveau venu au sein d'Ez3kiel par là-même devenu quartet ; un "The wedding" inclassable aux allures de bande-son western post-moderne (l'ombre d'Ennio Morricone planant sur ce morceau...) et au lyrisme inégalable voguant sur des nappes pas si éloignées de la mouvance post-rock. Comme à son habitude, le groupe tourangeauds, cultive sa différence, manie le mélange des genres en brouillant habilement les pistes. Inclassable, mais également insaisissable, il nous assène un monstrueux "Break or die" sans le moindre remords. Riffs indus-rock turgescents, arrangements électriques chirurgicaux, Ez3kiel fait parler la puissance, sa rage instrumentale qui se déverse sur un morceau à l'efficacité diabolique. Invité sur "Alignment", le Mc de Blu Rum 13 égrène son flow hip-hop sur des arrangements électro graciles et des ambiances glaciales perçant difficilemment l'atmosphère électrique qui enveloppe ce Battlefield. Ez3kiel ensuite étalage de son goût prononcé pour les contrastes musicaux, dévoilant un "Lull" feutré serti d'instrumentations post-rock célestes et enfantines, avant d'asséner son "Firedam", véritable bombe à retardement jettant dans les enceintes sa fureur hardcore noise chaotique sortie d'on ne sait trop où. Sauvage, dérangeant mais implacable. Et le le groupe de poursuivre comme si de rien n'était avec le seul titre de cet album renvoyant directement à l'univers de Naphtaline, une reprise tempétueuse et originale d'un extrait du "Romeo et Juliette" de Sergeï Prokofiev (en l'occurence "Danse des chevaliers") réalisée avec leurs compères de DAUU. Se réappropriant totalement l'oeuvre du maître russe pour l'intégrer à son univers si particulier, le groupe livre une interprétation étonnante mais respectueuse de son modèle, avant de conclure son album par un "Wagma" dub/rock/électro maîtrisé de main de maître. Comme si l'oeuvre d'Ez3kiel se devait d'être en perpétuelle évolution, toujours à contre-courant de nos attentes, pour mieux les combler avec humilité et inventivité... Hors-normes.

Ez3kiel / Chronique LP > Naphtaline


Ez3kiel : Naphtaline Naphtaline... on oublie le dub/électro des débuts d'Equalize it ou Handle with care et la plongée au coeur de l'univers inédit d'Ez3kiel prendra tout son sens. Car avec ce CD/DVDrom vu par ses auteurs comme un véritable projet multimédia, les tourangeauds repoussent leurs propres limites artistiques. Une identité visuelle baroque particulièrement affirmée et affinée, un objet luxueux et élégant, un ovni multimédia, impossible à classer dans quelconque case musicale si ce n'est celle d'Ez3kiel tout simplement. Soit un mélange inédit de trouvailles sonores et visuelles aux aspirations originales. A l'image d'une musique de chambre post-moderne, des titres comme les sublimes "Subaphonic" et "Le Lac des signes" nous offrent une nouvelle perception de l'art. Une féérie feutrée, quelques soupçons de post-rock matînés d'électro-acoustique portée par un spoken word habité ("At the day"), un clavier qui vient cajoler des instrumentations post-classiques envoûtantes (le merveilleux et éponyme "Naphtaline"), Ez3kiel touche à tout et transforme ce qu'il effleure en merveille. "Derrière l'écran" en est l'un des plus beaux exemples. Une mélodie pop gracile, des instrumentations organiques, des cordes qui parlent à nos sens, Ez3kiel s'adresse à notre subconscient et nous prend par la main pour nous emmener dans son monde, un univers à l'onirisme délicat, pur et véritablement saississant. Plus sombre et torturé, "Balles perdues", ou mélancolique et enchanteur "Exebecce", le groupe livre une oeuvre d'une remarquable cohérence, bande-son idéale des créations visuelles qui forment la deuxième partie, indissociable, du projet Naphtaline. Car c'est là que le concept prend une allure complètement inédite : le groupe proposant à l'auditeur de pénétrer son univers musical en modulant et manipulant les tableaux sonores/visuels où il peut devenir un véritable acteur de cette création hors-normes. L'intéraction est totale, le plaisir, coupable... Les morceaux se suivent, s'enchevêtrent les uns aux autres dans un ensemble d'une étonnante homogénéité ("Lethal submission", "Leopoldine", "Premier flocon", tous aussi magiques les uns que les autres). La seconde partie du DVD est consacré à de cours documentaires réalisés lors de l'enregistrement de l'album. On y observe alors les différents éléments de Naphtaline qui sont assemblés l'un après l'autre pour former une oeuvre riche et soignée, fourmillant de détails et autres subtilités, un tout aussi improbable qu'incroyablement homogène. Les animations créées par le groupe se succèdent, l'univers si particulier d'Ez3kiel prend vie sous nos yeux, un peu comme celui des réalisateurs Marc Caro/Jean-Pierre Jeunet dans les années 90 au cinéma. Le parallèle entre l'oeuvre des tourangeauds et le 7ème art ne s'arrête d'ailleurs pas là tant on se prend à penser que la prochaine étape de leur oeuvre pourrait s'écrire sur grand écran. Quoiqu'il en soit, on pourrait décrypter des heures durant, l'étrangeté intemporelle, la beauté infinie de Naphtaline mais sans jamais parvenir à en saisir l'essence... car Ez3kiel a tout simplement livré avec cet objet, son plus beau son chef-d'oeuvre...

