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Somna > Interview / In-somna (août 2005)
Somna n'ayant pas de site internet et sa musique étant exclusivement instrumentale, une petite conversation via mail s'imposait avec Julien Chamla (batterie) pour en découvrir un peu plus sur un groupe qui a, discrètement mais très sûrement, frappé fort avec son premier EP, Hyperréalité. Et à l'image du disque, ça s'avère très instructif et passionnant !
Etant donné le peu d'informations que pourront glaner les internautes via la toile, pourriez-vous m'en dire un peu plus sur ce qu'est Somna et sur ceux qui composent ce trio ? Pourquoi ce nom par exemple ? Qu'est ce qui vous a conduit à monter ce groupe ?
Jool alias Julien Fighiera (le bassiste) et moi jouions déjà ensemble dans un groupe de thrash/death local (Kaivalya). On s'est petit à petit retrouvés à deux en répète, on en avait un peu marre du métal et on cherchait à faire d'autres choses, on a composé quelques trucs basse/ batterie, d'ailleurs le premier morceau de la démo avait pratiquement été composé à deux, c'est à ce moment que le Ge (Gérard, le guitariste) est arrivé, ça a collé tout de suite, le groupe était formé.
Somna, ça veut dire s'endormir en suédois. On voulait un nom qui évoque le domaine onirique, le moment où l'on commence à ne plus contrôler ses pensées avant de tomber dans le sommeil, quand nos pensées deviennent surréalistes. On aimerait illustrer cet état à travers notre musique. On a longtemps cherché et c'est finalement une amie suédoise qui a trouvé le nom Somna après être venue nous voir en répète. Ca nous a tout de suite plu alors on l'a gardé. Pis c'est quand même la classe d'avoir un nom suédois !
Hyperréalité est votre premier effort, qu'est ce que cela vous fait d'en avoir terminé avec ce disque ? Avec un peu de recul, qu'en pensez-vous maintenant que vous ne pouvez plus rien modifier dessus (question vache !) ?
Non, non, c'est pas une question vache ! Justement avec le recul on trouve que le disque est vraiment trop aseptisé, trop propre et qu'il manque de vie. C'est dû à plusieurs choses, déjà c'était notre premier véritable enregistrement et on a enregistré chacun notre tour (en re-re comme ils disent dans le jargon.), donc finalement on s'est appliqué à jouer nos parties correctement mais du coup on n'y a pas mis l'émotion ni l'intention nécessaire. Mais on a beaucoup appris. Justement on vient d'enregistrer les mêmes morceaux (début juillet 2005), plus un nouveau, pour un label lillois (ohayo records), mais cette fois-ci on a enregistré en condition "live" en quelques heures. On est beaucoup plus content des versions, les morceaux vivent, tout est beaucoup plus chaleureux, plus humain.
J'ai calculé, le disque dure un peu plus de 46 minutes, le voyez-vous comme une démo ou comme un véritable premier album ? Ou un peu entre les deux... ?
Pour nous c'est vraiment une démo, on a fait cet enregistrement pour pouvoir enfin démarcher pour les plans concerts, les chroniques, etc. ça faisait un an qu'on bossait dans nos salles de répète et à un moment il fallait bien qu'on sorte de notre trou ! Mais on nous a souvent dit que notre démo avait plus une allure d'album, c'est aussi dû à la propreté du son.
Où, comment et avec qui avez-vous enregistré cet EP ?
On a enregistré chez mon ancien prof de batterie à Reims (Phillipe Ballot). Comme je le disais on a enregistré chacun notre tour au clic, on a pris une journée pour chaque instrument, ensuite Philippe a mixé tous ça tranquillement, il nous a fait un truc très propre.
Comment se met en place le processus de composition des morceaux au sein de Somna? Vous écrivez chacun de votre côté ou tous les trois réunis ?
