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rock Rock > Portobello Bones > Interview / Interview de Portobello Bones (mars 2001)

Faut-il faire l'affront de présenter les Portobello ? Les années 90 sont marquées à jamais par ce combo indé de chez indé qui a décidé de quitter la scène, juste avant Maud et Marion ont rencontré Lionel et Franck. Très décontractés et en grande forme, ils font un petit retour sur eux-mêmes et leurs paroles sont en parfaite adéquation avec leur esprit...

Maud & Marion : Question un peu bateau pour commencer, petite présentation rapide du groupe pour ceux qui prennent le train en marche.....
Franck : Pour faire connaitre aux gens de la scène néometal le vrai hardrock !!! Le groupe a 10 ans, on a commencé en 91, y'a 5 albums, pas mal de vinyls, des compilations à droite à gauche,. ..euh...le nombre de concerts oh la la je ne sais pas....j'ai pas d'idées vraiment du nombre du concerts...
Lionel : On doit pas être loin de 400 je pense...

M & M : Vous n'avez tourné qu'en France ou aussi à l'étranger ?
F : A l'étranger énormément, toute l'Europe sauf l'Europe du Nord...

M & M : Et pourquoi l'étranger, parceque ca marchait mieux ?
L : Nous en fait pour re-situer, le but de ce groupe c'était surtout partir de chez nous, parcequ'en fait quand on a commencé y'a 10 ans ce qui se passait c'était soit du rock alternatif, c'était la fin... soit du blues...Donc tout ce qui pouvait être hardrock et compagnie ça n'existait plus ! Donc on a décidé d'etre le fer de lance de cette nouvelle scène !!! (rires) C'était vraiment partir hyper vite de chez nous pour rencontrer d'autres gens et puis pas faire justement genre "les gloires locales". ....Et on est partis plus dans la scène punk anarcho et tous ces trucs là... via le biais de fanzines vu qu'internet c'était pas du tout développé a l'époque et de fil en aiguille on s'est retrouvés à pouvoir partir genre en ex-Yougoslavie, en Pologne, en Hongrie...