Ez3kiel / Chronique LP > Versus Tour


ez3kiel_versus_tour.jpg Si l'on doit bien reconnaître une chose, c'est que la musique d'Ez3kiel est éminement visuelle. En saisir toutes les nuances supposait de commercialiser un DVD live. Le groupe et le label Jarring Effects ont parfaitement intégré cette donnée en sortant ce magnifique digipack CD/DVD au graphisme élégant, compilant près de 3h d'images prises pendant le Versus tour. Une compilation de titres, enregistrés sur sept dates de la tournées 2004 des tourangeaux avec le quatuor belge DAUU, à voir sur le DVD ou juste écouter sur CD. Sur cette tournée le trio originaire de Tours c'est fait accompagner par l'inclassable collectif composé d'un violon, un violoncelle, une clarinette et d'un accordéon, renfort orchestral de poids qui donne une ampleur étonnante à la musique d'Ez3kiel. A cela, on ajoute un trio de vocalistes : Black Siffichi, Angélique Wilkie et Primureb a.k.a Jean Gomis du groupe Meï Teï Shô et l'on assiste près d'une heure et quart durant, à un spectacle de très haute volée.
Sur la 2ème partie de ce DVD, où l'on navigue entre les menus en étant ébahis par tant de virtuosité formelle, on retrouve les mini-films qui sont diffusés en concert comme accompagnements visuels de la musique du trio. Assez remarquable par rapport à tous ces groupes qui ne font que jouer avec des clichés éculés sous prétexte d'avoir une démarche dite "expérimentale", il s'agit là de vidéos entièrement créées par le bassiste du groupe et qui apparaissent comme le pendant indispensable de l'expérience sonore Ez3kiel. Au rayon clip, là, il faut bien admettre qu'encore une fois, le groupe sort du lot avec des vidéos comme celle du "Lac des signes", véritable pépite visuelle empreinte de poésie onirique. La dernière section du DVD présente quelques lives supplémentaires et des bonus baptisés "Instants", compilants des images prises pendant la tournée du groupe, ces instants de vie simple filmés avec classe et qui font que de petits riens deviennent quasiment magiques. On se rend alors compte que là où tous les groupes qui ont un tant soit peu de succès, sortent un DVD, pour des motifs bien souvent exclusivement mercantiles, Ez3kiel a su parfaitement dissimuler cette démarche derrière un objet luxueux, artistiquement abouti et qui mérite très largement le détour.

