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Devoir de mémoire ou facilité de l'oubli

Criminels de guerre nazis : Une justice aléatoire


La Shoah : Six millions de victimes juives, tziganes, handicapées, homosexuelles. exploitées, violées, torturées et gazées dans des camps d'extermination dits "camps de la mort". L'élimination systématique des "races" supposées "inférieures". Les heures les plus sombres de l'humanité ; la seconde guerre mondiale a révélé l'être humain dans ce qu'il pouvait avoir de plus barbare en lui. Auschwitz Birkenau, Dachau, Treblinka. Autant de noms synonymes de l'horreur, insoutenable, innommable ; et gravés dans la mémoire collective pour l'éternité.

1946 : Le Procès de Nuremberg jugeait les 24 principaux dignitaires du Régime nazi, des membres du NSDAP (Parti Nazi), la SS, le SD (Service de Securité d'Hitler) et la Gestapo. Parmi ceux-ci, tous les proches d'Hitler, dont notamment Hermann Goering, Rudolf Hess, Alpert Speer. Pour autant le sort de nombre d'autres responsables de crimes de guerre n'a pas été aussi limpide et tous les responsables n'ont pas été traduits en justice aussi aisément. L'exemple de la fuite de Maurice Papon pour échapper à la justice française n'étant pas un fait isolé.


Crimes contre l'humanité

L'exil volontaire a été ainsi le système de défense commun à la plupart de ceux qui se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité, crime le plus grave pour lequel un individu peut être jugé, aujourd'hui devant le Tribunal Pénal International de La Hayes (Pays-Bas). Assassinat, extermination, réduction en esclavage, déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile", telle fut la définition de la notion juridique de crimes contre l'humanité, lorsque celle-ci fut instaurée lors du cadre du Tribunal Militaire International de Nuremberg.
Qu'ils aient été nazis ou collaborateurs de ceux-ci dans les pays occupés (France, Pays-Bas, pays nordiques.), bénéficiant de l'absence d'accord d'extradition entre les pays (souvent d'Amérique du Sud), d'appuis évidents de personnages influents et de la corruption, nombres d'anciens nazis ou collaborateurs s'étant rendus coupables de tels crimes ont souvent réussis à fuir l'Allemagne en 1945. Certains parvenant même à faire sortir du pays une partie du trésor de guerre spolié aux juifs.


Simon Wiesenthal, seul contre tous

Simon Wiesenthal, rescapé avec sa femme des camps de la mort, a passé le restant de sa vie à tenter de faire juger les responsables de l'Holocauste. Eminent spécialiste en la matière, il estimait, en 1967, lorsqu'il écrivait les Assassins parmi nous, que sur les quelques 110000 nazis ayant participé à des crimes contre l'humanité, 14 000 seulement avaient été jugés et 10 000 vivaient en toute liberté sous de faux noms. Les autres ayant trouvé refuge dans des pays peu regardant ou disposés à accueillir d'anciens nazis : Argentine, Chili, Paraguay et même Etats-Unis ; plusieurs états dont certains ne disposaient alors pas de traités d'extradition avec les états européens.
Si des hommes tels qu'Andrija Artukovic surnommé le "boucher des Balkans", ou l'estonien Karl Linas, criminels de guerre notoires ont été extradés des USA en 1984 pour le premier et en 1987 pour le second, il faut rappeler que la Yougoslavie réclamait l'extradition d'Artukovic depuis près de trente ans. Condamné à la peine capitale en 1986 lors de son procès (soit près de 40 ans après les faits), il décédera en 1988 à l'hôpital de la prison de Zagreb. A croire que le concept de justice ne devait pas nécessairement s'appliquer à tous de la même manière. Certains criminels de guerre, tristement célèbres, ayant pu longtemps échapper à la traque pourtant impitoyable des chasseurs de nazis tel que Simon Wiesenthal.
Seulement aidé de sa femme, sans aucun moyen logistique ni appui politique (ou si peu), il a traqué sans relâche et par delà les continents, tous ceux qui avaient participés de près ou de loin à l'extermination systématique des juifs, des tziganes, des handicapés... Mais difficile, parfois infructueuse et d'autres fois couronnée de succès, fut l'oeuvre de Simon Wiesenthal.


