Ambiance à La Ferme Électrique 2017 Ambiance à La Ferme Électrique 2017 Les 7 et 8 juillet dernier, Tournan-en-Brie vibrait au son de La Ferme Électrique grâce aux efforts déployés par les équipes de l'association Fortunella et du collectif La Ferme de la Justice. Une huitième édition dotée d'une affiche alléchante de 23 groupes plus ou moins émergents à découvrir absolument (Tritha Electric, Cocaïne Piss, Pogo Car Crash Control, Gloria) mais également quelques valeurs sûres de la scène musicale rock française (Mendelson, The Limiñanas), ou internationale (Tomaga, Housewives). Bref, du beau monde qui nous a poussé cette fois-ci à nous faire accréditer pour la première fois (il s'agit de notre troisième édition) pour vous conter tout cela. Au passage, nous remercions la sympathique équipe (pros comme bénévoles) du festival, de la confiance qu'elle nous a témoignée et des efforts fournis pour que le festivalier se sente comme chez lui. Ne changez rien du tout !

Arrivés sur place vers 17h00 pour installer nos tentes et retrouver nos habituels et chers acolytes, nous nous empressons d'entrer sur le site pour rejoindre les planches de l'étable - l'une des deux scènes couvertes du festival avec la grange - et Sheik Anorak seul derrière sa batterie et ses machines. Ce Lyonnais désormais basé à Göteborg nous plonge avec pudeur dans un univers jonché de rythmiques entraînantes et de télescopages de notes de guitare et de boucles électroniques. La sauce sonore prend parfaitement, d'autant plus que le chant accompagnant le tout reste vraiment maîtrisé.

Tritha est électrique Tritha est électrique La première claque de cette édition ne va pas se faire attendre bien longtemps : Tritha Electric. Ce trio, né de la rencontre entre un batteur et producteur français exilé en Inde, Paul Schneiter, et une chanteuse de musique classique indienne prénommée Tritha Sinha, est une fusion bluffante de rock psyché et de musique indienne. Autant inspiré par CAN que par les bauls de Shantiniketan, les sonorités de Tritha Electric sont follement prenantes. On croisera d'ailleurs ses fondateurs un peu plus tard pour tailler la bavette et découvrir par la même occasion qu'un album est fraîchement sorti. Jetez-vous dessus !

Avec un patronyme aussi débile que Stratocastors, il ne fallait pas s'attendre à beaucoup de sérieux avec ces chômeurs parisiens, mais le pire c'est que leur synth-punk garage déglingo fait plus que mouche. Le quatuor affublé de noir et blanc avec bretelles, chante la vie de merde avec un humour que ne renieraient pas les secoués d'Infecticide et les loosers de Pierre et Bastien. Ces gars-là ont surement gagné le titre du "groupe le plus cool du festival".

On enchaîne sur une formation plus "conventionnelle" : Gloria. Les membres de cette dernière ont réuni avec brio la quintessence du rock 60's et de la soul avec dans ses rangs trois filles (pour la plupart chanteuses à temps plein) et trois garçons (guitare-basse-batterie). En live, la formation arrive à retranscrire facilement les émotions que procure son dernier disque, In excelsis stereo, une pop soul sensuelle propice aux déhanchements effrénés mais aussi à la communication céleste. Testé et approuvé malgré l'interrogation de plusieurs festivaliers sur l'intérêt de la programmation de ce groupe.

La rage de Tomaga La rage de Tomaga En tout cas, s'il y a bien une formation qui a été beaucoup plébiscitée pour cette nouvelle édition de La Ferme Électrique, c'est bien Tomaga. Le duo londonien amène son auditoire vers des sphères beaucoup plus expérimentales et déshumanisées que ce que nous avons vu jusqu'à présent lors de cette première journée. Ces deux membres de The Oscillation construisent leurs plages sonores de rythmes et de percussions subtiles et variées pour accueillir d'obscurs bidouillages sonores. Dit comme ça, cela pourrait paraître totalement indigeste, mais une fois pris dans la nébuleuse, on ne s'en défait plus, trop dépendant de notre attirance pour les choses curieuses.