En général Jool ou Ge arrive avec une idée en répète, on fait tourner, on essaie de développer cette idée et de trouver chacun une partie qui colle au mieux, on passe parfois des week-ends entiers sur un même riff ! C'est parfois désespérant d'ailleurs mais au final ça paie toujours, quand on trouve enfin ce que l'on recherche après des dizaines d'heures à tourner en rond, c'est réellement jouissif ! Le problème suivant est justement de trouver une suite ! Pour ça on discute beaucoup, on essaie de raconter l'histoire de cette mélodie, quels sentiments ou quelles émotions évoque-t-elle ? Alors on s'imagine un personnage qui évolue dans un univers irréel et à qui il arrive toutes sortes d'évènements étranges ... notre personnage s'est d'ailleurs déjà retrouvé à nager dans un lac spatial avec des baleines cosmiques, c'est tout dire !. Cela nous permet de suggérer des rêveries, des émotions, et d'inviter l'auditeur à faire un grand voyage onirique.
Pourquoi n'avez-vous pas donné de titre à vos morceaux ? Le ferez-vous sur votre prochain disque ?
Ca a été déjà dur de trouver un nom pour le groupe, alors un nom pour chaque morceau, t'imagines pas ! Non, c'est pour les mêmes raisons, ne pas donner de titre permet à l'auditeur une interprétation libre de chaque morceaux, voir même de "découper" chaque morceaux, chaque parties comme il le désire. La musique doit d'elle-même évoquer un sentiment, une situation, une personne, un souvenir, une idée, un lieu. Mettre un titre restreint tout de suite le champ de vision de l'esprit. C'est aussi pour ça que l'on veut que notre musique reste instrumentale, même si on a longuement débattu pour savoir s'il fallait ou non incorporer un chant.
En ce qui concerne l'album en termes d'écoute, si globalement, on peut dire que votre musique évolue dans les sphères du post-rock, les deux premiers titres sont quand même très largement influencés par le jazz, surtout le premier ? D'où cela vous vient-il ?
On a tous les trois écouté pas mal de jazz, Ge et moi en particulier ces dernières années, donc ça se ressent forcément quelque part. Par contre aucune note n'est improvisée sur cette démo, alors que l'essence même du jazz est dans l'improvisation.
En parlant de ça, y a t il des groupes ou des artistes dont vous revendiquez une quelconque influence ?
Non, pas vraiment. Par contre des groupes et des artistes que l'on respecte infiniment et que l'on adore, ça oui, il y en énormément. Bon, ça ne se ressent pas franchement dans notre musique mais on a tous les trois écouté du métal pendant des années. Pour ma part, Pantera, Death, Cynic, Opeth, sont encore des groupes que j'adore. Mais aujourd'hui j'écoute surtout des artistes issus de la scène du "jazz européen", Michel Portal, Louis Sclavis, Christophe Marguet, Philippe Deschepper, Patricio Vilarroel, François Merville, Andy Emler, Marc Ducret, Bruno Chevillon, Daniel Humair. il y en a plein d'autres, ce sont tous des génies ! Là on est bien loin du jazz traditionnel. Les ambiances qui ressortent de cette musique sont parfois proches de celles que l'on peut trouver dans le post-rock ; des atmosphères assez sombres, inquiétantes, mystérieuses, aériennes, et aussi une énergie énorme ! Sinon il y a évidemment les Pink Floyd, le Ge est un gros gros fan ! Il adore aussi Ozric Tentacle, puis il a y aussi des groupes comme King Crimson, Led Zeppelin ou les Doors qui ont dû pas mal nous influencer. Ca n'a rien à voir mais je prends aussi mon pied à écouter Joan Baez ou Bob Dylan, après, l'influence elle est partout ! Le fait de se balader, de voyager, de lire, de passer du temps avec ses potes, de discuter avec un inconnu, tout ce que tu vis au quotidien; consciemment ou pas, tout ça t'influences dans ta musique.
Alors que l'album est, comme dit plus haut, influencé par le jazz, vous laisserez vous aller à improviser en live ?