Portobello Bones en Live

Portobello Bones en Live

M & M : Et y'a vraiment du public là-bas ?
F : Enormément ! Et d'ailleurs les gens sont plus au courant des groupes et de la zik qu'en France Parce qu'en fait tous les groupes ricains tournent là-bas et pas forcément en France... en tout cas à l'époque. Par exemple quand on est allé en Pologne les mecs étaient gavés de groupes américains que nous on a jamais vu. Mais c'est pas blasé par contre. .. Et la différence c'est que nous, on se comportait pas comme des groupes américains ou comme des groupes de la scène néometal, on est resté sur place à faire la fiesta avec les mecs et il se passait un super truc avec eux ! C'était la première fois qu'un groupe restait après un concert....
L : Du coup nous on tournait dans un circuit un peu différent où on pouvait tourner sans problèmes sans que pour autant il y ait des pages de pub, des trucs, qu'on soit sans arrêt dans la presse.... On avait moyen de tourner en Allemagne, en Hollande, en Belgique, etc... donc on a toujours été un petit peu entre deux scènes à ce niveau là. Y'a que maintenant où les gens reconnaissent qu'effectivement on est un bon vieux groupe de hardrock de merde (rires). Tu vois avant on a eu plein d'attributs genre noise-punk, on a vu de tout...hardcore .. alors qu'on n'a pas forcément grand chose à voir avec la vraie scène hardcore...mais par contre ça nous a permis, grâce aux fanzines, aux radios ou aux labels indé de tourner normalement et de sortir nos disques nous même en vinyl, sans passer forcément par les fnacs au début et puis d'imposer notre truc sans attendre d'etre signé sur une quelconque major ou sur un quelconque label....on aurait pu splitté en attendant que ca se fasse. Alors que là on pouvait vivre tout de suite et faire des trucs par nous même et surtout sortir de chez nous et ça c'était le plus important, c'était vraiment notre rêve. Bon le Japon on n'y est pas allé...l'Australie pareil... mais sinon c'est vrai qu'on est allés dans plein d'endroits où on serait jamais allés autrement.
F : Là d'ailleurs on a foiré Cuba et les Etats-Unis, on devait y aller ça s'annoncait roots... mais ça pouvait être marrant quoi... et c'est le but ! De toutes facons quand tu pars a l'étranger t'as pas les mêmes conditions alors quand tu reviens en France tu t'apercois que c'est vraiment la classe au niveau de l'organisation, comme la Suisse et l'Allemagne en fait. Quand tu vas dans les pays latins c'est plus roots, plus difficile. Mais c'est bien parceque ca te donne du recul par rapport a comment ça se passe, tu t'apercois du boulot qui est fait par les gens qui t'accueillent quand ils font un concert et tu peux les remercier c'est la moindre des choses. Y'a plein de groupes qui oublient ça...
L : Quelque part c'est aussi la volonté de vivre la musique sans pour autant être assistés, je veux dire que nous on a pas de tour-manager avec nous on s'en fout, on a pas besoin de ça. On a fait partie de fanzines, de labels, de groupes, tout ce qui peut y avoir a coté on est conscients de tout ça, on sait qu'en fait c'est pas parcequ'on est un groupe que voilà, ca y est, on a inventé l'eau chaude, on sait que y'a besoin de plein de gens autour de nous pour justement permettre de faire des concerts, de la promo, pour faire connaitre une musique particulière. Mais c'est un choix aussi, c'est vraiment une volonté de notre part d'etre au contact avec les gens et pas forcément en s'arretant juste au coté organisation de concert. Quand on part en tournée à l'étranger on aime bien plutot qu'aller a l'hotel aller chez des gens, passer la nuit, un day-off, puis voir comment ils vivent. Y'a des fois des chocs de cultures flagrants et c'est super interessant et enrichissant aussi...
F : Le but du groupe c'était ca, c'est une agence de voyage ! "Airbones liberté !" (rires) Voilà 10 ans résumés...ça va ?

M & M : Et donc si on fait le point sur la situation actuelle ?
F : Pour le groupe ? En fait ça faisait longtemps qu'on avait pas eu autant de dates en france pour un album. Cette année on a vraiment une bonne tournée, y'a eu des années on jouait autant à l'étranger qu'en France, parfois plus. Mais bon là tout se fait autour de l'album et à priori il devrait y avoir d'autres tournées à l'étranger aussi. Au début on pensait pas en refaire mais finalement ça a l'air de bien se développer.

M & M : Et le groupe s'arrête ???
L : A priori oui, à moins qu'on devienne millionaire d'ici la fin de l'année...
F : Mais arrétez d'acheter les disques de chez Wet ! Il faut le dire ça ! (rires)
L : A priori oui parce que ca devient compliqué vu qu'on a toujours produit nos disques pour dire d'etre vraiment à ce niveau là hyper tranquilles dans le choix du studio, du producteur, des morceaux... On faisait vraiment ce qu'on voulait, y'avait pas de soucis....le truc c'est que ca vend pas forcément suffisamment derrière pour rembourser.
F : Je pense que le déclic ça aurait été une signature sur un label étranger pour développer les distributions parce que y'a des pays où ça fait des années que ça a évolué. On joue dans des endroits de mieux en mieux et y'a eu plein de plans vraiment bien qui nous sont passés sous le nez parce qu'on était pas distribué. Après c'est uniquement du business et ca c'est bête parce que y'aurait eu ce petit chainon en plus ca aurait été pas mal pour se développer parce que l'étranger ca coute quand même des ronds pour y aller, pour amortir...
L : Donc là on va ouvrir une agence de voyages !!! Ca sera plus facile !
F : Pis au moins ça sera très clair !