Si tu voulais quelque chose de bien concret et conceptualisé musicalement, il fallait absolument être sous la grange pour vivre le show énergique des punk-rockeurs de Last Night. Composé de certains membres de Frustration, Fix-It, Bain de Sang ou bien de Master Master Wait, le quintet parisien mène la danse frénétique des amateurs de sons hautement électriques. Ça bûche, c'est animal et nos oreilles s'en souviennent encore.

La première déception de la journée est à mettre au compte d'un combo dont la figure de proue est un espèce de crooner raté australien répondant au nom de Nathan Roche, j'ai nommé Le Villejuif Underground. Si l'identité musicale de ce projet collaboratif est bien définie et louable, c'est à dire une pop lo-fi, garage voire country inspirée de Beck, d'Eels ou de Lou Reed, la manière dont le chant est amené est discutable. En effet, qui aime à la fois le talk-over, la discordance vocale et la nonchalance exacerbée ?

Plus tard, nous avons de nouveau affaire avec des Anglais, ceux de Hey Colossus en l'occurrence, qui ont le malin plaisir de nous immerger dans un tortueux mélange de post-rock, de noise, et de post-hardcore bien salé comme il faut. Ça cloue le bec direct, et nous fige tant c'est grandiose à vivre.

Un peu comme Cocaïne Piss, qui dans un autre registre (punk-hardcore freestyle frénétique) met la folie aux avant-postes grâce à une Aurélie Poppins déchaînée comme jamais. C'était la dernière occasion de la journée pour foutre un gros dawa. Brutal as fuck ! KO debout !

Pisse et cocaine au programme ! Pisse et cocaine au programme ! La soirée se termine plus paisiblement avec la linéarité progressive électronique et par moments expérimentale de Nova Materia. Un truc qui fait te fait bouger et t'endormir en même temps, une louche sensation d'un excès de musique aujourd'hui ? C'est rien à côté de ce que nous allons vivre au camping (enfin, certains, pas moi) quelques temps plus tard avec la mise en place d'un soundsystem de dub qui fera dérouler un par un ses plus beaux remix en vinyles jusqu'au lendemain matin, ou comment mettre en rogne quasiment tout le camping ? Sont trop forts les gens de La Ferme Électrique !

Samedi 8 juillet 2017, alors que Do The Dirt réveille les festivaliers (et les riverains) au bar de la Croix Blanche dans le centre-ville de Tournan avec un petit blues de papa, nous cherchons plutôt le calme et la nature du parc pour se restaurer et se (re)poser car la nuit fut courte. Si bien que le temps de revenir au camping, de se prendre un petit apéro en comité, de débattre sur les +/- de la veille et d'échanger sur le programme du jour avec nos voisins, nous arrivons à la fin du show de Chinese Army, qui semblait déverser une pop minimaliste pas dégueulasse (The Black Keys-like ?) d'après les ondes propulsées à l'extérieur de l'étable.

On débute donc la journée avec Mendelson, la formation historique de Pascal Bouaziz (Bruit Noir, Haïkus) auteur d'un récent album de reprises ou plutôt d'appropriations de titres traduits en français de Leonard Cohen, Bruce Springsteen ou Marvin Gaye, pour ne citer qu'eux. Nous restons circonspects devant la musique à textes de la formation rock, il y a du bon, du moins bon, des ambiances presque intimistes et des envolées électriques intenables, si bien qu'on ne sait pas sur quel pied danser. Si vous rajoutez à cela notre quasi ignorance sur l'histoire de ce groupe et ce qu'il a fait, difficile alors de véritablement prendre goût à ce spectacle.

C'est quasiment l'inverse pour Delacave, duo de la Grande Triple Alliance Internationale de l'Est bien connu de nos services de scouting. Auteur d'un excellent dernier album à quatre et au format rock, nous nous attendions à une "gloomy cold wave" à la hauteur de celui-ci. Manque de bol, Lilly Pourrie et Seb Normal se sont retrouvés sur scène comme à l'ancienne, avec un synthé et une basse en poche. De fait moins imposant sur scène, leur musique reste néanmoins percutante et broye toujours autant du noir dans l'esprit, mais a une force de persuasion intense quand il s'agit de faire bouger les masses, même quand il fait 45 degrés dans l'étable.