Il y a un tout petit plus de place pour l'improvisation dans nos nouveaux morceaux, c'est une approche que nous avons envie de développer dans le futur. Mais le travail d'improvisation est très différent de celui que l'on fait en ce moment dans Somna, nous composons de telle manière qu'il est très difficile d'improviser sans dénaturer l'esprit du morceaux, sa structure, sont ambiance. La structure même de chaque morceau nous permet de raconter une histoire, mais chaque improvisation doit elle aussi raconter une histoire ! Là est toute la difficulté. Il faudrait que l'on simplifie réellement les structures de nos morceaux pour pouvoir improviser, ça viendra sans doute un jour.
Votre musique est très aérienne, et mélodique. Quel était votre état d'esprit lors de l'écriture de cet EP, qu'avez-vous voulu faire passer à travers Hyperréalité si ce n'est évoluer dans une sorte d'univers parallèle au notre comme le suggère le titre ?
Heuuuu... j'ai du répondre à tout ça dans les questions à propos du processus de composition, puis la suivante. Mais oui ! C'est exactement ça ! On veut rester dans le monde du rêve, du sommeil, de l'endormissement et de "capter" ces instants où l'on commence à ne plus contrôler nos pensées, où l'irréel côtoie des pensées plus concrètes. On peut faire de ces instants une réalité à part entière.
A l'instar d'un groupe tel qu'Explosions in the Sky, les morceaux de cet album sont souvent plutôt longs (le premier durant ainsi plus d'un quart d'heure), qu'en sera-t-il dans le futur ? Pourriez-vous par exemple écrire un morceau de 3 ou 4 minutes ?
Jusqu'à maintenant nous avons toujours eu besoin de morceaux longs pour exprimer ce que nous voulions. Dans un style comme le notre, instrumental, avec des passages répétitifs c'est vraiment difficile de faire passer quelque chose en 3 ou 4 minutes, on a besoin de plus de temps pour développer nos idées, pour installer une ambiance. Mais pourquoi pas, dans l'avenir si 3 minutes nous suffisent, alors ce sera très bien, et si nous auront besoin de 25 minutes, alors ce sera 25 minutes !
Avez-vous conscience d'être un peu les seuls à vous essayer au post-rock en France (on peut également citer les lillois de Neko ou les valentinois de Don't look back) ?
Non, pas du tout. Nous n'avions même pas conscience de faire du post-rock ! On commence à peine à découvrir cette scène parce que tout le monde nous classe dans le post-rock, mais avant que l'on nous parle de ça on ne connaissait même pas... Du coup on commence à s'y intéresser pour éviter de paraître trop incultes ! Et on découvre effectivement des bijoux tels que Tortoise. On a aussi eu l'occasion de jouer avec Poney Club (Tours/ Orléans) et Permanent Fatal Error (France/ Italie) qui font (en gros) partie de cette scène et on a vraiment pris deux belles claques, donc j'imagine que des groupes post-rock il doit y en avoir quand même d'autres en France.
Au-delà de votre travail sur Hyperréalité, j'ai lu sur le press-book qui m'a été envoyé que votre démarche artistique dépassait le simple cadre de votre musique et que vous voudriez collaborer avec des artistes venant d'univers différents du votre. Pourriez-vous en dire un peu plus ?
Oui, dans l'avenir on aimerait vraiment collaborer avec des graphistes, des peintre, des photographes, des danseur(se)s, des vidéastes, où même des artistes issus d'un milieux plus littéraire. Nous sommes très ouverts de ce côté là. La démarche ne serait pas du tout dans le but de présenter un grand spectacle, mais bien au contraire d'offrir en concert une expérience intime en fusionnant les arts. On accorde beaucoup d'importance à l'aspect visuel. Quand on va voir un concert, on se souvient finalement plus d'une ambiance, d'une atmosphère, d'un lieu ; les images, les mouvements restent gravés. Évidemment, nous voyons ça sur du long terme, on essaie déjà de rencontrer des gens de différents milieux, n'est pas toujours évident de faire LA rencontre.
