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Black Light Burns, c'est presque le fantasme du projets rock/ metal/ indus alternatif de ces trois dernières années. Car pour réunir autours d'une même entité Wes Borland (ou la seule bonne chose qui soit jamais arrivée à Limp Bizkit) au chant et à la guitare, le duo Danny Lohner (ex-Nine Inch Nails) / Josh Eustis (Telefon Tel Aviv) à la programmation et l'incontournable Josh Freese (Devo, The Vandals, A Perfect Circle, NIN...) derrière les fûts, il fallait savoir booker un agenda comme personne. Une fois cela fait, il fallait encore faire s'entendre dans un même studio les quatre musiciens afin d'en sortir quelque chose d'audible. Après quelques mois ensemble, la collaboration est prolifique, Black Light Burns ressort avec pas mal de matos audio pour produire son premier album : Cruel melody. Et là, les ennuis commencent, l'album doit sortir dans le courant du deuxième semestre 2006 mais le deal que Borland et sa troupe ont signé avec Geffen/ Interscope est finalement annulé (toujours cette étonnante politique éditoriale des grandes majors...). Au dernier moment, le groupe voit ses plans repoussés et se tourne alors vers Ross Robinson, producteur de l'album mais également depuis peu boss de son propre label : I am : Wolfpack. Les choses se passent plus facilement cette fois et c'est au printemps 2007 que Cruel melody débarquent enfin dans les bacs.

Black Light Burns / Chronique LP > Lotus island

Black Light Burns - Lotus island S'il avait mis six années pour donner naissance à un deuxième "vrai" album avec The moment you realize you're going to fall, Cover your heart and the anvil pants odyssey étant un disque de reprises et chutes de studios, Wes Borland, grand ordonnateur du projet Black Light Burns semblait avoir été pris d'un accès de boulimie créative puisque moins de six mois après le deuxième album du projet... il enquille ce Lotus island assez mystérieux, sorti sans quasiment de promo et a priori à réserver pour les inconditionnels du projet. Sauf qu'en fait il y a une vraie raison à cela. Parce que ce quatrième opus du projet est une bande-originale conceptuelle. Enfin presque, on explique.

Lotus island est en effet la "fausse" BO du film américano-mexicain The holy mountain du réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky, un metteur en scène réputé pour son cinéma ésotérique et assez surréaliste qui, en 1973, adaptait le roman inachevé d'un auteur et poète français, René Daumal, intitulé Le Mont Analogue. L'histoire est celle d'un voleur ressemblant au Christ qui s'introduit dans une tour et y affronte un maître alchimiste. Après l'avoir vaincu, ce dernier lui présente sept personnes qui font partie des puissants de ce monde, chacun d'entre eux étant (au sens astrologique) associé à une planète et destinés à obtenir coûte que coûte le secret de l'immortalité. Lequel est gardé par neuf sages le préservant au secret depuis le sommet d'une montagne sacrée...

Musicalement, Wes Borland, qui est aux commandes du disque pour ainsi dire tout seul, navigue à vue dans des courants ambient rituel baignant dans un indus électronique et expérimental ("The alchemist", "The thief"). Le résultat se love dans des atmosphères inhospitalière, régulièrement aussi glauques qu'oppressives ("The city", "The dancers") avant de laisser la part à un chant, habité, qui emporte avec lui des instrumentations et arrangements évoquant un Nine Inch Nails synthétique sous psychotropes. Pour un résultat de haute volée, qui à l'instar de la suite, installe Black Light Burns dans des sphères peu commerciales ("The hate of my life"), très indépendantes mêmes ("The opportunists"), mais ô combien fascinantes. Sept pièces qui forment un tout particulièrement homogène et inspiré, auxquelles Borland a encore joint quelques remixes très dispensables (comme à son habitude), histoire de parfaire le remplissage d'un objet qui n'en avait de toutes les façons pas besoin.

Black Light Burns / Chronique LP > The moment you realize you're going to fall

Black Light Burns - The Moment You Realize You're Going To Fall On ne le dira jamais assez, Cruel melody, premier album de l'excitant projet Black Light Burns et son casting 4 étoiles, avait tout d'un coup de Trafalgar à la maestria folle. Marquait-il pour autant la naissance d'un projet qui allait influer sur la décennie musicale à venir ou, à défaut, imprimer durablement sa griffe sonore si efficace ? Curieusement, la réponse arrive quasiment six ans plus tard après un disque de reprises assez oubliable (à quelques exceptions près...) et un hiatus de plus de trois ans, Wes Borland, l'homme de base, âme et architecte du projet, désirant alors se consacrer à la renaissance de Limp Bizkit (vu le résultat, il aurait du et pu s'abstenir). Le titre est à rallonge, le line-up a changé au 3/4 et l'excitation au rendez-vous, parce que comme chacun sait, plus c'est long plus...

