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rock Rock > Earth > Chronique LP / Extra-capsular extraction

Earth
EP : Extra capsular extraction
Label : Sub Pop
subpop.com/
Style : Drone/doom
Date de sortie : 18/10/1991
Eye Surgery
Concepts
Problems


earth_extra_capsular_extraction.jpg Extra capsular extraction. C'est avec ce petit bout d'album (3 chansons pour 32'24) et sur fond de déferlante grunge que Dylan Carlson va entamer en 1990 l'épopée Earth, écrivant ainsi la première page de ce qu'on appellera le drone (bourdon en anglais, pour une fois, une étiquette qui colle bien à la musique). Le drone. Musique expérimentale et exigeante s'il en est, constituée principalement de "vagues" sonique distordue à l'extrême et souvent très basses fréquences (comme c'est le cas ici). Musique hypnotique, minimaliste et répétitive, qui se ressent physiquement plus qu'elle ne s'écoute (quiconque a assisté à un concert de Sunn O))) verra sûrement très bien de quoi je veux parler), pouvant aussi bien provoquer une révélation mystique chez les uns qu'un rejet total chez les autres (ou un ennui profond, au choix). Le drone quoi.
C'est après le déménagement de Dylan Carlson pour Seattle que tout va réellement commencer pour Earth. Greg Babior et Slim Moon ne l'ayant pas suivi (ce dernier étant parti fonder le label Kill Rock Stars), l'ami Dylan débauche Dave Harwell à la basse et Joe Preston (Thrones, Melvins, High on Fire, Sunn O))).) à la basse et aux percussions et part s'enfermer en studio. Sont également invités à pousser une petite gueulante au passage, son ami Kurt Cobain (Nirvana) et la riot grrl Kelly Canary (Dickless). Au programme des réjouissances : l'enregistrement de deux morceaux (dont un en deux parties) parmi les plus lents et lourds jamais enregistrés. Et oui, nous ne sommes qu'en 1990 (bien que l'album ne sort qu'en 1991, chez le légendaire label SubPop) et ça fait déjà bien mal !
La marque de fabrique de ce que sera Earth par la suite est déjà là : quelques riffs simplissimes qui tournent en boucle, une ambiance shamanique, mystique et rituelle, hypnotique au possible, des rythmes d'une lenteur folle et le tout avec la classe et la lourdeur d'une procession de mammouths (et oui vous ne le saviez pas encore, mais c'est classe une procession de mammouths). Contrairement à d'autres adeptes des guitares et rythmiques plombées (je pense notamment à Neurosis ou Burning Witch), je ne trouve pas vraiment que la lourdeur soit ici perçue comme une agression physique ni comme un coup de marteau sur la tête. Une fois passées les trois premières minutes de "A bureaucratic desire for revenge part 1 (Eye surgery)" et après avoir bien pris conscience de sa présence, elle ne semble qu'un élément du paysage dressé par Carlson et sa bande. Elle est juste naturellement là, subie mais pas forcée, un peu comme si la gravité autour de nous avait doublé mais qu'on s'y acclimatait finalement assez bien. Puis on s'abandonne progressivement aux rythmiques tribales minimales et sporadiques de Joe Preston et à l'aspect mystique de cette première piste, quand tout à coup un douloureux et soudain blanc signe la fin de la première piste, nous sortant de notre confortable torpeur et nous laissant un cours instant tous nus, les tympans en manque. Commence alors "A bureaucratic desire for revenge part 2 (Concepts)" sur un ton qui, malgré les mêmes riffs familiers, semble plus épique et plus grave (la faute au blanc ?). Cette piste présente les seuls vocaux du disque, soient une espèce de mantra rampante déclamée par Cobain et Carlson sur laquelle viennent se poser les hurlement décharnés et flippants de Kelly Canary, ajoutant grandement au caractère inquiétant de l'ensemble. Quand s'achève cette seconde piste, on se sent tout de suite moins à l'aise. C'est alors que commence ce qui est à mon avis le chef d'oeuvre de cet album : "Ouroboros is broken (Problems)".
Ce titre culte, qui sera d'ailleurs repris sur l'album live Sunn amps and smashed guitars ainsi que sur l'album de reprises Hibernaculum, a tout d'abord un titre idéalement choisi. Ouroboros est le symbole du cycle et de l'infini, illustré par le symbole ancestral du serpent dévorant sa propre queue. Contrairement, aux deux pistes précédentes, il n'y a plus ici aucune variété dans les structures. Un riff pour le moins inquiétant est répété à l'infini, appuyé par des percussions de moins en moins fréquentes. Le mur de guitares est plus présent et dense que jamais, l'ensemble encore plus hypnotique. Puis, de manière extrêmement discrète et progressive, les percussions vont disparaître, le riff va se simplifier à outrance, petit à petit, pour finalement devenir un enchaînement de trois accords vrombissants sans qu'il ait été vraiment possible de noter le changement, trop absorbés que nous étions dans la mer de distorsion et de basses fréquences nous entourant de toute part. Pourtant le cycle est brisé, et seule la guitare de Carlson va continuer sa marche solitaire et douloureuse de près de dix minutes jusqu'à ce que la dernière goutte de ce magma sonore soit épuisée, jusqu'à ce que le morceau se soit consumé entièrement.
Comme vous l'avez compris, malgré la grande qualité des deux premières pistes, forts sympathiques au demeurant, "Ouroboros", de part son jusqu'auboutisme et son aura illuminée, les effaces de toute sa présence et les écrase de tout son poids. Ce titre nous montre également la direction vers laquelle Carlson allait emmener sa bête. Il pose clairement ici les bases de ce qui allait suivre, devait suivre ; un monstre faisant presque passer ce superbe premier effort pour un brouillon boiteux et maladroit : Earth 2 : Special low frequency version.

vince
Janvier 2008
mis à jour Février 2008

Par Ted le 30/01/08 à 13:34

[-] Re: Earth - Extra capsular extraction

Ted
Ted - 4596 msg
Terrier : Paris

Comme ca me donne trop envie d'écouter l'album !
Je connais pas SunnO non plus, mais juste pour voir, je veux bien y tendre l'oreille.
--
Libérez nous des libéraux

 

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