D'un point de vue musical, quels sont vos projets maintenant que Hyperréalité est sorti ? Des concerts, une tournée mondiale (rires), un nouveau disque ?
Évidemment qu'une tournée mondiale est prévue, pourquoi tu rigoles ??? !!! Noooon, déjà comme je le disais en début d'interview nous venons d'enregistrer 5 titres pour le label ohayo records, ce sera l'occasion pour démarcher activement et trouver un maximum de dates. Nous sommes aussi en train de faire notre site internet, c'est devenu indispensable. Sinon la grosse priorité ce sont les concerts ! Puis on continue à composer, composer.
De manière plus générale, que pensez-vous de l'évolution de la musique actuelle ? N'est-ce pas un peu difficile d'exister lorsque l'on voit que tout tourne autour d'une démarche résolument mercantile, donc facile d'accès (on ne cite pas de noms ici), ce qui n'est pas nécessairement le cas avec votre musique ?
Personnellement je me tiens assez peu au courant de ce qui marche en ce moment. Je me rends juste compte qu'il y a de plus en plus de belles merdes, ça c'est certain. D'un autre côté il y a aussi beaucoup plus de musiciens, de vrais passionnés de la musique, d'associations qui ont envie de faire vivre des musiques totalement ignorées des médias, c'est évidemment une bonne chose. Ce qui est dommage c'est que chaque milieu musical évolue indépendamment des autres, j'ai le sentiment qu'il y a finalement très peu d'échanges entre les genres musicaux. C'est mon sentiment, après je n'ai certainement pas l'expérience nécessaire pour en parler.Sinon pour nous, le fait d'exister n'a pas encore franchement de sens là où on en est. Le vrai problème c'est que pour exister, se faire connaître, il faut aussi faire un travail énorme de démarchage, de communication, avoir des relations, se faire un réseau, etc. Ca paraît être une évidence mais c'est très dur de se lancer dans ce travail, tu peux faire la plus belle musique du monde, si tu ne sais pas la vendre tu n'existeras pas.
Parlons un peu du sujet "hot" du moment (non pas la liaison entre Angelina Jolie et Brad Pitt) : que pensez-vous de l'utilisation du média qu'est Internet dans la promotion de la musique et du téléchargement légal/ illégal dans sa diffusion ? (P2P, MP3, plateformes payantes.)
Je pense que ça doit pas être facile d'avoir une vraie vie de couple quand tu t'appelles Brad Pitt et Angelina Jolie... hum pardon (rires). Le fait de pouvoir télécharger de la musique gratuitement permet de découvrir énormément de choses auxquelles tu n'aurais jamais eu accès autrement. Pour moi internet est seulement un outil de découverte (pour la musique en tout cas), et quand on apprécie un artiste je trouve normal d'acheter ses albums, pas de les télécharger et de s'arrêter là.
Une question (éventuellement stupide.) que je n'ai pas posé et à laquelle vous auriez aimé répondre ?
Des questions stupides on en a des tonnes ! Non, sinon tu aurais pu nous poser une petite question sur la pochette. Elle t'a plu ??? (NDA : sans cirage de pompes, elle est pas mal du tout). Elle a été réalisée par un ami à nous (chesterorgo@free.fr) qui bossera aussi sur le visuel sur scène. En fait le titre Hyperréalité était celui du visuel, au départ on ne voulait pas de titre non plus pour la demo. En fait là du coup j'ai pas vraiment de question à nous poser à ce propos..
Maintenant, c'est carte blanche, vous pouvez ajouter ce que vous voulez.
Et bien merci à toi pour nous avoir proposé cette interview, et si des gens veulent nous contacter pour des plans concerts, ou nous envoyer des messages d'amour, d'insultes (NDA : ah ouais, on peut ? ... rires) ou autre, c'est ici : kaivalyalala@yahoo.fr !
Merci beaucoup à Somna de nous avoir fait confiance en nous envoyant leur démo et à Julien pour ses réponses constructives.
Si vous souhaitez poster des concerts ou des infos, utiliser les pages prévues à cet effet !
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