"How to look naked" déboule la fleur au fusil et Black Light Burns nous rappelle très vite qu'il n'y a pas que la taille qui compte mais aussi le goût. Punky, rentre-dedans, catchy à souhait, ce n'est pas encore la panacée mais ça reste déjà plus crédible que certains des titres de l'album de reprises que Borland nous avait servi quatre ans plus tôt. On continue sur le même rythme et "We light up" avoine les tympans à très grande vitesse. Là, on sent que le groupe monte en pression. La preuve avec un "I want you to" cinglant et provocateur à souhait. Rock lourd vs electro-punk, une puissance d'impact qui ravage les conduits, une décadence ouvertement assumée mais un résultat quelque peu trop racoleur par moments. Pourtant, on voit bien que Borland sait où il veut aller, entre "The girl in black" et "The colour escapes", mélangeant ainsi dans le même tube à essais clash rock électro-punk et quelque chose de plus tribal, à la fois élégant et vénéneux.

Non conventionnel dans son approche créative, parfois électrisant, d'autres fois plus décevant, The moment you realize you're going to fall est également une collection de torpilles rock indus qui renvoient régulièrement à Nine Inch Nails, la griffe Borland en plus (les mauvaises langues en seront quittes pour dire "le talent de Trent Reznor en moins..."), que ce soit sur "Tiger by the tail" ou "Your head will be rotting on spike", sans parler de la bombe "Splayed" et dans une moindre mesure l'efficace "Scream Hallelujah". On prend son pied donc et plutôt deux fois qu'une, sauf que Black Light Burns nous refait le coup de l'album de reprises, en remplissant sa tracklist avec quelques titres encore une fois parfaitement inoffensifs sinon complètement inutiles ("Torch from the sky", "Because of you"). Comme si à trop vouloir en faire, il oubliait de sélectionner la crème de la crème en mettant dans le produit final tout ce l'ingé son a eu entre les mains pendant les sessions studio. Et quand cela donne "Bakelite", c'est clairement dispensable... ce qui est d'autant plus dommage que le groupe a encore dans ses cartons un "Grinning like a slit" efficace ou une élégante conclusion avec l'éponyme "The moment you realize...".

Verdict : une quinzaine de titres, c'était sans doute un peu "too-much", d'autant que ce côté fourre-tout voulu par Borland se révèle parfois un peu casse-gueule et donc un peu inégal, avec l'avantage de réserver quelques moments de rock à tendance industrielle, punk de très haute volée. Encore un petit effort, Wes, un album plus court, plus compact, tranchant... et on tiendra un Cruel melody 2.

Black Light Burns / Chronique LP > Cover your heart and the anvil pants odyssey

Black Light Burns - Cover your heart 2008, un an après l'excellent Cruel melody, aussi attendu que remarqué, et loué pour ses qualités intrinsèques, Black Light Burns fait comme Ministry et son excellent Cover up en capitalisant sur le succès de son effort discographique inaugural pour livrer une collection de reprises (agrémenté de matériel inédit original). Du Lard (le groupe hardcore/punk/indus-metal de Jello Biaffra - Dead Kennedys et Al Jourgensen - Ministry) avec une reprise particulièrement tranchante d'un "Porkboy" terroriste et explosif à souhait ; du Sisters of Mercy plutôt honorable avec la relecture de "Lucretia my reflection" un poil trop scolaire mais honorable ; ou une excellente version revisité du très sexuel "Rid of me" de milady PJ Harvey, l'initiative semble plus qu'appréciable.

Economiquement, profiter du filon ouvert par son premier album est une riche idée. Créativement, ce n'est pas toujours aussi pertinent : certes la cover du "On the bound" de Fiona Apple est tout autant à croquer que son interprète originelle, mais le "Hungry like wolf" de Duran Duran revu et corrigé par Black Light Burns résonne comme un anachronisme musical douteux au XXIe siècle. Et autant "The art of self-defense" de The Jesus Lizard qu'"I am the sun" des Swans, tous deux passés dans le mixeur de Borland et sa bande, sont bien incapables d'atteindre ne serait-ce que la cheville de leurs modèles. La comparaison est parfois difficile mais c'est le risque aussi de vouloir réinterpréter ceux qui inspirent l'auteur. Ce que l'homme de base de BLB semble comprendre en s'offrant alors une relecture de son propre travail parfait en reprenant le carnivore "Blood red on fire" de son ancien propre projet d'antan Big Dumb Face. Solide.