[fr] Clip Le Lac des signes: YouTube (168 hits)External ]

Ez3kiel / Chronique LP > BArb4ry


ez3kiel_barb4ry.jpg Quelques accords de piano, des violons enchanteurs, pris dans un tourbillon mélancolique, "Kika", premier et assez court titre de Barb4ry pose les bases d'un album qui s'annonce à fleur de peau, douloureux et flirtant avec les ombres d'un autre monde. La menace semble latente. Déshumanisée, implacable, la voix égrène inlassablement ses lignes de textes, évoquant souvent l'inéluctabilité de la mort : "Kamikaze, death row, tsunami..". Lentement, inexorablement, "Versus" s'enfonce dans des eaux sombres alors même que des vagues de nostalgie torturée viennent s'écraser violemment contre des instrumentations noisy et électriques. Les images s'entrechoquent dans nos tête, perturbant un peu plus notre esprit plongé dans un univers étrange, schyzophrénique et destructuré. "Another" remonte la pente, dévoilant son cocktail sonore aussi court qu'efficace l'espace d'une minute et cinquante trois secondes d'un étrange mélange d'électro minimal destructurée et de musiques traditionnelle tzigane... Etonnamment, on se rend compte qu'après trois morceaux, ce Barb4ry a complètement mis de côté les instrumentations dub/électro/rock qui faisaient la force de Handle with care. Ez3kiel y revient justement avec "3 rue Monplaisir" et son dub chaleureux, lumineux, classieux dans sa forme mais surplombé d'un violon et d'une clarinette qui viennent apporter un peu d'humanité à l'ensemble. Sans doute la patte du collectif belge DAUU venu inaugurer une longue et profitable série de collaboration entre les deux entités musicales. Poursuivant sa route sur "Phantom land" et son dub/électro groovy et hanté par une mélodie envoûtante, puis "Tôt ou tard", fulgurante association expérimentale de dub/rock fascinant et d'indus downtempo, sombre et torturé. Plongée obsessionnelle au coeur de la psychée, "Obscd" puis l'éponyme "BArb4ry" ouvrent les vannes d'un dub électro industriel aussi glacial que complexe, aussi organique que cinématographique. Breaks salvateurs, maëlstroms sonores oniriques et détonants, Ez3kiel fait s'abattre sur Barb4ry une pluie de trouvailles soniques anachroniques, de nébulosités sensorielles à nul autre pareil (le glacial "Sûrement"). Entre-temps, "Thought" a sonné le glas d'un album riche et plus sombre qu'attendu avec des instrumentations paradoxales oeuvrant entre dub hypnotique et trip-hop épuré, avant que "Akik" ne vienne définitivement clore les débats. Toujours avec la même densité sonique, la même puissance visuelle qui fait appel à notre imaginaire et prend forcément tout son sens en live...