M & M : Vous n'avez pas l'air de le prendre trop mal cet arrêt du groupe...
L : Quand on a monté le groupe c'était vraiment parce qu'on se faisait chier chez nous, parce que y'avait pas de groupes bourrins... On n'arrivait pas à trouver des gens avec qui jouer et puis faire une musique qu'on avait envie de faire. Donc on a monté un groupe entre nous pour dire de faire quelque chose mais on avait pas forcément un projet à long terme. En gros on sait ce qu'on va faire sur une année à venir, et chaque année vu qu'on produit tout et qu'on a pas de thunes derrière bah chaque année on est là "est-ce que c'est la derniere année ? " et ça fait 10 ans que ça dure.
F : C'est surtout à partir du Refuse to keep silence où on s'est vraiment dit "bon on va tester avec la tournée si ça se passe bien" c'était l'époque où y'avait vraiment split de beaucoup de groupes, pas mal d'assos qui se plantaient, la montée de l'electro, de la techno et tout au dépend de tout ce qui était électrique... de toutes facons c'est cyclique c'est pareil en ce moment... pis on est tous intermittant du spectacle, c'est pareil si y'a 2 ans le statut disparaissait bah on arretait. Le groupe vit de concerts et les individus vivent du statut.
L : Donc on peut être stessé de pas savoir ce qu'on va faire demain mais stressé de l'arrêt oui et non parce qu'on est tellement impliqué dans ce truc pour monter des dates, des trucs. On ne nous amène rien sur un plateau d 'argent donc si on dit qu'on arrête c'est qu'on est conscient que c'est vraiment problématique et que la seule solution qu'on ait à l'heure actuelle c'est d'arrêter.
F : On pourrait continuer comme ça 10 ans a tourner à l'étranger, après est-ce qu'on a tous envie de le faire oui et non...on a tous d'autres trucs en tete, on a envie d'essayer d'autres choses, puis on se reformera. Faut d'abord attendre la période où on est has been et après on ressort un bon vieux Portobello Bones qui sera diffusé dans les clubs gay parisien dans 10, 15 ans...
L : Ouais dès qu'on touche la scène gay on se reforme !!! (gros rires !) Dès qu'on peut mettre des casquettes en cuir avec des clous putain on revient !!! Après si on vend 10 000 albums cette année ca voudrait dire qu'il y aurait une rentrée de thunes suffisante pour dire de continuer. C'est beaucoup mais en même temps c'est là première fois qu'on vend autant de disques en si peu de temps.

M & M : Vous en etes à combien ?
F : Bah en fait les derniers chiffres c'était en décembre, il était sorti fin octobre et on était à 1600 albums en un mois, un mois et demi...donc si ca continue...

Portobello Bones en Live

Portobello Bones en Live

M & M : On a relevé une phrase du livret, "metal is an attitude, hardrock is a lifestyle"...
L : Très hônnètement c'est la phrase, c'est ça, y'a pas de sens caché. Le métal pour nous c'est la frime de merde, tout ce qui peut être véhiculé dans le néo pour nous c'est de la frime de merde. Et le hardrock c'est un style de vie, vraiment ! C'est des rots à table, sur scène.... (rires) Non en fait par rapport à la musique, tout ce qu'on ose appeler du néometal genre KoRn et tout, bon très bien, mais quand t'écoutes vraiment ce genre de zik en fait c'est du gros hardrock. La différence c'est que y'a une prod' monstrueuse qui est mise en avant maintenant, mais y'a rien de neuf. Y'a vachement d'attitude, dans la manière de parler aux gens, d'être sur scène, par rapport au public, dans les interviews....mais tu te fais chier à lire ça !!! Tu lis une interview de KoRn ou de Deftones c'est "ouais quand on tourne en France y'a pas de taco bell, on peut pas bouffer de taco bell !!!". Alors que le hardrock justement c'est du vrai hardrock, c'est ringard... "ouaiq c'est ring' !" mais en même temps...c'est la vie !!! C'est les routiers, le Jacky, le Jean-Claude !!! (rires) Donc nous on revendique ça, le fait d'être accessible, d'être un vrai Jean-Claude et de discuter avec les gens sans forcément se donner un genre quelconque avec des capuches genre "beuahh moi je suis pas gentil, jet'emmerde !". Voilà c'est tout, c'est juste dire nous on est pas dans ce trip là.