On se rend compte que c'est donc au petit bonheur la chance et que si Borland est capable de mener son projet d'une main de maître, dévorant la platine sur le fougueux (doux euphémisme ?) "Search and destroy" d'Iggy and the Stooges, ou de donner dans une platitude presque gênante lorsqu'il verse dans le remplissage avec ses painting songs (sorte d'essais vaguement expérimentaux et sans intérêt sinon celui de venir gonfler le tracklisting), on a peu à près une chose sur deux de tomber sur quelque chose d'intéressant. Voire moins dans ce dernier cas, parce que, avec "Zargon morfoauf", "Vennisou" ou "Zlitchufdux", autant d'objets sonores non identifiables dont le seul intérêt réside dans l'utilisation de la fonction copier-coller du clavier de l'ordi pour les évoquer, on peut tout aussi bien jeter les pistes avec l'eau du bain. Et comme les chutes de studios, datant de Cruel melody, qui viennent là aussi compléter l'album ne sont... que des esquisses d'on ne sait trop quoi, mises en boîte à l'époque par Ross Robinson, on se rend compte qu'à part son titre à rallonge, Cover your heart and the anvil pants odyssey n'est à quelques exceptions près qu'une idée plutôt finaude pour faire vibrer le tiroir caisse sans trop avoir à se fouler.

Black Light Burns / Chronique LP > Cruel melody

Black Light Burns - Cruel melody Après des mois d'une gestation un peu plus délicate que prévue (voir biographie), voilà que Cruel melody, le tant attendu premier effort de Black Light Burns débarque furieusement dans les bacs. Les fans déjà conquis par ce qu'ils ont pu découvrir via les arcanes du web trépignent déjà la bave aux lèvres, cette fois, plus d'inquiétiude, la déflagration est imminente. Et là, attention tuerie... On déballe donc fiévreusement le CD, on s'attarde sur l'artwork particulièrement réussi, il s'agit de la reproduction d'une toile signée Wes Borland himself, on enfourne la galette, on pousse les basses et là, curieusement on a droit à un premier titre plutôt rock, aux limites du stoner des plus alcoolisés ("Mesopotamia"). Presque du Queens of the Stone Age remixé s'il n'y avait pas ces légères sonorités éléctro-indus et ce chant très... NIN. Etonnant mais ultra-efficace. Bénéficiant d'un son absolument énorme (merci Mr.Ross Robinson), ce premier titre fait sonner les guitares comme personne pendant que la section rythmique se régale... et nous avec.

Deuxième acte, "Animal" se présente comme un pur titre de rock industriel aux influences pop et aux mélodies fédératrices. Arrangements extrèmement aboutis, instrumentations gorgées de ruptures de rythmes détonnantes et de breaks sulfureux, Black Light Burns propose là un second titre assezdiff érent du premier mais toujours avec une efficacité hallucinante. Après deux titres qui ont déjà suffi pour mettre à genou le plus blasé des amateurs du genre, il maintenant temps de balancer sa puissance à la face des auditeurs. Intro languissante, le single "Lie" fait parler la poudre. Ses guitares vénéneuses, son refrain rageur et son énergie dopée aux hormones... Puissant, incisif, éléctronique et catchy, voilà du pur single taillé dans le roc(k) pour mettre les charts en miettes et faire headbanguer les foules en live. Absolument monstrueux, Black Light Burns est lancé sur les chapeaux de roues et n'a pas fini de pulvériser nos enceintes. Compact, moins massif mais plus raffiné, "Coward" poursuit l'oeuvre du groupe mené par la paire Borland/ Lohner dans on retrouve les griffes inimitables tout au long de cet album (ce son de guitare unique pour le premier, les sonorités glaciales pour le second). Certes quelques réminiscences néo-metal viennent parfois alourdir l'ensemble, certes le chant de Wes Borland devra gagner en impact, mais dès à présent, le constat qui se pose ne souffre d'aucune contradiction : BLB enquille suffisamment de tubes pour faire taire jusqu'aux les critiques en mal de sensations fortes ("The Mark" et "Stop a bullet"...).

Troisième acte : alors que l'on aurait pu s'attendre à un album de rock/ metal indus brûlant et brut de décoffrage mais un peu monolithique à la longue, BLB évite les poncifs et nous sert alors quelques titres aux mélodies tendues mais aux arrangements éléctro-rock, nappés d'ambiances aussi tortueuses que raffinées ("4 walls", "One of yours"), à classer entre Team Sleep et les morceaux les plus calmes de NIN période The fragile. On en prend toujours dans les gencives mais c'est fait avec classe mais également pas mal de douceur. Quelques facilités nu-rock efficaces mais relativement innoffensives plus loins loin et le quartet de luxe se paie une tranche de rock synthétique de haute volée avec l'hypnotique "New hunger". Mix idéal entre puissance rock, fulgurances metal, textures indus cliniques, post-pop lunaire et éléctro planante ("I am where it takes me", "Iodine sky"), Cruel melody est un album au concept simple : mettre dans un mixeur les backgrounds musicaux de ses géniteurs, appuyer sur "on" et faire en sorte que ce qu'il en sorte soit le plus efficace possible, en se gardant bien de céder à la facilité. Mission réussie. Car, plus surprenant, riche et varié qu'attendu, le premier effort de Black Light Burns est non pas un essai prometteur, mais un véritable coup de maître définitivement vissé à la platine CD... Carrément bandant.