Ez3kiel / Chronique LP > Handle with care


ez3kiel_handle_with_care.jpg "Burnin' Dub", éléctrique et saturé, minimal mais affirmé. Dub éléctrique, affublé de quelques sonorités jazzy, électro-lunaire désarticulée doublée de quelques fulgurances psychées lunatiques, ce premier titre de Handle with care porte parfaitement son nom, il s'agit là pour Ez3kiel de faire voler en éclats les codes de la mouvance dub/électro pour les réassembler à son rythme, pièce par pièce, ré-échaffauder le tout dans une structure musicale à l'architecture pensée dans les moindres détails. "Strange days" et son dub rock digital au groove sidéral donne toute la mesure du talent du trio tourangeaud, les trois ont véritablement passé une étape avec cet album, lui insufflant une petite dose de matûrité qui le distingue de Equalize it et qui démontre que le groupe est un peu plus sûr de son fait. "How do you sleep" et son flow hip-hop, naviguant à vue dans les eaux d'un rock revendicatif, ne cesse de prendre de l'ampleur dans un crescendo inéluctable et parfaitement maîtrisé. Un morceau éponyme de dub classieux portés par les violons déchirant de Yann Tiersen (l'auteur de la cultissime B.O d'Amélie Poulain, un bref interlude d'électro minimaliste "Preface" avec en filigrane un coeur féminin éthéré et enchanteur, puis le choc : "Jah's hardcore". Glacial, clinique, chirurgical, Ez3kiel laisse parler le côté le plus sombre de sa musique. Batterie métronomique, saturation éléctrique, un riff tranchant, une électro emportée dans sa frénésie psychotique, le groupe fait fort et livre un modèle de dub/rock/électro organique et bluffant de maîtrise. La mécanique est parfaitement huilée, les ressorts dramatiques de cet Handle with care savamment orchestrés et le groupe revient à un univers plus "classique" dira-t-on avec "Afghan evasion" puis "Cut fiction", deux titres mêlant habilement dub éthnique, trip-rock et électronica à la Massive Attack, cette Ez3kiel's touch inimitable et imparable en plus. Apparemment désordonnée mais en réalité parfaitement déconstruite pour mieux retrouver ce qui fait son intensité, la musique des tourangeauds change sans cesse d'orientations pour former un ensemble cohérent, nourri de nombreuses influences et dévoilant une myriade de nuances. Des chants traditionnels venus d'Asie centrale, sur lesquels viennent se poser quelques arrangements d'électro planante et délicate et le groupe trouve l'équilibre parfait entre musique tribale et dub digital atmosphérique. Deux titres plus classiques et assez quelconques plus tard ("1 hausse d'intensité" et "D*bm*th*rf*ck*r"), puis Ez3kiel revient à une musique plus agressive et saturé avec le sublime "Via Continum". Rythmiques heavy qui s'entrechoquent dans un univers urbain déshumanisé, magnetisme vocal qui met en exergue ce désespoir lucide dans lequel s'enferme peu à peu le groupe, Handle with care se poursuit et sachève sur "Salystoar", ultime composition dub/électro éthnique alliant avec classe sonorités traditionnelles et textures post-modernes. Classe...

Ez3kiel / Chronique EP > Equalize it


ez3kiel_equalize_it.jpg Si David Arnold (compositeur) et les Wachowski Bros (réalisateur et scénariste de la trilogie) avaient eu l'occasion de poser une oreille sur "Only 1 nation", premier titre d'Equalize it, ils auraient sans doute intégré le morceau au tracklisting de l'un des trois volets de la série Matrix. Mélange d'éléctro-dub orientalisant, de trip-hop aux effluves rock et de "jungle" hypnotique, ce premier titre pose d'entrée de jeu les bases encore balbutiantes du futur style des tourangeauds, ce que l'on pourrait appeler l'"Ez3kiel's touch". Soit une fusion organique en forme de torpille éléctro au spectre musical particulièrement large et une griffe artistique, déjà très personnelle, que l'on retrouve tout au long du premier effort du groupe.
Atypique, la musique du trio ondule le long de compositions organiques en se nourrissant de mille influences. Dans une veine mêlant adroitement dub hypnotique et inspirations world originaires de la région du Croissant fertile ("In bass 1"), le groupe poursuit son voyage musical à travers les royaumes d'Orient avec l'ensoleillé "Lo dalca", avant de revenir à des bases plus dub/éléctro-jungle sur le néanmoins poussif "No cure 4 me". Equalize it trouve son second souffle sur le titre éponyme de l'album. Ez3kiel y posant des nappes soniques envoûtantes, les assaisonnant de trouvailles éléctro subtiles, hybrides et étincelantes. Inventif. Encore à l'état embryonnaire (dès Handle with care, le groupe changera définitivement de catégorie), la musique du trio n'a pas encore atteint sa pleine mesure, mais déjà, le mélange des sonorités tribales et d'éléctro-dub, doublé d'une prod à la hauteur (merci Fred Norguet (Eths, Sleeppers, Lofofora, Feverish, Monsieur Z, Sidilarsen)...), parvient souvent à faire mouche. "In bass 2", prolonge encore ces quelques moments de dub ethnique gracile à la fluidité rarement égalée. Equalize it, est ce qu'il est, un premier essai peut-être inabouti mais au charme évident, un disque à l'artwork classieux et élégant qui témoigne déjà de la volonté du groupe de travailler son identité visuelle, élément indispensable d'une oeuvre qui trouvera son aboutissement sur les CD/DVD's Versus tour et Naphtaline...