L'Amérique du Sud comme terre d'exil

C'est ainsi en Argentine que le tristement célèbre docteur Mengele, surnommé " l'ange de la mort ", médecin chef du camp d'Auschwitz et responsable d'expériences, d'une barbarie difficilement imaginable, pratiquées sur des cobayes humains, est parvenu à échapper à la justice internationale. Une fois installée en Amérique du Sud, il y coula des jours tranquilles et organisa l'accueil et l'intrégration de centaines d'autres nazis. Le Dr.Mengele y mourut en 1979, mais preuve de la difficulté des institutions internationales à opérer efficacement de concert et des soutiens dont des hommes tels que lui bénéficiaient, on continua à l'y rechercher jusqu'en 1985, date où son corps fut enfin identifié.
A l'inverse, preuve que les méthodes dites « musclées » peuvent parfois s'avérer plus efficaces que d'autres plus conventionnelles, c'est également en Argentine qu'un commando du Mossad (Services Secrets israéliens) enleva, en 1960, Adolph Eichmann, homme de confiance d'Hitler, logisticien du IIIe Reich et maître d'oeuvre de la solution finale. Emmené à Jérusalem, il fut jugé et pendu en 1962. Celui grâce à qui Eichmann a pu être traduit en justice n'est autre que Simon Wiesenthal, lui-même qui avait perdu la quasi-totalité de sa famille dans les camps de la mort nazis et qui parvint alors à réussir l'impossible, capturer l'un des grands responsables sinon LE responsable de la Shoah.


Appuis politiques

D'autres tels que Klaus Barbie ont sans doute largement bénéficié du peu d'empressement des autorités de certains pays d'Amérique du Sud à collaborer avec les états européens. Ainsi celui qui fut surnommé durant la guerre le "boucher de Lyon", chef de la Gestapo lyonnaise entre 1942 et 1944 et responsable de la mort de Jean Moulin s'était enfui en Bolivie d'où il fut extradé à la demande de la France en 1983, soit un peu moins de 40 ans après les faits.
Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives du gouvernement de Vichy n'eut, quant à lui, qu'à traverser les Pyrénées pour trouver refuge au coeur de l'Espagne franquiste ; tandis que Paul Touvier, chef de la milice de Lyon et condamné à mort par contumace en 1945 et 1947, a réussit le tour de force d'échapper à la justice en demeurant sur le territoire français. Gracié par le président Georges Pompidou en 1971, mais surtout protégé par des prêtres intégristes, il fut finalement arrêté dans un prieuré de Nice en 1989 puis condamné pour crimes contre l'humanité en 1994. Incarcéré à la prison de Fresne, il y mourut deux ans plus tard.


Le cas Brunner

Reste toujours Aloïs Bruner, nazi autrichien, secrétaire d'Eichman et ingénieur de la solution finale, arrêté par les Américains en 1945 et relâché. Longtemps réfugié à Damas, les autorités syriennes affirment, sans preuve, qu'il est mort. Ce qui n'a pas empêché la France de le renvoyer en septembre 2001 devant une cour d'assises pour avoir été responsable de la mort des centaines d'enfants du camp de Drancy, qu'il dirigeait d'une main de fer. Responsable de 147 000 déportations, Brunner fut condamné à perpétuité par contumace pour crimes contre l'humanité. Lorsque l'on sait que la plus jeune de ses victimes était un petit garçon âgé d'à peine 15 jours et que nul ne sait avec exactitude ce qu'il est advenu d'Alois Brunner, la question de savoir si la justice a véritablement été rendue de manière partiale peut légitimement être posée.
Quant à Paul Schaefer, son cas reste d'actualité puisqu'il a été arrêté en Argentine cette année. A 83 ans, à l'instar des plus célèbres barons de la drogue, cet ancien nazi était jusqu'alors l'un des hommes les plus recherchés d'Amérique latine, notamment par les chasseurs de nazis. Fondateur en 1966 de "Dignidad", une communauté (une secte diront la plupart.) de quelques 300 âmes venus d'Allemagne est vivant au Chili sur 1500 hectares de terrain situés aux pieds des Andes. Gourou manipulateur, condamné pour pédophilie et recherché activement pour des actes de torture perpétrés sur de jeunes enfants, Schaefer avait fui l'Allemagne après la fin de la guerre pour se réfugier au Chili, où il fut notamment protégé par des membres influents du gouvernement dont l'un d'entre eux n'était autre qu'Augusto Pinochet en personne.


Après avoir consacré la majeure partie de sa vie à traquer des ombres, Simon Wiesenthal, véritable "conscience de la Shoah", s'est éteint le 20 Septembre 2005. Il avait 96 ans et laisse derrière lui plusieurs centres portant son nom et chargés de poursuivre son oeuvre, Wiesenthal lui-même estimant qu'encore aujourd'hui, plusieurs dizaines, voire centaines d'anciens responsables nazis mènent une vie paisible sans avoir jamais rendu compte de leurs actes devant la justice. Sans avoir droit à des funérailles officielles malgré l'importance de son oeuvre, Simon Wiesenthal a été inhumé dans le village où réside sa fille.

AureliO
Novembre 2005

> Posté par aureliO le 14/11/2005 @ 14:04:27

Par aureliO le 20/12/05 à 12:51

[-] Re: Devoir de mémoire ou facilité de l'oubli

aureliO
aureliO - 3968 msg
Terrier : à gauche à fond du couloir

Di Canio a été suspendu pour un match. Il écope également de 10000 euros d'amende.... soit quoi? deux jours de salaire? pfff
--
http://www.w-fenec.org/
http://www.w-fenec.org/~aureliO/

 

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