Daikiri dans la foule Daikiri dans la foule Imaginez si Daïkiri avait suivi dans la foulée sur la même scène. Eux, ont choisi de jouer dehors sans estrade, en plein milieu du site et du public, tout comme Chafouin, one-man band qui bidouille ses machines, programme et fait des loops en enregistrant des séquences de guitares et en accompagnant le tout à la batterie. Mais revenons à Daïkiri : quelle claque ! Le duo basse-batterie messin a mis en œuvre avec vigueur son math-rock bruitiste et timbré entouré d'un public scrutateur et amusé. Une véritable messe cacophonique déboulonnant les codes établis dont se souviendront les festivaliers pendant longtemps. Difficilement remis de ce concert et l'envie soudaine de se restaurer nous font rater la plupart de la prestation de Fai Baba, dommage car le groupe suisse avait des arguments en stock avec sa pop-folk psychédélique.

Dans la grange, The Limiñanas soigne son concert plein de sensualité féminine et envoie ses effluves de rock garage à qui veut bien les percevoir. La sauce prend bien sur les premiers morceaux du concert mais tend à nous accabler sur la suite. L'effet festival ? À revoir sur une autre date, peut-être.

Les Londoniens d'Housewives, que nous connaissons bien pour les avoir vus plusieurs fois ces dernières années, ont aussi succombé à notre grande surprise aux joies de l'expérimentation rock. Peut-être encore plus que leurs compatriotes Tomaga du reste. Froide et torturée comme jamais avec un côté très spirituel, puissant et dérangeant à la fois, la musique du quatuor n'a pas l'air de diviser les foules. Bien au contraire, son caractère envoûtant domine sur ce spectacle qui, aussi bizarre que cela puisse paraître, le fait passer pour l'un des meilleurs de cette édition de La Ferme Électrique.

C'est une toute autre ambiance que nous offrent les Faire avec leur électro technoïde punk VF, quelque part entre Le Prince Harry, La Femme et Salut C'est Cool. Sans mauvaise volonté, avec des titres plus ou moins de bon goût, la formation parisienne organise un joyeux bordel dansant à l'intérieur de la grange. Mention spéciale au mec perché qui a passé une bonne partie de son temps à se trémousser et à faire le con devant la scène et le groupe qui est en train de jouer. On vous avait prévenu, la convivialité est l'une des essences de ce festival.

P3C OTAKÉ P3C OTAKÉ Très bonne surprise que fut les jeunots de Pogo Car Crash Control, des locaux qui ont investi l'étable pour mettre autant de bordel que Faire mais dans un registre orienté punk-hardcore cette fois-ci. Pogos, slams, et stage diving sont monnaie courante dans ce genre de show où les watts sont à donf, ça n'a pas loupé et de forte belle manière dans ce dernier vrai défouloir de cette belle fête qui se conclue avec Guili Guili Goulag.

Les Belges armés d'une batterie, d'une basse et d'une harpe celtique nous balancent leur "harpcore" (ça ne s'invente pas) pour nous achever en pleine nuit à coup de rythmes tribaux très souvent cycliques, de mélodies hypnotiques et de petites expérimentations labyrinthiques. Voilà de quoi nous aider à plonger plus rapidement dans les bras de Morphée après une journée bien chargée en émotions et vibrations diverses.

La nuit est déjà bien entamée, nous partageons un dernier verre de l'amitié avec nos voisins de camping, sans soundsystem dub cette fois-ci, mais avec des souvenirs de concerts plein la tête. On retiendra également de cette huitième édition (qui a accueilli 800 personnes par jour) toutes nos aventures/découvertes parallèles comme la confection d'un fanzine à base de dessins collaboratifs, les différents ateliers dont la sérigraphie et autres expériences sonores participatives, les performances d'artistes (graffeurs, musiciens.), la petite discothèque miniature, ou bien le fameux dansomaton (on vous laisser chercher sur la chaîne YouTube du festival). On a déjà hâte d'être à l'année prochaine car rien ne remplace l'univers unique de la La Ferme Électrique actuellement. On vous donne donc rendez-vous l'année prochaine. À bon entendeur !