M & M : Et le concept des albums avec des textes piochés à droite, à gauche...
L : C'est de la pure fainéantise ! Simplement on lit donc on met de coté les trucs qui nous interessent...pis voilà....on fait des disques ! Parce que si tu veux, y'a notre piscine à finir de carreler ! (rires)

M & M : Mais quand même est-ce que vous vous considérez comme un groupe engagé ?
F : On n'est pas militants dans le sens où sur scène on revendique rien du tout, tous les morceaux sont enchainés, nous ça nous pète les couilles les groupes qui racontent des conneries entre les morceaux du style "à bat le Fn !"... de toutes façons ces gens sont pas pour le Fn, tu preches des convertis. "Vive le joint", etc...ca tout le monde le sait et ça nous emmerde. Quand on va voir un concert et qu'on voit des mecs en train de dire "j'ai regardé les actualités hier, il s'est passé ca dans tel pays, je vais en parler sur scène..." bon ça fait un peu frais mais c'est un peu chiant en fait.

M & M : Et donc vos projets maintenant...?
L : Bah un petit peu de couture pour moi ! Et puis peut-être un peu de ska. Peut-être trompette... et puis peut-être tuba aussi ! Non en fait on a des projets musicalement parlant peut-etre en commun... après pour vivre on en sait rien. Pour faire de la musique on a des idées...
F : Sinon y'a un film qui doit sortir en 2050 ou 2056 selon les delais respectés par Crash disque. (rires) C'est le film de Jerome Dubreuil de Poitiers qui s'appelle Portobello Bones 1999 manière de.... Et puis aussi en 2080 / 2084 seront réédités les deux premiers albums en un, pour la génération des surfeuses des neiges qui n'ont pas les premiers albums de hardrock des Portobello Bones ! (rires)
L : Pour ta réponse on a tous des trucs, on sait pas vraiment où ça en est puisqu'on a encore des occupations avec le groupe et donc c'est encore un peu jeune pour savoir ce qu'on va faire.

M & M : Pour finir, avant de vous retirer quelle image vous aimeriez laisser...?
L : Bah des gros balourds !!! (rires) La seule image que je voudrais laisser c'est que tu peux vivre en faisant vraiment la musique que t'as envie de faire, si t'es vraiment motivé pour le faire. Puis voyager à moindre frais, rencontrer des milliers de gens un peu partout, ça pour moi c'est la chose la plus positif du groupe et le fait aussi d 'avoir pu faire tous les disques, tous les morceaux, tout ce qu'on voulait faire on a pu le faire tout le temps ! Avec 0 franc à la base, donc ça prouve bien que y'a quand même moyen de le faire .D'une t'essayes de le faire sérieusement et puis si t'es vraiment dans ton truc normalement ça paiera.
F : Une petite touche de réalisme en plus pour les groupes qui commencent : faut pas péter le boulard, c'est pas parce que t'es entouré de gens qui ont été déposé par une maison de disques pour travailler autour de toi qu'il faut péter le melon parce que t'es dans une mode, quoi qu'il arrive, quel que soit le style de musique que tu fais, l'année d'après tu pourras devenir une merde alors si t'es pas préparé tu vas te prendre une grosse claque...

Merci aux Portobello Bones pour leur esprit, leur attitude, leur sympathie et leur sincérité.
L'interview a été co-menée par Maud et Marion
Les photos ont été prises par Oli aux Tympans Félés 99.

Maud & Marion
Mars 2001


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